‹ Le droit public de l'égliseChapitre 11 sur 39 · S VI · texte numérisé non relu

S VI

Le pouvoir législatif de l'Église peut-il atteindre les actes intérieuret comment le peut-il?

120. — Il est clair tout d'abord queTÉglise, quand elle commande l'acte extérieur, commande implicitement aussi, cet acte intérieur qui est nécessaire pour que l'acte extérieur soit humain, c'est-à-dire provenant de la volonté libre. Elle ne diffère pas en ceci du pouvoir législalatif civil qui commande lui aussi à des hommes, et impose par conséquent des actes humains. Aussi, voyons-nous le juge tant ecclésiastique que civil, en constatant les transgressions de la loi, examiner si elles se sont produites librement ou non.

En second lieu, l'Église, quand elle commande l'acte extérieur, impose indirectement ces actes intérieurs qui sont nécessaires pour que l'acte extérieur ait de la valeur. Ainsi, par exemple, lorsqu'elle commande la confession annuelle, son commandement s'étend à la contrition intérieure, sans laquelle l'acte extérieur ne serait pas un sacrement, mais un sacrilège. Il en est de même du vœu de chasteté imposé à quiconque est initié aux ordres sacrés. Ce vœu renferme évidemment l'intention de l'observer, et ainsi du reste. La raison en est que les commandements de l'Egl se ont eu vue le salut éternel de ses subordonnés ; mais à quoi servirait dès lors l'acte extérieur qui ne serait pas accompagné de l'acte intérieur?

13ft LE DROIT PUBLIC ECCLÉSIASTIQUE.

Le pouvoir législatif de TÉglise tlilfère sur ce point du pouvoir législatif civil. Celui-ci, visant uniquement à la paix publique extérieure età la protection des droits, doit se contenter de l'acte purement extérieur qui suffit pour Tune et pour l'autre.

1:21. — La question se trouve doue réduite aux actes purement intérieurs qui demeurent complètement renfermés dans le sanctuaire de la conscience. Or, les considérations que nous avons présentées précédemment, établissent, nous semble-l-il, que le pouvoir législatif de l'Eglise, envisagé comme pouvoir législatif pur, ne saurait les atteindre. La mission du pouvoir législatif, envisagé comme tel, embrasse rorganisation de la multitude en tant ({u'elle constitue un corps social. Or, ce résultat s'obtient par des actes extérieurs et visibles. Certains théologiens et certains canonistes prétendent néanmoins que les lois de l'Église peuvent atteindre également les actes purement intérieurs. La raison qu'ils apportent en faveur de leur opinion, c'est que les lois de TÉgiise doivent régler l'homme tout entier; or, l'intérieur est tout aussi bien du domaine de 1 homme que l'extérieur. Bien plus: si l'on tient compte du but auquel conduit l'Eglise, c'est-à-dire de la sanctitication des âmes et du salut éternel, les actes intérieurs sont manifestement des moyens plus propres à les réaliser que les actes extérieurs. Ces auteurs croient trouver une confirmation de leur opinion dans les décrets de TÉglise qui enjoignent de ne pas croire mitrciiicnt, ne quis aliter credat, cl notamment dans la bulle par laquelle Clément XI proscrivit le Silence obsc^ quieux des Jansénistes, et ordonna que les propositions condamnées chez Jansénius fussent tenues pour hérétiques, avec l'assentiment intérieur de l'intelligence.

122. — Mais, les auteurs qui adoptent cette manière de voir, font, nous so^mble-t-il, du pouvoir doctrinal et du pouvoir législatif de TÉglise, un pouvoir unique. L'autorité de l'Église doit, sans contredit, diriger l'homme tout entier, et les actes intérieurs sont plus efficaces

pour conduire riiomine à su liu que les actes extérieurs. Mais le pouvoir doctrinal de l'Église a principalement et directement pour objet de régler l'intérieur de riiomine; et ce pouvoir, nous l'avons distingué du pouvoir législatif qui n'appartient à l'Église que comme une portion de sa juridiction. C'est au pouvoir doctrinal que se rapportent les défenses que l'Église ajoute à ses définitions dogmatiques, de penser et de croire autrement, ainsi que la condamnation du silence janséniste. C'est à lui encore que se rapporte tout ce que l'Église enseigne pour que notre croyance ait la rectitude voulue, pour que notre volontJ soit sainte. KÉjlise s'occupe de la partie intérieure et purement spirituelle de l'homme par ce pouvoir magistral et par la juridiction intérieure du du for sacramentel. Mais le pouvoir législatif, par là même qu'il se rapporte au gouvernement de la communauté humaine comme telle, ne peut avoir, par luimême, pour objectif, que les actes par lesquels la communauté se forme et se maintient visiblement: or, ces actes sont extérieurs, bien qu'ils soient animés par les actes intérieurs, dans la mesure qui suflit à en faire des actes humains et capables de réaliser la lin à laquelle conduit l'Église.

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