‹ Le droit public de l'égliseChapitre 30 sur 39 · LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S. LÉON XIII · texte numérisé non relu

LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S. LÉON XIII

par suite a Dieu pour aute ir. — Il en résulte encore que le pouvoir public ne peut venir que de Dieu. Dieu seul, en effet, est le vrai et souverain Maitre des choses : toutes, quelles qu'elles soient, doivent nécessairement lui être soumises et lui obéir; de telle sorte que quiconque a le droit de commander, ne tient ce droit que de Dieu, chef suprême de tous. Tout pouvoir vient de Dieu (1). — Du reste, la souveraineté n'est en soi nécessairement liée à aucune forme politique : elle peut fort bien s'adapter à celle-ci et à celle-là, pourvu qu'elle soit de fait apte à l'utilité et au bien commun. Mais quelle que soit la forme de gouvernement, tous les chefs d'Étal doivent absolument avoir le regard fixé sur Dieu, souverain modérateur du monde, et dans l'accoraplissemeut de leur mandat le prendre pour modèle et règle. De même, en effet, que dans l'ordre des choses visibles, Dieu a créé des causes secondes, en qui se reflètent en quelque façon la nature et l'action divines, et qui concourent à mener au but où tend cet univers ; ainsi a-t-il voulu que dans la société civile il y eût une autorité dont les dépositaires fussent comme une image de la puissance que Dieu a sur le genre humain, en même temps que de sa providence. Le commandement doit donc être juste ; c'est moins le gouvernemeiit d'un maître que d'un père, car l'autorité de Dieu sur les hommes es:, très juste et se trouve unie à une paternelle bonté. 11 doit d'ailleurs s'exercer pour l'avantage des citoyens, parce que ceux qui ont autorité sur les autres en sont exclusivement investis pour assurer le bien public. L'autorité civile ne doit servir, sous aucun prétexte, à l'avantage d'un seul ou de quelquesuns, puisqu'elle a été constituée pour le bien commun. Si les chefs d'État se laissaient entrairier à une domination injuste, s'ils péchaient par abus de pouvoir ou par orgueil, s'ils ne pourvoyaient pas au bien du peuple, (Qu'ils le sachent, ils auront un jour à rendre compte à Dieu, et ce compte sera d'autant plus sévère que plus sainte est la fonction qu'ils exercent et plus élevé le degré de la dignité dont ils sont revêtus. Les puissants seront puissamiuent punis (2). — De

H) liow., XIII. I.

(2) Slip., M, 7.

dirto aurlientes esse principlbus, eislomqae ol)sequium ac lìJem praestare cum quadam similitudine pietatis, qnaeliberoruni est erga parentes. Oinnis anima potestalibus sublimioribns subdUa sit (1). — Spernere quippe polestatemlegitiniam,quavisea in persona esse consLit'rit, non magis licet, quam divinae voluntati resistere: cui si qui résistant, in interilum ruunt voluntavium. Qui resislit poteslali, Dei ordinalioìii resislit ; qui autem résistant, ipsi sibi damnationem acquirunt (i2). Quapropter obedientiam abiicere, et, per vini multitudinis, rem ad seditionem vocare est crimen maiestatis, neqiie humanae tantum, sed eliam divinae.

