CHAPITRE VI
pect et de l'inviolabilité de la vie humaine, on avait inventé la flétrissure légale de l'instrument passif et inconscient de l'homicide (i). On peut ajouter que la pensée de purifier le sol national, souillé par l'effusion du sang humain, n'était pas étrangère à cette cérémonie, à la fois judiciaire et religieuse.
^ 7. De Vavortement.
Le doux Platon, traçant les lois de sa république idéale, rend obligatoire l'avortement de toute femme qui conçoit après l'accomplissement de sa quarantième année (2). Aristote, allant plus loin encore, engage les législateurs habiles et prudents à chercher, dans l'avortement obligatoire, la solution du redoutable problème du maintien de l'équilibre entre le chiffre de la population et les ressources du pays (3). Ou trouvait même des philosophes qui, pour légitimer ces étranges et dangereuses doctrines, soutenaient que l'enfant conçu n'a pas une existence distincte et réelle. Plutarque nous apprend que, suivant l'opinion unanime des stoïciens, l'embryon n'est pas doué d'une vie propre et fait partie du sein de la mère, d'où il tombe au moment opportun, comme, les fruits, qui font partie des arbres, tombent quand ils sont entièrement mûrs (4).
(1) Voy. Pausanias, VI, 11. Suidas, V Ntxwv. Comp. Platon, Lois, IX, p. 873 et 874, où il approuve pleinement ce système.
(2) Platon, République, V, p. 461 C.
(3) Politique, VII, 14, 10.
(4) Opinion des philosophes, V, 15.
Il est donc permis de se demander si dans la brillante république d'Athènes, l'avortemeut (c/m.Qmgiç, a.p.olm.c() était rangé au nombre des crimes. Peut-être convient-il de faire une distinction, en incriminant l'avortement dans le seul cas où le fœtus avait acquis un âge déterminé par la loi et qui le faisait réputer vivant. Dans le passage auquel nous avons fait allusion, Aristote trace ces lignes :. « Si..., au delà du « terme formellement imposé à la population, quelques « mariages deviennent féconds, il faudra provoquer " l'avortement avant que l'embryon ait reçu le senti- « ment de la vie. Le crijne ou V innocence de ce fait ne ^ dépend absolument que de cette circonstance de sen- « sibilité et de me. » D'autre part, les rhéteurs grecs parlent d'un discours dans lequel Lysias accusait de meurtre l'auteur de l'avortement d'un fœtus que les médecins et les accoucheurs avaient déclaré vivant (i).
Mais quelle était la peine attachée à l'avortement d'un fœtus, incontestablement vivant? A cet égard les renseignements parvenus jusqu'à nous ne fournissent aucune réponse.
§ 8. Des blessures volontaires.
A l'égard des blessures volontaires, la législation athénienne renfermait une disposition extrêmement remarquable pour l'époque où elle fut introduite.
(1) Voy. Lysiœ fragmenta, X; Oratores attici, t. II, p. 257. — Harpocratioû, v° Tjro'}.o7ov, révoque en doute l'authenticité de la harangue de Lysias.