CHAPITRE III
prescriptions furent oubliées après l'adoption du décret de Démophante. Toute protection légale fut enlevée à celui qui visait au renversement du gouvernement démocratique. Comme il foulait lui-même aux pieds toutes les lois nationales, on en concluait qu'il était indigne de jouir des garanties qu'elles accordaient aux accusés ordinaires. « Pour les autres crimes, dit Lycurgue, la « peine doit suivre le méfait; mais, daus les attentats « contre le gouvernement, elle doit précéder ; car, si « on laisse échapper le moment oii se forme un projet « criminel, il n'est plus possible d'atteindre des coupa- « blés qui se sont placés au-dessus de la punition (i). » Il n'était pas même requis que les faits fussent clairement constatés, que l'intention coupable se fût manifestée par des actes nettement caractérisés ; des soupçons plus ou moins sérieux étaient réputés suffisants pour légitimer le meurtre : « Nos ancêtres, dit encore « Lycurgue, aimaient mieux voir périr un citoyen sur « un simple soupçon que de tomber eux-mêmes dans « une servitude trop réelle, en attendant des preuves. « Un citoyen, à leur avis, devait vivre de manière à « ne pas se faire soupçonner d'un tel crime (2). » Délivrer la patrie des séides de la tyrannie, verser le sang
cide, en affirmant le contraire {Sur les mystères, 195), confond la législation de Selon avec celle des temps postérieurs.
(1) Lycurgue c. Léocrate, 126. On sait que cette doctrine, si propre à légitimer tous les excès, fut reproduite et commentée par les criminalistes du xvi« siècle. Voy. Haus, la Pratique criminelle de J. de Damhouder, etc. Bull, de l'Acad. roy. de Belgique, 2^ série, t. XXXI, p; 427.
(2) Lycurgue c. Léocrate, 125.
d'un usurpateur, anéantir les ennemis de la république, étaient des actes de dévouement et de patriotisme. De même que le meurtrier d'un traître, celui qui plongeait le fer dans le sein d'un usurpateur recevait la couronne d'olivier réservée aux vainqueurs des jeux olympiques (i).
Quels étaient les châtiments qu'on faisait subir aux coupables qui échappaient à la vengeance populaire? Les documents historiques que nous possédons s'expriment à ce sujet avec moins de précision qu'à l'égard des peines attachées à la trahison. On peut supposer à bon droit qu'un châtiment identique attendait le conspirateur et le traître. Les orateurs, il est vrai, distinguent nettement entre la trahison [ïïpodoaia rrii tto/ewç) et l'attentat contrôles libertés populaires {zarâlvaiç rov §vilj.ov, 'éyzlYifj.a. zvpavvi^oç) ; mais, en ce qui concerne la répression, ils les mettent sur la même ligne (2). En tout cas, il faut admettre que la peine ordinaire était la mort, puisque de simples citoyens, devançant l'action du pouvoir judiciaire, avaient le droit de tuer le délinquant. Il importe également de remarquer que la y.ardlvcjiç rov §-/jy.ov existait aussitôt que, d'une manière quelconque, on avait participé à l'usurpation des droits populaires. Pour devenir coupable, il suffisait d'accepter une charge publique sous le régime de la tyran-
(1) Cicéron, de VInvention, II, 49,
(2) Démosthène c. Timocrate, 144. Lycurgue c. Léocrate, 125 et suiv. Phrynique, l'un des supports de l'oligarcliie des Quatre-Cents, subit le supplice des traîtres. Lycurgue c. Léocrate, 111 et suiv. Thucydide, VIII, 68, 90, 92. Pausanias, VI, 8.