Hac ratione constitutam civitatem perspicuum est, omnino debere plurimis maximisque officiisquae ipsara iungunt Deo, religione publica satisfacere. — Natura et ratio, quae iubel singulos sancte religioseque Deum colere, quod in eius poleslate sumus, et quod ab eo profecti, ad eumdem reverti debemus, eadem lege adstringit civilem comniunitatem. Homines enim communi societate coniuncti nihilo sunt minus in Dei potestate, quam singuli : neque minorem, quam singuli, graliam Deo societas débet, quo auctore coaluit, cuius nutu consn'vatur, cuius beneficio innumerabilem honorum, quibus affluit, copiam accepit. Quapropter sicut nemini licet sua adversus Deum officia negligere, officiumque est maximum aniplecti et animo et moribus religionem, nec quam quisque maluerit, sed quam Deus iusserit, quamque certis rainimeque dubitandis indiciis unam ex omnibus veram esse constiterit : eodem modo civitates non possunt citra s?,elus, gerere so tamquara si Deus omnino non esset, aut curam religionis velut alienam nihibiue profuturam abiicere, aut asciscere de pluribus generibus indifferenter quod libeat : omninoque debent eum in colendo numine morem usurpare modumque, quo coli se Deus ipse demonstravit velie. — Sanctum igitur oporlct apud principes esse Dei nomen ; poneudunKjue in praecipuis illorum otiìciis religionem grafia complecti, benevolentia tueri, auctoritate nutuque legum légère, nec quippiam instituere aut decernere, quod sit eius

(1) Rom., xiH, 1.

(2) Ibid., v. 2.

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celte manière, la suprématie du commandement entraînera Fhommage volontaire du respect des sujets. En effet, si ceuxci sont une fois bien convaincus (jue Tautorité des souverains vient de Dieu, ils se sentiront obligés en justice à accueillir docilement les ordres des princes et à leur prêter obéissance et fidélité par un sentiment semblable à la piété qu'ont les enfants envers les parents. Que toute âme soit soumise aux puissances plus élevées (1). — Car il nlest pas plus permis de mépriser le pouvoir légitime, quelle que soit la personne en qui il réside, que de résister à la volonté de Dieu : or ceux qui lui résistent courent d'eux-mêmes à leur perte. Qui résiste au pouvoir, résiste à l'ordre établi par Dieu ; et ceux qui lui résistent s'attirent à eux-mêmes la damnatio ni^). Ainsi donc secouer Tobéissance et révolutionner la société par le moyen de la sédition, c'est un crime de lèse-majesté non seulement humaine, mais divine.

La société politique étant fondée sur ces principes, il est évident qu'elle doit sans faillir accomplir par un culte public les nombreux et importants devoirs qui l'unissent à Dieu. — Si la nature et la raison imposent à chacun l'obligation d'honorer Dieu d'un culte saint et sacré, parce que nous dépendons de sa puissance, et que, issus de Lui, nous devons retourner à Lui, elles astreignent à la même loi la société civile. Les hommes, en effet, unis par les liens dr'une société commune, ne dépendent pas moins de Dieu que pris isolément ; autant au moins que l'individu, la société doit rendre grâce à Dieu, dont elle tient l'existence, la conservation et la multitude innombrable de ses biens. C'est pourquoi, de même qu'il n'est permis à personne de négliger ses devoirs envers Dieu, et que le plus grand de tous les devoirs est d'embrasser d'esprit et de cœur la religion, non pas celle que chacun préfère, mais celle que Dieu a prescrite et que des preuves certaines et indubitables établissent comme la seule vraie entre toutes : ainsi les sociétés politiques ne peuvent sans crime se conduire comme si Dieu n'existait en aucune manière, ou se passer de la religion comme étrangère et inutile, ou en

(1) Rom., xni, 1.

(2) Ibid., V, 'i.

incolumitati contrarium. Id et civibus debent, quibus praosunt. Nati enim susceptique omncs homines siimus ad summum quoddam et ultimum bonornm, quo sunt omnia Consilia referenda, extra hanc fragrili tatcm brevi LateuKiue vilae in roebs colloca tum. Quoniam autem bine pendei hominum undique expleta ac pedecta félicitas, idcirco assequi eum,qui commemoratus est, finem tanti interest singulorum, utplui-is interesse non possit. Givilera igitur societatem, communi utilitati natam, in tuenda prosperitate reipublicae necesse est sic consulere civibus, ut oblinendo adipiscendoque summo ilio atque incommutabili bono quod sponte appetunt, non modo nihil importet unquam incommodi, sed omnes, quascumque possit, opportunitates afferat. Quarumpraecipuaest, ut detur opera religioni sancte inviolateque servandae, cuius officia hominem Deo coniungunl.

