CHAPITRE VI
empoisonneuse qui fut livrée au bourreau et expira sur la roue (i).
Ce crime comprenait naturellement l'administration de philtres ayant amené la mort ou une maladie mortelle ; mais, sous ce rapport, les juges athéniens tenaient largement compte des circonstances atténuantes. Aristote cite un jugement de l'aréopage prononçant l'acquittement d'une femme qui, pour se procurer l'amour d'un homme, avait administré à celui-ci, sans mauvais dessein, des philtres qui avaient causé sa mort (2).
Il est douteux que ce jugement, tout en émanant de l'aréopage, fût à l'abri de la critique. Le législateur athénien, ayant incriminé l'homicide involontaire, se serait montré très-inconséquent s'il avait affranchi de toute répression l'empoisonnement par imprudence. Rien n'autorise une telle supposition ; plusieurs passages des orateurs montrent, au contraire, que le législateur avait, à tous égards, assimilé l'empoisonnement au meurtre ordinaire. Platon qui, dans ses Lois, met l'empoisonnement involontaire sur la même ligne que l'homicide involontaire, avait évidemment puisé cette règle dans la jurisprudence de sa patrie (3).
La femme acquittée par l'aréopage devait subir la peine attachée à l'homicide involontaire (4).
(1) Accusation d'empoisonnement, 20.
(2) Grande morale, I, 17.
(3) Démosthène c. Aristocrate, 22, 24.
[A) Lois, IX, p. 865 B.
§ 3. De r homicide involontaire.
La peine de l'homicide accidentel (^ovo; ày.ovawç) était un exil temporaire réputé suffisant pour apaiser le ressentiment des parents du mort. Déraosthène dit vaguement que l'auteur du délit devait s'exiler « pour un « certain temps et à une certaine distance (i); ^ mais les grammairiens et les scholiastes nous ont appris que le terme était d'un an (2). Même, avant l'expiration de ce terme, il pouvait revenir impunément à Athènes, s'il . obtenait l'assentiment de la famille de la victime ; car, aussitôt que les parents se déclaraient satisfaits, toute poursuite ultérieure devenait impossible (3). Le coupable échappait même complètement à l'exil, si une transaction était conclue avant son départ. Mais la loi exigeait que l'accommodement fût consenti à la fois par le père du mort, par ses frères et par ses enfants. Un seul opposant suffisait pour rendre la transaction impossible ; mais, à défaut de parents, dix citoyens de la même phratrie, désignés par les juges, pouvaient conclure cet accommodement, après avoir constaté que le meurtre n'avait pas été intentionnel (4).
(1) Démosthéne c. Aristocrate, 72. Comp. c. Midias, 43.
(2) Scliol. d'Euripide, Rippolyte, v. 35. Isaac Tzetzès, commentaire sur V Alexandre de Lycophron, v. 1039. Bekker, Anecdota grœca, t. I, p. 421. Hesychius, v à-vjw.-j-zKju.ôç,. Comp. Euripide, Oreste, v. 512 et suiv. Platon, Lois, IX, p. 865 E.
(3) Démosthéne c. Pantœnetos, 59.
(4) Démosthéne c. Macartatos, 57.