CHAPITRE PREMIER
Dn pouvoir impérial (i).
La dyarchie a fait place à la monarchie. L'empereur est investi d'un pouvoir absolu, sans limite aucune. Sa personne est revôtue d'une majesté sacrée et divine (2), qui se montre extérieurement dans la tenue impériale de la pourpre introduite par Dioclétien, le diadème (3) et le nimbus (4), adoptés par Constantin, et dans la cérémonie de l'adoration (5).
L'empereur est supérieur à toutes les lois, ou plutôt il est la loi incarnée (6). Son titre officiel est celui de dominus (7). Tous les habitants de l'Empire sont ses sujets : subjecti, servi,
dovXot (s).
(1) Waltkr, §§ 359, 360. Bbthmann-Hollweg, § 127, p. 9-20. Mispoulkt, I, 279-309.
(2) « Tanquam praesenti et corporali deo. » Vkgbt., II, 5. Mamert., paneg. Max., 2.
(3) Spanhem., de usu et praest. num. (éd. 1717). II, 385, suiv. Eckhel, D. N., VIII, 79, 363. Polrm. Silv., Laterc., p. 275 (Momms.).
(4) Eckhbl, VIII, 79, 502.
(5) Eutrop., IX, 26 (16). Aur. Vict., de Caes., 39. Zonar., XII, 31. Ltd., de mag., I, 4. Naudkt, Des changements opérés dans toutes les parties de Vadm. rom.t I, 262, suiv., II, 244, suiv. Les empereurs chrétiens ont conservé l'usage de la génuflexion (Amm. Marc, XV, 5 § 18, Cod. Theod., VI, 8, 1, ibiq. GoTHOFRBDus, éd. Ritter) ; mais ils abolirent le culte des images impériales (cod. Theod., XV, 4, 1, ibiq. Gothofr.).
(6) Nov.Just., 105, 2 §4.
(7) Aur. Vict., de Caes., 39. — Mommsen, II, 739, nM 4-7.
(8) Procop., hist. arc., 30, p. 165, Bonn. — Bkthmann-Hollweo, § 127,ne48tj
Cependant, dès le début de cette période, pour faciliter l'administration de l'immense Etat romain, il fut divisé en deux Empires, l'Occident avec Rome pour capitale, et l'Orient avec Constantinople pour capitale. D'abord transitoire (1), ce partage devint définitif depuis Théodose I en 395. Toutefois, jusqu'à l'anéantissement de l'Empire d'Occident en 476, les deux Empires ont été considérés comme deux parties d'un môme Etat (s); les deux empereurs, comme des collègues.
Môme pendant cette période, en droit strict, le pouvoir impérial n'est pas héréditaire (3). L'empereur est nommé, en apparence avec la collaboration du sénat (4), en réalité par les armées (5) ou par la désignation du prédécesseur. Cette désignation se fait, comme autrefois, par adoption et collation du titre de Caesar ou d1 Augnstus (e).
L'installation de l'empereur nommé a lieu avec de grandes solennités : la mise de la tenue impériale, l'élévation sur un bouclier, et, en Orient, depuis l'empereur Léon (457), le couronnement par le patriarche (7).
Immédiatement après l'installation, l'empereur adresse au sénat de la capitale un manifeste, dans lequel il promet un règne juste et bienveillant (s).
Tous les membres de la famille impériale portent le titre de nobilissimi, qui était le titre le plus éminent (9). Le serment
(1) Aur. Vict., de Caes., 39. Eutrop., X, 1. Amm. Marc, XXVI, 5 §4. Zosim., IV, 3, 19, 24, 47. Naudet, Des changements, etc., I, 268, suiv.
(2) De là la Notitia Dignitatum parle des cartes Orientis et Occidentis.
(3) A. Paillard, Histoire de la transmission du pouvoir impérial à Rome et à Constantinople. Paris, 1875. Une tendance au droit d'hérédité se manifeste cependant dans le titre officiel de parentes nostri, donné par les empereurs à leurs prédécesseurs. Mommsrn, II, 1088, ne 1.
(4) Nov. Majoriani, 3 § 1.
(5) Amm. Marc, XXV, 5, XXVI, 1 § 3-5, 2, XXX, 10. Nov. Major '., 3 g 1.
(6) Laotant., de mort, persec., 18, 20, 25. Amm. Marc, XV, 8 § 3-14, XXVI, 4, XXVII, 6 § 4-5.
(7) Coripp., de laud. Justini min,, II, 84-170. Thkophan. Chronogr. (éd. Bonn.), 1, 170.
(8) Nov. Majorian., 3 § 1. Coripp., 1. 1., II, 175-277.
(9) Zosim., II, 39, cod. Theod., XIII, 1, 21, ibiq. Gothofr.
de fidélité est prêté par les fonctionnaires non seulement à l'empereur, mais encore à l'impératrice (i).
L'empereur possède la plénitude des pouvoirs. Môme les empereurs chrétiens ont conservé l'ancien titre de pontifex maooimus jusqu'à Gratien, qui y renonça en 375 (2).
L'empereur est la source du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire, et il préside d'une manière souveraine à l'administration civile, financière et militaire de l'Empire, par un nombre considérable de fonctionnaires hiérarchiquement classés, nommés tous par l'empereur.