Vera autem religio quae sit, non difficulter videt qui indicium prudens sincerumque adhibuerit : argumentis enim permultis atque illustribus, veritate nimirum vaticionorum, prodigiorum l'requentia, celerrima fidei vel per raedios hostes ac maxima impedimenta propagatione, martyrum testimonio, aliisque similibus liquet, eam esse unice veram, quam Iesus Christus et instituitipsemet et Ecclesiae suae luendam propagandamque demandavit.

Nam unigenitus Dei filius societatem in terris constituit, quae Ecclesia dicitur, cui excelsum divinumque mnnus in omnes saeculorum aetates continuandum transmisit, quod Ipse a Paire acceperat. Sicut misit me Pater, et ego mitto

LETTRE E?JCYCLIQUE DE S. S LÉON XIIÎ. 4r,I

admt'Ltre une indifféremment, selon leur bon plaisir. En honorant la Divinité, elles doivent suivre strictement les règles et le mode suivant lesquels Dieu a déclaré vouloir être honoré. — Les chefs d'État doivent donc tenir pour saint le nom de Dieu, et mettre au nombre de leurs principaux devoirs celui de favoriser la religion, de' la protéger de leur bienveillance, de la couvrir de l'autorité tutélaire des lois, et ne rien statuer ou décider qui soit contraire^à son intégrité. Et cela, ils le doivent aux citoyens dont ils sont les chefs. Tous, tant que nous sommes, en effet, nous sommes nés et élevés en vue d'un bien suprême et final auquel il faut tout rapporter, placé qu'il est aux cieux, au delà de cette fragile et courte existence. Puisque c'est de cela que dépend la complète et parfaite félicité des hommes, il est de l'intérêt suprême de chacun d'atteindre cette fin. Gomme donc la société civile a été établie pour l'utilité de tous, elle doit, en favorisant la prospérité publique, pourvoir au bien des citoyens, de façon non seulement à ne mettre aucun obstacle, mais à assurer toutes les facilités possibles à la poursuite et à l'acquisition de ce bien suprême et immuable auquel ils aspirent euxmêmes. La première de toutes consiste à faire respecter la sainte et inviolable observance de la religion, dont les devoirs unissent l'homme à Dieu.

Quant à décider quelle religion est la vraie, cela n'est pas difficile à quiconque voudra en juger avec prudence et sincérité. En effet, des preuves très nombreuses et éclatantes, la vérité des prophéties, et la multitude des miracles, la prodigieuse célérité de la propagation de la foi, môme parmi ses ennemis et en dépit des plus grands obstacles, le témoignage des martyrs, et d'autres arguments semblables prouvent clairement que la seule vraie religion est celle que Jésus-Christ a instituée lui-même et qu'il adonné mission à son Église de garder et de propager.

Car le Fils unique de Dieu a établi sur la terre une société qu'on appelle l'Église, et il l'a chargée de continuer à travers tous les âges la mission sublime et divine que Lui-même avait reçue de son Père. Comme mon Père m'a envoyé, moi je

4fi2 EPISTOLA ENCYCLICA « IMMORTALE DEI ».

VOS (i). Ecce ego vobiscum sani omnibus dieb as usqiie ad coìisummationem swcuU (2), Igitur sicut Iesus Ghristus in terras venit ut homines vilam habeant et abundantim habeant (3), oodem modo Ecclesia proposi tu m haiìet, tauquam fniem, salutem animoruni sempiternani : oh eamque rem talis est natura sua, utporrigat sese al totiuscomplexum gentis humanae, nullis nec; locorum uec temporum limitibus circumscripta. Praedicate Evangelium ornili creatiirae (4).

