CHAPITRE SIXIÈME
La maison, la cour et la chancellerie impériales (4).
La maison impériale (appelée plus tard domus divina) (5) se compose du fondateur de la dynastie , de ses descendants par agnatio et de leurs femmes.'
Les membres de la maison impériale jouissent de l'inviolabilité personnelle, garantie par le sacramentum prêté à l'empereur (ô), et de différents privilèges honorifiques, tels que le cognomen de Caesar, porté jusqu'à Adrien par tous les princes de la famille impériale (p. 424), le titre de princeps juventutis, concédé aux princes impériaux depuis la prise de la toge virile jusqu'à leur entrée au sénat (7), des sièges réservés aux jeux publics (s), le droit de statues ou de bustes, le cognomen d'Au-
(1) Paull., V, 12 § 6. Mommsbn, II, 1065, n« 1. Hirschfbld, 217, 11e 3.
(2) Cod. Jus t., I, 26, 2 : - Imp. Albxandbr A. Restituto. Formant a praefècto praetorio datant, etsi generalis est, minime legibus vel constitutionvbus contrariam, si nihil postea ex auctoritate mea innovatum est, servari aequum est. « [235 après J. C.].— G. E. ZAGHARiAB.'AvéxcToTa. Leipzig, 1843, p. 231-245. Rudorff, H. d. dr. r., I, § 80.
(3) Lampe., AL Sev.f 21. Cf. Hirschfbld, 235 suiv., 246, n* 2.
(4) Mommsbn, II, 792-810. Madtig, II, 552-560. Mispoulbt, I, 279-282.
(5) Cf. Hbnzbn, dans le Bulle t. del Instit., 1872, p. 105.
(6) Tac, Ann., XIV, 7. Cf. Subt., Calig., 15. Dion. Cass., LUI, 3 § 9.
(7) Mon. Ane., c. 14. Subt., Calig., 15. Dio Cass., LIX, 8, LXXI, 35. Cf. Mommsbn, II, 800, n6 7. •— Plus tard, l'empereur le portait lai-môme, a partir de Caracalla sur les inscriptions (Orblu, n" 930, 951), depuis Gordien jusqu'à Constantin sur les monnaies. Ecrhbl, D. N., VIII, 8.
(8) Tac, Ann., IV, 16. Subt., Claud., 4. Dio Cass., LIX, 3, LX, 22, etc.
gusta (1), le titre de mater castrorum (a), accordés à l'impératrice ou à d'autres princesses (3), etc.
Les citoyens, admis aux audiences impériales, c'est à dire les membres de l'ordre sénatorien et, depuis Vespasien, ceux de l'ordre équestre (p. 406), s'appellent amici Augusti (4). Parmi eux l'empereur se choisit des conseillers qui l'accompagnent quand il voyage hors de l'Italie : comités Augusti (5). Ces fonctions étaient salariées (0).
La cour impériale (7) ne se distinguait d'abord des hôtels des riches particuliers que par un plus grand luxe et un personnel domestique plus nombreux d'esclaves et d'affranchis. L'intendance du palais était gérée, du moins depuis Claude ou Néron, par un procurator castrensis ou rationis castrensts, choisi parmi les affranchis impériaux (s). Les présentations à l'empereur se faisaient par un maître des cérémonies, qui s'appela plus tard magister admissionum (9).
De môme, à l'origine, l'empereur se servait pour ses écri-* tures, correspondances, etc., de ses libertini, « ab epistolis,
(1) Tac, Ann., XII, 26. Depuis Donatien l'impératrice porte généralement le titre d'Augusta.
S (2) Depuis Marc-Aurele, Dio Cass., LXXI, 10. Eckhel, D. N., VII, 79. La femme de Septime-Sévôre portait le litre de mater castrorum et senatus et patriae (Eckhel, 1. 1., VII, 196).
(3) Mommsen, II, 794, nw 6-7, 795, ns l. On peut y ajouter les funales cerei pour l'impératrice (Herodian., I, 8 g 16), des gardes militaires pour les princesses (Tac, Ann., XIII, 18, Suet., Ner., 34), leur consécration après la mort - divae » (Mommsen, II, 805, nw 7-8, Marquardt, VI, 454-455, Desjardins, dans la Revue de Philologie, III, 43), etc.
(4) Mommsen, dans le Hermès (1870), IV, 127 suiv. Friedlabnder. Hist. des mœurs, I, 198 suiv. Hirschfeld, Rech., I, 270-271. Humbert, Amici Augusti, dans le Dict. des an t. gr. et rom. de D. et S.
(5) Mommsen, Les comités Augusti de la première époque de VEmpire (en ail.), dans le Hermès, IV, 120 suiv. Madvig, II, 571-572.
(6) Cf. Suet., Tib., 46.— (7) Hirschfeld, Rech., 1, 192-200. Walter, § 276.
(8) Eichhorst, dans les Jahrb. f. Philol., 1865, p. 207 suiv., et Hirschfeld, ib., 1868, p. 691 suiv. — Sur la nature de cette fonction, voyez Hirschfeld, Rech., I, 196 suiv. A. Héron de Villefossb, Castrenses, dans le Dict. des ont. gr. et rom. de D. et S.
