CHAPITRE III
nie (i) ; il était même admis qu'on pouvait envisager comme complices de l'usurpateur, et punir comme tels, ceux qui n'avaient pas fait tout ce qui dépendait d'eux pour préserver les libertés nationales (2).
Des rhéteurs plus rapprochés de nous ont prétendu qu'on mettait à mort les enfants et même les cinq plus proches parents de l'usurpateur des droits populaires (3). Il est difficile d'admettre cette opinion. Lysias, il est vrai, s'écrie que la tyrannie n'est pas assez punie par l'extermination du tyran et de ses enfants (4) ; mais on ne saurait prendre à la lettre ces tirades oratoires mises en œuvre pour enflammer le ressentiment et provoquer l'indignation des juges. Un passage de Démosthène prouve que les enfants étaient, tout au plus, bannis de l'Attique. Il loue les Athéniens de ne pas avoir exilé les enfants des Trente. Si le droit nar tional avait voué ces enfants au dernier supplice, l'orateur n'eût pas manqué de le dire, puisque ce fait était de nature à rehausser considérablement la clémence des juges (5).
§ 2. De la présentation de décrets illégaux.
Pour garantir l'existence paisible et régulière des institutions démocratiques, il ne suffisait pas que le
(1) Aadocide, Sur les mystères, 95. Lysias, Pour loi citoyen accusé d'avoir détruit la démocratie, 14.
(2) Lysias, ibid., I, 2.
(3) Meurtius, Themis attica, II, 15.
(4) Lysias c. Eratosthène, l'un des trente tyrans, 36, 83.
(5) C. Bœotos, II, 32.
législateur eût permis aux juges de réprimer sévèrement les conspirations et les tentatives violentes. Les lois qui servaient de base à l'organisation politique de la cité devaient être mises à l'abri des votes imprudents ou iniques, toujours faciles à arracher à l'ignorance, aux engouements et aux haines de la foule. Chez un peuple où les passions étaient ardentes, où les opinions et les suffrages étaient trop souvent le produit de l'enthousiasme ou du découragement de l'heure présente, il importait au plus haut degré d'empêcher, dans la limite du possible, la présentation et l'adoption de décrets illégaux.
Les Athéniens avaient parfaitement compris cette vérité politique, et ils croyaient avoir découvert une précaution très-efficace dans 1' « accusation d'illégalité » (ypa(pv} Trapayd/jLwv). L'auteur d'un décret contraire aux lois était mis au nombre des délinquants. Tout citoyen avait le droit de l'accuser devant les héliastes, et, si ceux-ci le déclaraient coupable, ils prononçaient la peine et annulaient le décret. En attendant cette décision, la force exécutoire du décret était suspendue (i).
La cause était appréciable, mais les juges se montraient sévères. Démosthène cite deux citoyens, Skithon et Smikron, condamnés chacun, du chef de motion illégale, à une amende de dix talents (2). Stephanos,
(1) Démosthène c. Aristogiton , II, 8. Lycurgue c. Léocrate, 7. EscMne, Procès de la couronne, 5. Voy. aussi Xénophon, Histoire grecque, I, 7, et ce qui est dit au paragraphe suivant, au sujet de la •ypay)7 îrapavé/zwv dirigée contre une loi. Conip. Diogène de Laërte, V,2.
(2) Démosthène c. Midias, 182. Comp. c. Théocririès, 31, 43.