— Tarn ingenti hominum multitudini Deus ipse magistralus assignavit, (pii cum potestate praeessent : unumque omnium principem, et maximum certissimumque veritatis magistrum esse voluit, cui claves regni coelorum commisi!. Tibi dabo claves rcçini coelorum (o). — Pasce agnos pasce oves: fG)

— ego rogavi prò te, ut non deficiat fides tua (7). — Haec societas, quamvis ex hominibus constet, non secus ac civilis communilas, tamen propter finem sibi constitutum, atque instrumenta, quibus ad tìnemcontendit. supernaturalis estet spiritualis : atqne idcirco distinguitur ac differt a societale civili : et, quod plurimum interest, societas est genere et iure perl'ecta, cum adiimienta ad incolumitatem actionemque suam necessaria, voluntate benetlcioque conditoris sui omnia in se et per se ipsa possideat. Sicut finis, quo tendit Ecclesia, longe nobilissimus est, ita eius potestas est omnium praestantissima, ncque imperio civili potest haberi inferior, aut eidem esse uUo modo obnoxia. — Revera Iesus Ghristus Apostolis sui libera mandata dedit in sacra, adiuncta tum lerendarum legum veri nominis facultate, tum gemina, quae bine consequitur, iudicandi puniendique potestate. « Data est mihi omnis poteslas in coelo et in terra ; euntes

« ergo docele omnes gentes docentes eos servare omnia

« quaecumque mandavi vobis. » (8) Et alibi: « Si non au- « dierit eos, die Ecclesiae. » fOÌ Atqne iterum : « In promptn

(1) Joan, XX, 21.

(2) Matih., xxvni, 20.

(3) Joan, X, 10.

(4) Marc, xvi, 13.

(o) Alatiti., XVI, 19.

(6) Joan., XXI, 16-17.

(7) Lue, xxn, 32.

(8) Matth., xxvni, 18, 19, W.

(9) Mallh., xviii, 17.

LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S. l.ftON XlII. 4GÌ

VOUS eiwole (\). — Voici que je suis avec vous jusqu'à lu consommation des siècles (i). De même que Jésus-Guhist est veau sur la terre afin que les homme? eussent la vie et l'eussent plus abondamment (3), ainsi rÉ2,lise se propose comme fm le salut éternel des àmi's ; et dans ce but, telle est sa constitution qu'elle embrasse dans son extension l'humanité tout entière, et n'est circonsc^rile par aucune limite ni de temps ni de lieu. Prêchez VÉvangile à toute créature (4). — A cette immense multitude d'hommes. Dieu lui-môme a donné des chefs avec le pouvoir de les gouverner. A leur tête il en a préposé un seul, dont il a voulu faire le plus grand et le plus sûr maître de vérité, et à qui il a confié les clefs du royaume des cieux : Je te donnerai les clefs du royaume des deux (o). — Pais mes agneaux... pais mes brebis (G). — J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas (7). --Bien que composée d'hommes, commela société civile, cette société de l'Église, soit pour la tin qui lui est assignée, soit pour les moyens qui lui servent à l'atteindre, est surnaturelle et spirituelle. Elle se distingue donc et diffère de la société civile. E 1 outre, et C3ci est de la plus grande importance, elle constitue une société juridiquement parfaite dans son genre, parce que, de l'expresse volonté et par la grâce de son fondateur, elle possède en soi et par elle-même toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action. Gomme la tin à laquelle tend l'fX^'lise est de beaucoup la plus noble de toutes, de même son pouvoir l'emporte sur tous les autres, et ne peut en aucune façon être inférieur ni assujetti au pouvoir civil. — En eli'.'t, Jèsus-Ghuist a donné plein pouvoir à ses apôtres dans la sphère des choses sacrées, en y joignant tant la faculté de faire de véritables lois, que le double pouvoir qui en découle de juger et de punir. 2'oute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre ; allez donc, enseignez toutes les nations. . apprenez-leur à observer tout ce que je

(1) Joan., XX, 21.

(2) Malth., xxvni, 20.

