CHAPITRE II
avec privation de la sépulture après la mort, les devins et les enchanteurs de profession (i) ; mais on peut douter, à bon droit, qu'il ait emprunté cette règle à la législation criminelle de sa patrie.
Quelques auteurs (2) supposent que Théoris de Lemnos avait été condamnée à mort, avec toute sa famille, pour avoir pratiqué les arts magiques. Mais Démosthène, qui rapporte cet épisode, parle de manière à faire supposer que Théoris fut exécutée comme coupable à la fois de magie et d'empoisonnement (3). Le doute est d'autant plus sérieux que, selon Plutarque, Théoris fut condamnée parce que, outre plusieurs autres crimes qui lui étaient imputés, elle enseignait aux esclaves à tromper leurs maîtres (4); tandis que, d'après Harpocration, qui adopte une troisième version, mise en avant par Philochore, la magicienne de Lemnos encourut le dernier supplice du chef d'impiété {5).
Cette dernière version est probablement la seule vraie. Le magicien, en recourant à des pratiques superstitieuses prohibées par la loi, commettait réellement un crime d'impiété. Or, s'il en était ainsi, les juges pouvaient, suivant les circonstances, appliquer une peine en rapport avec la perversité des raanoeu-
(1) Lois, XI, p. 933, D.
(2) Notamment Telfy, Leges atticœ, 1156.
(3) G. Aristogiton, I, 79, 80. — Comp. G. Bœotos, I, 2; Procès de l'ambassade, 281.
(4) Plutarque, Démosthène, XIV.
(5) Y° Bîcopî;. Suidas, eod. verbo, est du même avis.
vres employées et l'importance du dommage causé aux victimes (i).
§ 3. De la violation des règlements sur les sépultures.
Chez les Hellènes, comme chez la plupart des peuples du monde ancien, on était fermement convaincu que l'âme, errante et malheureuse, souffrait des douleurs poignantes et durables, quand le corps restait privé de sépulture. La religion et les mœurs flétrissaient énergiquement la cruauté de l'homme qui refusait aux restes mortels de ses semblables les quelques poignées de terre qui suffisaient, à la rigueur, pour assurer aux mânes le bonheur et le repos après les agitations de la vie terrestre. Il n'est donc pas possible de supposer que cet acte de cruauté échappait toujours à l'action de la justice répressive.
Les éditeurs du discours de Démosthène contre Macartatos y ont inséré la loi suivante :
« Si un homme est trouvé mort dans un dème de « i'Attique, et que personne n'enlève le cadavre, le « démarque donnera ordre à ses parents de l'enlever, " de l'ensevelir et de purifier le dème... Si le cadavre « est celui d'un esclave, l'ordre sera notifié à son ^ maître... Si la levée du cadavre n'est pas faite par " les parents, le démarque payera quelqu'un pour la « sépulture... En cas de contravention de la part de « ce magistrat, il sera condamné à mille drachmes au « profit du trésor. Le démarque fera rembourser par
(1) Voy. ci-dessus, p. 189.