CHAPITRE VI
celui qui avait volontairement arraché la vie à son semblable. Ses biens étaient confisqués au profit du trésor public (i). Un exil volontaire et perpétuelle sauvait du dernier supplice ; mais il était désormais privé de tous les droits religieux et politiques de ses concitoyens {2). Même sur la terre étrangère, il était exclu des temples, des sacrifices et des jeux publics communs à tous les Grecs (3). On évitait son contact, on dédaignait de lui adresser la parole {4). Il avait cessé d'être un « citoyen » pour devenir un « meurtrier (5) ». Antiphon rendait exactement le sens et la portée du droit athénien quand il plaçait les paroles suivantes sur les lèvres d'un accusé : « Si l'on me condamne, je léguerai à mes en- « fants l'ignominie de mon crime; ou bien, si j'échappe « au supplice par la fuite, je devrai dans ma vieillesse « mendier mon pain au seuil de l'étranger (e). »
Un philologue célèbre a soutenu que la confiscation des biens n'atteignait pas le meurtrier qui, au lieu de s'éloigner à la suite d'une première plaidoirie, restait à Athènes pour obéir au jugement et subir son supplice (7). De ce que, suivant Démosthène (s), l'homicide
(1) Démosthène c. Aristocrate, 45 ; c. Miclias, 43.
(2) Démosthène c. Aristocrate, 40; c. Midias, 43.
(3) Démosthène c. Leptine, 158; c. Aristocrate, 40. Antiphon, Tétralogie, I, 1, 10. — Pour les jeux communs à tous les Grecs, voy. Démosthène. Procès de la couronne, 91.
(4) Lysias c. Agoratus, 82.
(5) Démosthène c. Aristocrate, il, insiste fortement sur cette substitution du meurtrier au citoyen.
(6) Tétralogie, I, 2, 9.
(7) Meier, De bonis damnatoriim, etc., p. 18 et suiv.
(8) C. Midias, -13.
volontaire est passible de mort, d'exil et de conâsca-^ tion, il conclut que cette dernière peine ne frappait que l'exilé seul, le même individu ne pouvant être à la fois condamné au bannissement et au dernier supplice. De ce qu'Antiphon fait dire à un accusé : « Si j'échappe à « la mort par la fuite, je devrai dans ma vieillesse " mendier mon pain au seuil de l'étranger, » il déduit la conséquence que la misère n'atteignait pas la famille de l'homme dont le cadavre était jeté dans le barathron. De ce que Pollux (i) place au nombre des fonctions des polètes la vente du patrimoine des meurtriers qui se sont enfuis de l'Attiquè, il se croit en droit de prétendre qu'on ne vendait pas les biens des assassins mis à mort dans la ville. Cette opinion ne saurait être admise. Si Démosthène, dans son discours contre Midias, s'exprime avec peu de précision et de clarté, il manifeste, par contre, très ^nettement sa pensée dans son discours contre Aristocrate, où il déclare, de la manière la plus formelle, que l'auteur d'un homicide involontaire échappe à la confiscation des biens, tandis que l'auteur d'un homicide volontaire y est toujours soumis (2). Les paroles qu'Andocide met sur les lèvres de l'accusé qui s'enfuit, avant le jugement, dépeignent exactement le triste sort du contumax dans la cité antique; mais elles ne nous permettent pas de déterminer le sort de la famille du meurtrier qui périssait par la main du bourreau. Quant au passage si peu concluant
(1) PoUux, VIII, 99.
(2^ C. Aristocrate, 45»