Chapitre ii. ist
diriger une accusation d'impiété contre Midias, parce que celui-ci l'avait frappé à l'heure même où il figurait comme chorége de sa tribu dans les grandes Dionysies. Midias, disait-il, avait violé la sainteté de la fête et insulté le dieu dont on célébrait la solennité ; il avait commis un acte d'impiété digne des peines les plus rigoureuses; il méritait de porter le poids de la colère et de la vengeance nationale (i).
Mais le prêtre lui-même se rendait coupable d'impiété si, dans l'accomplissement des cérémonies sacrées, il ne se conformait pas exactement aux rites consacrés par la tradition (2). Dans une fête de Bacchus, Archias avait immolé un,e victime à Eleusis, quoique, d'après une règle sacrée, l'otfrande, en ce jour, dût être une corbeille de fruits, et le ministre de l'autel une prêtresse. Malgré sa qualité d'Eumolpide, les hautes fonctions de ses ancêtres, les charges éminentes qu'il avait remplies et la dignité du sacerdoce, il fut condamné à mort (3). Les simples citoyens, quand ils participaient aux actes du culte, ne pouvaient, eux non plus, s'écarter des usages reçus, sans s'exposer à des pénalités sévères. Pendant les Thesmophories, un homme ne pouvait, sous peine de perdre la vie, pénétrer dans le temple de Cérès (4). Un autre décret punissait de mille drachmes d'amende celui qui, pendant la célébration des mystères, déposait un rameau de suppliant
(1) C. Midias, 1, 12, 20, 34, 51, 55.
(2) Démosthène c. Neoera, 116.
(3) Ibid., 116, 117.
(4) Fortunatianus, Abrégé de rhétorique, liv. I.
dans le sanctuaire d'Eleusis (i). La seule proposition de modifier les lois relatives aux sacrifices suffisait pour légitimer une accusation d'impiété (2),
A cette liste déjà longue d'infractions aux lois religieuses, il faut ajouter la violation du droit d'asile attaché aux temples les plus vénérés de l'Attique. Ce crime inspirait aux Athéniens une horreur superstitieuse, parce qu'ils étaient persuadés que la malédiction des dieux tombait sur le pays où il était perpétré. On connaît les longues et dangereuses dissensions auxquelles donna lieu le meurtre des complices de Cylon, qui s'étaient assis en suppliants auprès de l'autel de Minerve. On sait que, malgré leur puissance, les Alcmseonides, après avoir longtemps bravé le sentiment populaire, furent enfin obligés délaisser juger et punir les coupables. Ceux qui vivaient encore se hâtèrent de prendre le chemin de l'exil. Les ossements de ceux qui étaient morts avant les poursuites furent déterrés et jetés hors des frontières (3). Leurs descendants mêmes étaient regardés comme une race « souillée d'impiété (4). »
En jetant un coup d'œil sur ces nombreux exemples, on s'aperçoit que les peines qui frappaient les délits d'impiété étaient très-diverses. On rencontre tour à tour la mort, l'exil, la confiscation des biens et l'amende.
(1) Andocide, Sur les mystères, 116. Une ancienne loi prononçait la peine de mort {ibid., 110).
(2) Lysias c. Nicomaque, 17.
(3) Thucydide, 1, 126 ; IV, 98. Hérodote.V, 71. Plutarque, Solon, XII. Pollux, I, 10.
(4) Strabon, Achaïe,li'^N. Comp. Hérodote, I, 61.