‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 193 sur 203 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

« recherche uniquement si l'un a été coupable, si « l'autre a été victime; si l'un a commis le dommage, « si l'autre l'a soufPert. Par suite, le juge s'efforce « d'égaliser cette injustice qui n'est qu'une inégalité; « car lorsque l'un a frappé et que l'autre a reçu les « coups, lorsque l'un tue et que l'autre meurt, le dom- « mage éprouvé d'une part et l'action produite de « l'autre sont inégalement partagés, et le juge, par la « peine qu'il impose, essaye d'égaliser les choses en « ôtant à l'une des parties le profit qu'elle a fait (i). « Nous pourrions nous arrêter ici ; car les lignes qui précèdent prouvent que, si les nobles et généreuses idées de Platon se sont produites, au xix^ siècle, sous la plume austère et didactique de Rossi, les doctrines matérialistes d'Aristote ont rencontré, à leur tour, un puissant adepte et un vulgarisateur illustre dans Jérémie Bentham. Nous ferons cependant un pas de plus, en analysant sommairement les idées du Stagirite sur les causes de la criminalité, la division générale des délits en volontaires et en involontaires, la détermination des peines et la mesure de la culpabilité des prévenus. Quand on se trouve en présence d'un homme qui a exercé, pendant plusieurs siècles, une influence considérable sur le mouvement intellectuel de l'Europe, ses idées secondaires elles-mêmes doivent être religieusement recueillies, parce qu'elles ont une

(1) Morale à Nicomaque, V, 4. Ailleurs, il dit encore : » L'injuste en tant qu'injuste a plus qu'il ne lui revient; la victime qui souffre une injustice, en tant qu'elle souffre, a moins qu'elle ne devrait avoir. » Grande morale, I, 34.

origine glorieuse et qu'elles ont laissé des traces dans l'histoire de l'esprit humain .

Les sources de la criminalité ont été explorées par Aristote, avec cette perspicacité puissante, cette critique vigoureuse qui se révèlent dans tous ses écrits.

Parmi les causes nombreuses et variées qui engendrent les infractions aux lois pénales, il cite les passions déréglées, la cupidité, le vice, l'espoir de l'impunité, l'orgueil qu'inspire une position élevée, la corruption ou la lâcheté des juges, les discordes civiles, la faiblesse du châtiment comparé aux avantages que procure le délit, l'éioignement de la peine à côté du profit immédiat de l'injustice, la facilité à cacher les choses dérobées, la certitude que la victime ne voudra ou n'osera pas porter plainte, les besoins réels des pauvres qui manquent du nécessaire et les besoins factices des riches qui courent après le superflu (i). Il attribue même à ces besoins factices un rôle prépondérant. « Les hommes, « dit -il, ne sont pas seulement poussés au crime par le ii besoin du nécessaire ; ils y sont poussés encore par « le besoin d'étendre leurs désirs dans la jouissance. « Si ces désirs sont désordonnés, ils auront recours au ~ crime pour guérir le mal qui les tourmente... C'est « le superflu et non le besoin qui fait commettre les " grands crimes : on n'usurpe pas la tyrannie pour « se guérir de l'intempérie de l'air (2). » Ailleurs il ajoute : « L'orgueil pousse aux grands attentats, la

(Il Rhétorique, I, 10 et 12, et Politique, II, 3; IV, 9. (2) Politique, II, A.

Page 1