‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 196 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

cet égard d'une comparaison ingénieuse. Quand nous lançons une pierre dans l'espace, nous ne pouvons plus l'arrêter ou la reprendre, mais nous n'en sommes pas moins responsables du dommage que la pierre peut causer, parce que le mouvement initial se trouvait à notre libre disposition. « Nous sommes, ajoute-t-il ail- « leurs, personnellement complices de nos qualités (i). » Aussi, fidèle à ces prémisses, refuse-t-il d'envisager comme involontaires les actes commis en état d'ivresse, l'homme étant toujours libre de ne pas s'enivrer (2). Il ne tient pas même compte des passions violentes qui consistent dans une émotion subite et passagère de l'âme, telle que la colère. « On ne peut pas, dit-il, « appeler à bon droit involontaires les actes que nous « font faire la colère et le désir... Les passions que la « raison ne conduit pas n'en appartiennent pas moins " à la nature humaine, tout aussi bien que les actions « qui sont inspirées à l'homme par la colère et le désir. « Concluons donc qu'il serait absurde de déclarer que « ces choses ne sont pas soumises à notre raison (3)... »

rique, I, 2. — Ailleurs il ajoute que l'iiomme est le père de ses actions comme il l'est de ses enfants (Morale à Nicomaque, III, 5). Voy. encore Morale à Eudème, II, 6. Grande morale, I, 12.

(1) Morale à Nicomaque, III, 5.

(2) Grande morale, I, 34. Morale à Nicomaque, III, 5. Il approuve même les législateurs grecs qui frappaient de doubles peines les délits commis en état d'ivresse {ibid.),—ll fait â ce sujet une distinction trèssubtile entre agir par ignorance et agir en ignorant ce qu'on fait. « Dans la colère, dans l'ivresse, on ne peut pas dire qu'on agisse par ignorance; on agit seulement sous l'empire de ces dispositions ; on n'agit pas en connaissance de cause, et c'est au contraire en ignorant ce qu'on fait (Morale à Nicomaque, III, 1).

(3) Morale à Nicomaque, III, I. Rhétorique, 1, 10.

Quand donc, en dehors du cas de force majeure, Tacte devra-t-il être réputé vraiment involontaire? Aristote répond, avec une précision rigoureuse, que l'involontaire est ce que l'on fait par ignorance des personnes, des choses et des moyens qu'on emploie (i). Il ajoute : « Les dommages causés par ignorance ne sont que des « erreurs, dans tous les cas où l'on agit sans savoir ^ à qui, comment, avec quoi et dans quel but on fait ^ ce que l'on fait. On ne voulait pas frapper, ni avec « cette chose, ni cet homme, ni pour cette cause , et « la chose a tourné tout autrement qu'on ne pensait (2). » Mais il s'empresse de faire remarquer que cette ignorance n'est pas celle dans laquelle Platon voyait la source et l'excuse de la plupart des crimes. « On ne « peut pas, dit-il, appliquer le nom d'involontaire à « l'action d'un homme, parce qu'il méconnaît son inté- « rêt. L'ignorance qui préside au choix même de ~ l'agent n'est pas cause que son acte soit involontaire ; « elle est cause uniquement de sa perversité (3). » Il ajoute que tout être méchant ignore ce qu'il convient de faire et ce qu'il convient d'éviter (4). La seule ignorance dont il s'occupe ici est celle qui porte sur la nature et les conséquences de l'acte incriminé; et pour rendre sa pensée plus claire et plus complète, il cite une foule d'exemples. On donne à quelqu'un du poison croyant lui donner du vin (5); on fait une blessure, parce

(1) Morole à Eudème, II, 8 et 9.

(2) Morale à Nicomaque, V, 8.

(3) Ibid., III, 1.

(4) Ibid.

(5j Morale à Eudème, II, 9.

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