CHAPITRE II
Le chorége qui citait un choriste à comparaître devant l'archonte, au moment où le chœur se préparait à prendre place dans une cérémonie sacrée, encourait une amende de cinquante drachmes ; s'il expulsait le choriste, l'amende s'élevait à mille drachmes. « La loi, « dit Démosthène, exige que, dans ce jour solennel, nul « n'assigne, n'inquiète, n'outrage à dessein celui qui « a ceint ses cheveux et qui remplit une charge pu- « blique en l'honneur d'un Immortel (i). » Les dettes mêmes ne pouvaient être réclamées pendant la durée de certaines solennités religieuses, auxquelles tous les citoyens indistinctement étaient invités à prendre part (2), et l'exécution des sentences criminelles était sévèrement interdite pendant les fêtes de Délos (3). On ne voulait pas que les jours de réjouissance publique fussent des jours d'angoisse et de deuil pour quelques membres de la grande famille nationale, « Dans les « jours .saints et solennels, dit encore Démosthène, le « législateur défend tout débat public ou privé, toute « discussion étrangère à la fête (4). p
L'usurpation du sacerdoce et les actes de violence envers les personnes revêtues d'un caractère religieux étaient réprimés avec une rigueur exemplaire. Accom-
(1) C. Midias, 56.
(2) Démosthène indique la solennité de Bacchus au Pirée, les fêtes Lénéennes, les Dionysies de la ville, les jeux publics des Thargélies. G. Midias, 10, 11.
(3) Xénophon, Mémoires sur Socrate, IV, 8. Platon, Phédon, I. On sait que la mort de Socrate fut reculée jusqu'au retour de la théorie délienne à Athènes.
(4) C. Timocrate, 29.
plir les cérémonies sacrées, offrir des sacrifices, prier solennellement pour le peuple, sans réunir les conditions requises par les lois, c'était, aux yeux de Démosthène, insulter Athènes et outrager les dieux (i). Dans son discours contre Neeera, où il dénonce une étrangère qui avait rempli les fonctions de prêtresse de Bacchus, il engage les juges à se montrer sévères et à venger le ciel par le châtiment des impies qui l'ont bravé (2); mais, dans un autre de ses discours, il dit expressément que l'exercice d'un sacerdoce impur a été prjni de mort (3). Le choix, le caractère et les attributions des ministres des autels ayant été fixés avec une précision scrupuleuse, on conçoit sans peine que les Athéniens, blessés à la fois dans leurs sentiments religieux et dans leur dignité politique, se montrassent inexorables à l'égard de ceux qui osaient, par une usurpation sacrilège, s'interposer entre les dieux et la nation. Mais aussi, quand le sacerdoce était régulièrement exercé, ils l'entouraient d'une protection spéciale. Insulter ou maltraiter uu prêtre, c'était outrager la majesté du dieu dont il était le ministre. On n'exigeait pas même que la personne, outragée remplit des fonctions sacerdotales proprement dites ; il sufiîsait qu'elle exerçât dans une fête religieuse une autorité reconnue par la loi. Démosthène se crut le droit de
(1) G. Neœra, 77.
(2) Ihid., 74.
(3) Procès de l'ambassade, 281. Le scoliaste prétend qu'il s'agit ici de Ninos, la marchande de philtres (431,25). Comp. c.Bceotos,De dote, 19; c. Bœotos, De nomine, 2.