[9) Orelli, n* 2974. Vop., Aurelian., 12.
a lïbellis (i). » Cependant la chancellerie fut organisée depuis Claude (a), et distribuée en trois départements (scrinia) ; a rationibus, a libellis et ab epistolis (3), administrés d'abord par des affranchis impériaux (4), ensuite (5), surtout depuis Adrien (ô), par des membres de Tordre équestre qui, dans le cours du 111e siècle, reçoivent le titre de magistri (7), tandis que les employés subalternes fproximi, adjutores, officiâtes) sont toujours pris parmi les affranchis et esclaves impériaux (s).
Le département a rationibus comprenait l'administration du fisc (9).
Lo département ab epistolis (10), divisé depuis Adrien en deux bureaux, ab epistolis latinis (11) et ab epistolis graecis(vt), comprend en général la correspondance impériale : la confection des brevets d'officier jusqu'y compris la prae/ectura equitum, et des privilégia, conférés par l'empereur sous forme d'epistola, la réception des dépêches des gouverneurs et des généraux, la rédaction et l'expédition des instructions impériales pour autant qu'elles no sont pas écrites de la main de l'empereur (codicillus) (13), la correspondance officielle avec les communes, corporations, ou les députations étrangères,
(1) C. L, VI, n" 8596-8605, 8614-17.
(2) Hirschfeld, Rech., I, 201-214.
(3) Friedlabnder, Hist. des mœurs rom.f 1, 167-184.
(4) Hirschfbld, 277-280. — (5) Tac, Hist., I, 58.
(6) Spart., Hadr., 21. Aur. Viot., Epit., 29.
(7) Lampr., AL Sev.t 32. Trbb. Poll., Oallien., 17. Eumbn.,^. instaur. schol.y c. 5. Wilmanns, Index, p. 562.
(8) Subt., Claud., 28. Cf. Tac, Ann.t XV, 35, XVI, 8. Les libertini de la maison impériale exercèrent généralement une grande, mais pernicieuse influence sur les empereurs. Tac, Hist., I, 7. Subt., Oalb.y 15. Spart., Hadr., 21. Dw Cass., LXIX, 7.
(9) Voyez Livre III, Section II, Ch. III.
(10) Orblli, n°" 1641, 2922. Dio Cass., LXIX, 3. — Fribdlaendbr, I, 103 suiv. Egobr, Recherches historiques sur la fonction de secrétaire des princes chez les anciens, dans ses Mémoires dhist. anc. et de philologie, 231 suiv. Paris, 1863.
(11) Dio Cass., LXXII, 7. Orelli, n« 2997. — (12) C. L, VI, n" 8606-13. (13) La nomination aux fonctions supérieures se faisait par un codiciUus de
l'empereur. Epict., III, 7, 30. Cf. C. I. gr.t nM 4033-34. Waddinoton, dans les Mém. de VJnstit., 1867, p. 220. Hirschfeld, Rech., I, 266.
et les réponses impériales données sous forme d'epistola (1).
Le département a libellis (2) comprend les suppliques (libelli) adressées par des particuliers à l'empereur (3), auxquelles celui-ci répond par une courte subscriptio, écrite de sa main sur le libellas (4).
De ce département il faut distinguer le bureau a cognitionibus (5), institué probablement par Claude (6), administré d'abord par des affranchis impériaux (7), plus tard par des chevaliers (8).
Le fonctionnaire a cognitionibus , qui vers la fin du 111e siècle porte le titre de magister sacrarum cognitionum (9), est un commissaire-enquêteur, chargé de prendre les informations dont l'empereur a besoin pour exercer la juridiction civile et criminelle qui lui appartient (10).
À côté des bureaux a libellis et ab epistolis a été institué, au moins depuis Caracalla, le scrinium a memoria (n). Ce bureau, administré généralement par un chevalier (12), hérita des attributions les plus importantes des deux bureaux a libellis et ab epistolis (13).
(1) Stat., Silv., V, 1, 81 suiv. Cf. Justin., XLIII, 12. Suid., v. Aiovvtio;. Suet., Vesp., fi. Frontin., de aquaed., 103, 105.
(2) Friedlaender, I, 101 suiv.
(3) Senec, ad Polyb., 6 § 5, cf. § 4. Dio Cass., LVII, 15, Orelli-Hbnzen, n° 6947.
(4) Lampr., Comm., 13. Vop., Tac., 6, Carin., 16. Bruns, Les souscriptions des documents jur. rom. (en ail.), dans les Mém. de VAc. de Berlin (cl. phil. et hist.), 1877, p. 78-85, spécialement 83-84.
(5) Ed. Cuq, Le magister sacrarum cognitionum, dans les Etudes cCEpigraphie juridique. Paris, 1881. Friedlaender, 1, 108. Hirschfeld, 209, n* 3.
(6) Senec, Apocolyc, 15. Hirschfeld, 208, n° 4.
(7) C. L, VI, n" 8628-35.
(8) C. I., II, n° 1085, VIII, n° 9360. Cf. Dion. Cass., LXXVIII, 13.
(9) C. /., V, n° 8972. — (10) Cuq, 1. 1., p. 112, 124.
(11) C. /., VI, n" 8618-21. Hbrodiàn., IV, 8.
(12) Friedlaender, 1, 184 suiv.
(13) Lampr., Al. Sev., 31. Treb. Poll., Claud., 7. Vop., Car., 8. —
HlR'tCHFBLD, 213-214.