CHAPITRE PREMIER
De l'origine de Rome. Des trois tribns primitives.
La fondation de Rome, telle que les auteurs anciens l'exposent, présente un mélange de traditions italiques et helléniques, dans lesquelles il est difficile de distinguer entre l'élément historique et la légende (2) .
Les peuples italiques, sauf les Etrusques, forment avec les
(1) H. Genz, Rome 'patricienne (en ail.). Berlin, 1878.
(2) Les légendes grecques relatives a la fondation de la ville de Rome sont exposées par Nibbuhr, Hist. rom.y I, 224, 4e éd. Mukllkr, Explicantur causae fabulae de Aeneaein ItaXiam adventu, dans le Classical Journal. 1822, t. XXVI. Bamberger, Sur V origine du mythe de V arrivée dEnée dans le Latium (en ail.), dans le Rheinisch Muséum. 1838. T. VI, p. 82. Klausbn. Enée et les Pénates (en ail.). 2. v. Hambourg, 1839-40. Naegelé, La fondation de Rome (en ail.), dans les Studien ueber altitalisches und roemisches Rechtsleben, p. 249. Schaffhouse, 1849. Linker, La plus ancienne histoire mythique de Rome (en ail.). Vienne, 1858. Gerlach, De rerum Rom. primordiis. 2« éd. Baie, 1861. Ampère, Histoire rom. à Rome, 2 v. 2e éd. Paris,
peuples helléniques la race pélasgique, branche de la grande famille des peuples indo-européens \\).
Les peuplades italiques, telles que les Latins, les Ombriens, etc., étaient subdivisées en tribus (2).
Il semble qu'à une époque reculée trois tribus, trois peuplades occupèrent le territoire de la ville de Rome et y établirent trois bourgs, trois civitates indépendantes (3). L'histoire, les rapports primitifs de ces trois cités nous sont complètement inconnus (4). Mais, quoiqu'il en soit, elles finirent par se confédérer d'abord, et ensuite par ne plus former qu'un seul Etat : la civitas Romana (5).
Ces tribus portaient, d'après la tradition (ô), les noms suivants :
1° Les Ramnes (7) (Ramnenses , Ramnetes). Cette tribu, d'origine latine, semble s'être fixée la première sur le territoire romain; peut-être sortit-elle, à la suite d'une secessio,
(1) Lange, I, 55-75. Lottner, Sur la position des Italiques dans la race indo-env \yjenne (on ail.), dans Kuhns Zeitschrift fuer vergleichende Sprachforschung. T. VU, 1858.
(2) Kirchhofp. Les recherches les plus récentes dans le domaine des langues italiques (en ail.), dans le Kieler Alonatsschrift, 1852, p. 577 et 801.
(3) « Ager Romanus primum divisus in partes très. » Varr., de ling. lat., V, 9.
(4) Cf. Lange, I, 86. Huellmann, Origines de la Constitution rom. (en ail.). Bonn, 1835.
(5) Sur l'origine de la ville cf. Niebuhr, H. r., I, 300. Becker, II, 1, 12-19. Lange, 1, 88-101. Troisfontaines, 7-36, 75-80. Genz, 89-106. A. Maury, Sur le véritable caraetfre des événements qui portèrent Servius Tullius au trône et sur les éléments dont se composait originairement la population rom., dans les Mém. de V Institut (Ac. des Inscr. et B. L.) T. XXV, p. 107-223. Paris, 1866. Sur la manière dont se sont formées en général les cités grécolatines, voyez Fustel de Coulanges, La cité antique, Paris, 1870, 39 éd. p. 146, suiv., et sur Rome en particulier, O. Clason, De Vorigine de VEtat rom. (en ail.), dans ses Krit. Eroerterungeu ueber den roem. Staat, p. 167- 179. Kiel, 1871. R. Pôhlmann, Les commencements de Rome (en ail.), Erlangen, 1881. J. Guidi, La fondation de Rome [en ital.), dans le Bullet. délia Commissione arch. mun. di Roma9 IX, 63-73, 1881.
(6) Cf. Varr., de l. 1.9 V, 9, 14, 16. Liv., I, 13 et 36, X, 6. Cic, de rep.t II, 20. — Madvig. I, 95-98. Soltau, 46-51.
(7) Froehner, Rome et les Ramnes (en ail.), dans le Philologue. Goettingen, 1855, T. X, p. 552.
d'Albe-la-Longue, alors la ville principale du Latium (i). Elle occupait le mons palatinus, et avait établi une arœ (citadelle) sur le mons capitolinus. C'est d'elle que dérivent les noms de Roma, Romulus, Remus (2)
2° Les Tities (Titienses, Tatienses : héros patronymique. Titus Tatius), d'origine sabine (ombrienne), étaient établis sur le collis quirinalis. Le règne simultané de Romulus et de Titus Tatius semble rappeler l'existence d'un foedus aequum entre la cité latine et la cité sabine (3), celui de Numa la prépondérance de l'élément sabin (4).
3° Les Luceres (Lucerenses), selon toute probabilité, la dernière venue des trois tribus, occupaient le mons coeliusfy. De quelle race cette tribu était-elle? Tite-Live déclare ne pas le savoir (ô). Les modernes ont émis surtout deux hypothèses différentes : les uns, suivant une tradttion ancienne (7), et se prévalant de l'analogie du nom de Luceres et du mot Lucumo, dénomination des chefs étrusques (s), attribuent aux Luceres une origine étrusque ; d'après d'autres les Luceres sont une tribu latine, à savoir certaines familles albaines, transportées à Rome et incorporées dans le peuple romain après la destruction d'Albe- la- Longue, sous Tull'us Hostilius. Leur nom (du même radical que lucere) signifie illustres, splendidi. Cette
(1) Cinoius cité par Festus, p. 241 (éd. Mueller). Canina, Des trente colonies dAlbe (en ital.). Rome, 1840.
(2) Sur letymologie du mot Roma, cf. Becrer, II, 1, 13. Lange, 1, 82.
(3) Lange, I, 92-93.
(4) D après Volquardsen, Les trois anciennes tribus rom. (en ail., Rhein. Mus., XXXIII, 538-564, 1878), la tribu sabine des Tities domina pendant une certaine période les deux autres tribus. L'hypothèse qu'il expose sur les rapports primitifs des trois tribus, s'écarte d'ailleurs considérablement de l'opinion générale que nous suivons.
(5) Liv., I, 33.
(6) « Lucerum nominis et originis causa incerta est. » I, 13.
(7) Florus, III, 18, dit : « Quum popidus Romanus Etruscos Latinos Sabinosque miscuerit et unum ex omnibus sanguinem ducat, » etc.
(8) Cf. Varr., del.l., V, 9. Cic, de rep., II, 8. Aurelius Victor, 2, 11, etc. D'autres anciens dérivent le mot de lucus : « Luceres... a Lucumone sive Lucretino (cf. Broker, II, 1, 30), sive a luco, quem lucum asylum woerat Romulus. » Pseudo-Asconius ad Cic., Verr., I, 5. Plutaroh., Rom., 20.
dernière hypothèse expliquerait le retour de la prépondérance à l'élément latin représenté par Tullus Hostilius (1).
La réunion de ces tribus (appelées primitives, tribus de race ou de naissance par opposition aux tribus locales, créées par Servius Tullius) en une seule civitas, a fondé l'Etat romain (civitas romana).