CHAPITRE II
mortel, en composant et en chantant un péan en l'honneur d'Hermias, tyran d'Atarne (i).
Ce dernier exemple prouve déjà que la négation de l'existence et des attributs des dieux n'était pas indispensable pour la perpétration du crime d'impiété. Ainsi que l'a dit Josèphe, on devenait punissable aussitôt qu'on avait dit, en parlant des dieux, un seul mot qui ne fût pas en harmonie avec les lois de l'Etat (2). Il suffisait même qu'on eût émis des doctrines ou des propositions qui fussent de nature à diminuer le respect du peuple pour les croyances nationale^-. Hygiénon accusa Euripide d'impiété, parce que le poëte avait porté les hommes au parjure, en affaiblissant la sainteté du serment par ce vers : « Ma langue a -prononcé le « serment; mais mon âme le désavouait (3). » Les superstitions populaires elles-mêmes devaient être scrupuleusement respectées. Anaxagore se vit condamner à l'exil et à une amende de cinq talents, pour avoir dit que le soleil était une pierre incandescente (4).Cléanthe de Samos voulait que les Athéniens accusassent Aristarque d'impiété, parce qu'il avait troublé le repos des
(1) Diogéne de Laërte, V, 1. Valère Maxime, XV, 16. Elien (II, 36) • rapporte qu'Aristote disait en partant : « Je ne veux pas que les Athéniens se rendent deux fois coupables envers la philosophie. »
(2) C. Appien, II, 37.
(3) Hîppolyte, v. 612. Aristote, Rhétorique, III, 15. Euripide était fortement soupçonné d'athéisme. Voy. Plutarque, Opinions des philosophes, I, 7.
(4) Diogéne de Laërte, II, 3. Josèphe c. Appien,-\\, 37. Plutarque, de la Superstition, X, mentionne l'accusation. Ailleurs il dit que Périclès le fit sortir de prison. Comp. Eusèbe, Préparation évangélique, XIV, 5.
dieux protecteurs de l'univers, en disant que la terre faisait une révolution oblique le long du zodiaque et qu'outre cela elle tournait sur son axe (i). Diophitès fit passer un décret qui ordonnait de dénoncer ceux qui ne reconnaissaient pas l'existence des dieux ou qui enseignaient des opinions nouvelles sur les phénomènes célestes (2). Le peuple accusait les physiciens de réduire la Divinité à des causes dépourvues de raison, à des facultés sans prescience, à des affections nécessaires privées de liberté (3).
A côté des doctrines impies, la loi incriminait les actes sacrilèges, c'est-à-dire, la lésion, la profanation ou la souillure, par faits ou paroles, des choses consacrées au culte.
La profanation des temples était punie de mort (4). Le vol commis dans l'enceinte d'un sanctuaire était assimilé à la trahison envers la patrie (5). La mutilation des statues des dieux était également punie de mort et de confiscation des biens, et le même châtiment atteignait ceux qui divulguaient ou profanaient les mystères d'Eleusis (e). Alcibiade fut condamné au dernier sup-
(1) Plutarque, Face de la lune, VI,
(2) Plutarque, Périclès, XXXII, 2.
(3) Plutarque, Nicias, XXIII.
(4j Xénophon, Apologie de Socrate, II.
(5) Voy. le ch. 7 ci-aprés, et Xénophon, Histoire grecque , I, 7. Andocide, Sur les mystères, 34.
(6) Lysias, Sur l'impiété d'Ajidocide, 19, 43, 54. Thucydide, VI, 27 et suiv. Josèphe c. Appion, II, 37. Diodore, XIII, 5. Elien, Histoires diverses, V, 19. Aristote, Morale à Nicomaque, III, 1. Plutarque, Alcibiade, XXII, Yie des dix orateurs, Andocide, 1. Pollux, X, 97. C. Nepos, Alcibiade, IV. Sopater, JDivis. quœst., 333.