‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 42 sur 203 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

le grand législateur des Hébreux, que l'iniquité des pères ne doit pas retomber sur la têlG des enfants (i). La mort du coupable n'éteignait pas les peines pécuniaires, et la dégradation civique était souvent héréditaire (2). L'idée d'étendre la responsabilité pénale aux descendants du condamné ne répugnait guère aux sentiments intimes des Athéniens. Démostbène exalte la magnanimité de ses concitoyens, parce qu'ils n'avaient pas banni la postérité des Trente (3). Lysias pose en principe qu'on peut invoquer contre les accusés les crimes commis par leurs ancêtres (4). En frappant les enfants criminels , les juges croyaient imiter les dieux (5)!

L'amnistie (ài^sia) et l'annulation des jugements pour cause de faux témoignage sont les seuls modes d'extinction de la peine qui méritent d'attirer l'attention sérieuse des jurisconsultes.

L'amnistie générale se rencontre fréquemment dans l'histoire d'Athènes. Quand la république était menacée d'un grand péril, le patriotisme triomphait des haines, les rancunes étaient sacrifiées au salut de la patrie ; on rappelait les exilés et on réhabilitait les citoyens

(1) Voy. mes Études sur V histoire du droit criminel des peuples anciens, 1. 1, p. 204.

(2) Voy. ci-dessus, p. 108.

(3) C. Bœotos, 11, 32.

(4) 0. Alcïbiade, 1, 24, 40.

(5) Lysiœ fragmenta, LXXIV, 140 (Oratores attici, t. II, p. 278). — Ce préjugé était profondément enraciné à Athènes. Le fragment cité dénote la croyance que les dieux étaient réputés punir de préférence l'auteur d'un parjure dans la personne de ses descendants. Voy. encore Lycurgue c Léocrate, 79.

flëtris, afin de ramener la concorde et d'augmenter le nombre des défenseurs de la ville (i). Des décrets de ce genre furent rendus à l'approche des armées de Xerxès, pendant le siège d'Athènes par Lysandre, après l'expulsion des Trente, et à la suite de la funeste bataille de Chéronée (2). Parfois aussi le peuple accordait des grâces individuelles, en se laissant fléchir par les supplications des victimes, ou en cédant aux conseils d'hommes exerçant une grande influence sur la foule (3). Eschine et Démosthène sollicitèrent cette faveur, le premier pour lui-mêmie et pour ses enfants, le second pour les enfants dé LycUrgue, jetés en prison et frappés de dégradation civique, parce qu'ils se trouvaient hors d'état de payer lés amendes infligées à leur père (4). Les rappels d'Aristide, d'Alcibiade et de Démosthène sont Connus de tous ceux qui ont jeté un coup d'œil sur l'histoire de la Grèce. Mais il importé de remarquer que le pouvoir dé l'^asseniblée, incontestable en principe, éta;it singulièrement contrarié dans son exercice, par la loi qui défendait, sous des peines sévères, les sollicitations en faveur dés dégradés et des débiteurs du trésor, à moins qu'ièllés n'eussent été préalablement

(1) Ces motifs s'on't texpressêiùe^t indiqués 'dans les passages cités aux. notes suivantes.

(2) Andoeide, Sur les mystères, 73, 91, 107, 108. Xénoplioïi, Histoire grecque, liv. II, c. 2. Lysias, Pour un citoyen accusé d'avoir détruit la démocratie, 27. Démosthène c. Aristogiton, II, 11. Lycurgue o. Lèocrate, 41.

(3) Lysias, pour Polysïrùte, 15. Lettres attribuées à Démosthène, III, 6.

(4) Lettres attribuées à Eschine, XII, 14 et sniv. Lettres attribuées à Démosthène, III, 2 et suiv.

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