‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 48 sur 203 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sait aux juges : « Si vous frustrez Cérès et Proserpine « de la vengeance qui leur est due, le crime retombera « sur vos têtes. Ne vous chargez pas des imprécations « attachées au sacrilège, quand vous pouvez, en pu- « nissant le coupable, vous mettre à labri de tout re- « proche (i). » Aussi ne se bornait-on pas à châtier sévèrement les impies. On les accablait d'imprécations solennelles (2).

A part quelques lignes éparses, les lois athéniennes qui punissaient l'impiété ont disparu (3) ; mais le nombre et la variété des poursuites dont l'histoire nous a conservé le souvenir attestent, à l'évidence, que la sphère de la ypacD-h àcccdaç était excessivement étendue. Dans son acception la plus large, elle s'appliquait à la violation de tous les devoirs envers la Divinité (4). Même en la restreignant à la violation des lois religieuses proprement dites, on éprouve quelque peine à classer les nombreux exemples que nous rencontrons dans . les orateurs , les historiens et les philosophes.

(1) Lysias, Sur Vimpiété d'Andocide, 13, 33. Comp. Démosthéne, c. Neœra, 109.

(2) Alcibiade ayant été condamné du chef d'impiété, le peuple donna à tous les prêtres et à toutes les prêtresses l'ordre de le maudire (Plutarque, Alcibiade, XXII; Tliucydide, VIII, 53; c. Nepos, IV). Lysias, loc. cit., § 51, dit à ce sujet : « Les prêtres et les prétresses, debout, tournés du côté de l'occident, ont prononcé des imprécations et secoué leurs robes, suivant les antiques usages. »

(3) Ces lois ont incontestablement existé, puisque Périclés proposa d'appliquer aux impies, non-seulement les lois écrites, mais encore les lois non écrites d'après lesquelles les Eumolpides prononçaient leurs décisions. Lysias c. Ajidocide, 10. Comp. même discours, 29.

(4) Traité des vertus et des vices attribué à Aristote, 294.

Dans une première catégorie de délits, on peut ranger la négation oul'altération des croyances religieuses, en attribuant au mot « croyances » sa signification la plus étendue.

Socrate fut condamné à boire la ciguë, comme coupable de ne pas croire aux dieux de l'Attique et de vouloir en introduire de nouveaux (i). Protagoras fut banni d'Athènes pour avoir écrit : « Je ne puis dire s'il existe « on non des dieux » ; un héraut ordonna à tous ceux qui possédaient ses livres de les produire, et on les brûla sur la place publique (2). Stilpon de Mégare fut expulsé de la ville pour avoir parlé avec peu de respect de la divinité de Minerve (3). Théodore, surnommé l'Athée, partagea le sort de Socrate parce qu'il s'était permis des badinages peu décents au sujet des mystères d'Eleusis (4). Démade dut payer cent talents d'amende pour avoir voulu faire d'Alexandre un treizième dieu (5). Aristote jugea prudent de s'éloigner d'Athènes, parce qu'on l'accusait d'avoir rendu des honneurs divins à un

(1) On l'accusait aussi de corrompre la jeunesse. Voy. Diogéne de Laërte, II, 5. Xénophon dit qu'on l'accusa d'introduire à Athènes des extravagances démoniaques {Mémoires sur Socrate, I, 1). Valère Maxime (I, 1, 7) rapporte qu'on lui reprochait d'introduire une nouvelle religion. Comp. Platon, Eutyphron, II, V; Apologie, XXIV.

(2) Diogéne de Laërte, IX, 9. Piiilostrate, Yie des philosophes , 1, 10. Valère Maxime, I, 1,7. Cicéron, de la Nature des dieuco, I, 23. Josèphe (c. Appie7i, 27) dit que, s'il n'avait pas pris la fuite, on l'aurait mis à mort.

(3j Diogéne de Laërte, II, 11,

(4) Diogéne de Laërte, II, 8. D'autres cependant disent que Démétrius de Phalére le tira d'embarras (ibid.). Athénée prétend qu'il fut exilé (XIII, 9) Comp. Plutarque, Opinions des philosophes , I, 7.

(5) Elien, Histoires diverses, V, 12.

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