‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 68 sur 203 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que, négociateur du traité le plus honorable que la république eût jamais conclu, fut condamné a une amende de cinquante talents, parce qu'il avait accepté des présents du Grand-Roi. « Il ne suffit pas, dit Dé- « mostliène, que les hommes honorés de la confiance « d'Athènes soient intègres à demi (i). »

La corruption, pour devenir coupable, n'avait pas besoin d'être pratiquée à l'égard d'un magistrat, d'un juge, d'un chef d'armée, d'un citoyen chargé d'une mission diplomatique. Il suffisait que celui à qui l'on offi:'ait les présents eût un rôle à jouer dans l'organisation politique ou administrative d'Athènes. Le châtiment atteignait le simple citoyen appelé à émettre un vote à l'agora ou dans les tribunaux populaires (2). Quant aux orateurs, qui exerçaient une influence considérable sur la vie publique de la cité, ils rentraient directement dans Ifis prévisions de la loi. Dans ses énergiques réquisitoires contre Démosthène, Aristogiton et Philoclès, Dinarque disait avec raison : « Quand on tra- « fîque des discours que l'on doit adresser au peuple, « ce n'est plus pour les intérêts du peuple, mais « pour l'avantage du corrupteur que l'on parle (3). » Nous avons déjà dit qu'au début de chaque assemblée, un héraut prononçait publiquement des imprécations 'dans lesquelles on demandait aux dieux d'ex-

(1) Démosthène, Procès de l'ambassade, 7, 273-277. Platon voulait que, dans sa ville modèle, on punît de mort le fonctionnaire public qui recevait des cadeaux, même pour faire le bien (Lois, XII, p. 955).

(2) Eschine c. Timarqiie, 86-88. Démosthène c. Stephanos, II, 26. Comp. c.Midias, 113.

(3) Dinarque c. Aristogiton, 17.

terminer quiconque aurait reçu des présents avant de parler au peuple (i).

On s'est demandé si le délit de corruption pouvait exister, quand les manœuvres étaient pratiquées envers un homme dépouillé de tout caractère public et agissant dans un intérêt purement privé. Si nous n'avions " que les témoignages très-incomplets des grammairiens, on devrait répondre négativement. Dans la définition de la ^«pwy ypaçY), ils sont unanimes à exiger que celui qui reçoit les présents prenne part à l'administration des affaires publiques ; ils exigent, en un mot, la corruption d'un TioliTzvz'hç (2). Mais l'opinion de ces lexicographes, écrivant à une époque beaucoup plus rapprochée de nous, doit céder devant le témoignage irrécusable de Démosthène, qui enseigne, de la manière la plus formelle, qu'une action publique peut être dirigée contre celui qui, même à l'occasion d'un procès civil, reçoit de l'argent pour pratiquer des manœuvres destinées à nuire à la partie adverse (3). Il cite même une loi qui punit de la dégradation civique tout Athénien qui, pour blesser des intérêts privés, corrompt quelqu'un par des promesses ou par tout autre moyen (4). Le législateur avait cru, à bon droit, que celui qui se laisserait corrompre pour nuire à des intérêts privés

(1) Dinarque, ibid., 16. Comp. Démostliéae, Procès de l'ambassade, 70.

(2) Harpocration et Suidas, -v" ^wpwv ypcuor/. Pôllux, VIII, 42. Bekker, Anecdota grœca, 1. 1, p. 237.

(3) C. Stephanos, II, 25, 26.

(4) C. Midias, 113, Voy., pour l'authenticité de cette loi, la note 1 de la page 215.

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