CHAPITRE II
plice pour les avoir parodiés (i). Diagoras subit la même sentence, pour les avoir divulgués aux profanes (2), et Evandre de Thespies se vit en butte à une accusation d'impiété parce qu'il s'était emparé de l'un de ses débiteurs pendant l'accomplissement des cérémonies sacrées (3).
D'autres actes de profanation sont cités dans les annales d'Athènes. On condamnait à l'exil et à la confiscation des biens ceux qui arrachaient des oliviers consacrés à Minerve (4). On condamnait à l'amende ceux qui labouraient des champs plantés de ces arbres (5). On infligeait le dernier supplice à ceux qui abattaient des bois consacrés aux héros éponymes (e). On infligeait une amende de trois drachmes à ceux qui labouraient le terrain du Pélasgicon, qu'un antique oracle avait voué à la solitude et à la stérilité (7). Les meur-
(1) Isocrate, Pour le fils d'Alcibiade, 3. Aadocide, Sur les mystères, 12, 13. Justin, V, 1. Plutarque, Alcibiade, XXII et suiv.
(2) Josèphe c. Appion, II, 37. Elien, II, 23. Suidas, v° Atayôpaç. Un décret du peuple avait mis sa tête à prix. Comp. Diogèae de Laërte, II, 8.
(3) Démosthène c. Midias, 176.
(4) Lysias, Plaidoyer au sujet d'un tronc d'olivier sacré, 3, 15. II ne faut pas confondre cette prohibition avec la loi qui défendait aux propriétaires d'arracher, par an, plus de deux oliviers croissant sur leurs terres, sous peine de cent drachmes par pied d'arbre (Démosthène c Macortatos, 71). Cette dernière prohibition n'avait rien de religieux. La loi protégeait les oliviers parce qu'ils étaient l'une des richesses de l'Attique. Voy. ci- après le ch. 7.
(5) Lysias, lac. cit., 25.
(6) Elien, Histoires diverses, V, 17. Elien ajoute que les Athéniens firent mourir Atarbe, parce qu'il avait tué un moineau qui avait niché dans le temple d'Esculape et que, pour cette i'aison,ils avaient regardé comme consacré à ce dieu. Il est difficile d'admettre cette tradition.
(7) Pollux, VIII, 101. Thucydide, II, 17.
triers, les femmes adultères et les prostituées, qui souillaient les temples de leur présence, se rendaient coupables d'impiété, et nous pouvons supposer que les célèbres procès intentés à Aspasie et à Phryné n'eurent pas d'autre cause (i).
On punissait encore avec une grande sévérité la profanation des fêtes religieuses par des actes de rigueur ou de violence. Un citoyen fut forcé de se défendre contre une accusation capitale, pour avoir, pendant les Dionysies, violemment expulsé du théâtre un homme qui s'y était emparé d'une place (2). Un autre fut condamné à mort pour avoir donné des coups de fouet à l'un de ses ennemis pendant la marche sacrée (3).
(1) Les causes des poursuites dirigées contre ces courtisanes célèbres ne sont pas bien connues. Plutarque se contente de dire qu'Aspasie, accusée d'impiété, dut son salut aux larmes de Périclès {Périclès, XXXII). Quant à Phryné, Athénée affirme simplement qu'elle fut accusée d'un crime capital et absoute (XIII, 6) ; mais l'auteur de la Vie des dioa orateurs ajoute qu'elle fut accusée d'impiété [Hypéride, 20). J'ai suivi l'opinion de Meier et Schoemann, p. 304, tout en reconnaissant qu'elle peut être sérieusement contestée. Un fragment de Posidippe, cité par Athénée {loc. cit.), permet de supposer que Phryné fut accusée d'impiété parce qu'elle corrompait la jeunesse et ruinait les plus grandes fortunes. Le discours qu'Hypéride avait composé pour sa défense est malheureusement perdu.
Pour les femmes adultères et les prostituées, voy. Démosthène c. Neœra, 85 et suiv., 113 et suiv. Isée, De la succession de Philoctémon, 50, et ci-aprés le ch. 8.
S. Petit {Leges atticœ, p. 1) parle du crime capital commis par ceux qui in œde Apollinis ventrem exonérant. Il se trompe. Suidas, s. v. iv TTuôtw, dit simplement qu'un décret de Pisistrate, conçu en ce sens, ne fit que provoquer les rires ironiques du peuple.
Pour les meurtriers, voy. ci-après, ch. 6.
(2) Démosthène c.Midms,178. L'accusé mourut avantla condamnation.
(3) Démosthène , ibid., 180. L'état d'ivresse dans lequel il se trouvait ne fut pas admis comme excuse.