(3) Joan., x, 10.

(4) Marc, xvi, 13.

(5) Matlli., XVI, 19.

(6) Joan., XXI, 16, 17.

(1) Luc, xxn, 32.

« hahenles iilclscl omnem inohedientiam. » (l; Rursiis : « Ditrius agam secundìim potestatem, qnam Domimis dedit « mihi in aedificntionem et non in destructionem » (2). Itaque dux hominibusesse ad coelestia, non civitas sed Ecclesia débet : eidemque hoc est munus assignatum a Deo, ut de iis, quae religionem attingunt, vidcat ipsa et slatuat : ut doceat omnesgentes : ut christiani nominis fines, quoad potest, late proférât: brevi, ut rem christianam libere expediteque iudicio suo adminislret. — Hanc vero auctoritatein in se ipsa absolutam plancque sui iuris, quae al) assentatrice principuin philosophia iamdiu oppugnatur, Ecclesia sibi asserere itemque publiée exercere numquam desiifc, primis omnium prò ea propugnati tibus Apostolis, qui cum diss'minare Evangelium a principibus Synagogae prohiberentur, constanter respondebant, obedire oportet Deo magici, quam Jiominibus (3). Eamrlem sancti Ecclesiae Patres rationum momentis tueri prò opportimitate studuerunt : romanique Pontifìces invicta animi constanl'a adversus oppugnatores vindicare numquam praetermiserunl. — Quin etiam et opinione et re eamdem probarunt ipsi viri principes rerumque publicarum gubernatores, ut qui paciscendo, transigendis negotiis, mittendis vicissinique accipiendis legatis, atque aliorum mutatione offìciornm, agere cum Ecclesia tamquam cum suprema potestate légitima consueverunt. — Ncque profecto sine singulari providentis Dei Consilio factum esse censendum est, ut haec ipsa potestas principatu civili, velut optima libertatis suae tutela, muniretur.

Itaque Deus humani generis procurationem inter duas potestates partitus est, scilicet ecclesiasticam et civilem, alteram quidem divinis, alteram humanis rebus praepositam.Uiraque est in suo genere maxima : liabet utra(jue certos, quibus con-

(1) Ar.t.,\,Ì9.

(2) nom., XIII, I.

•;3) II Cor.. X. 6.

LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S. LÉON XlII. 463

voils ni prescrit (l). Et ailleurs : SHl ne les écoute pus, ditesle à VEglise (2). Et encore : A)/ez soin de punir toute désobéissance (3). De plus : Je serai plus sévère en vertu du pouvoir que le Seigneur m'a donné pour Védification et non pour la ruine (4). C'est donc à l'Église, non à l'État, qu'il appartient de guider les hommes vers les choses célestes, et c'est à elle que Dieu a donné le mandat de connaître et décider de tout ce qui touche à la religion ; d'enseigner toutes les nations, d'étendre aussi loin que possible les frontières du nom chrétien ; bref, d'administrer librement et tout à sa guise les intérêts chrétiens. — Cette autorité parfaite en soi et ne relevant que d'elle-même, depuis longtemps battue en brèche par une philosophie adulatrice des princes, l'Église n'a jamais cessé ni de la revendiquer, ni de l'exercer publiquement. Les premiers de tous ses champions ont été les apôtres qui, empêchés par les princes de la Synagogue de répandre TÉvangile, répondaient avec fermeté : Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes (5). C'est elle que les Pères de l'Église se sont appliqués à défendre par de solides raisons, quand ils en ont eu l'occasion, et que les Pontifes romains n'ont jamais manqué de revendiquer avec une constance invincible contre ses agresseurs. — Bien plus, elle a eu pour elle en principe et en fait l'assentiment des princes et des chefs d'États qui, dans leurs négociations et dans leurs transactions, en envoyant et en recevant des ambassades, et par l'échange d'autres bons offices, ont constamment agi avec l'Église comme avec une puissance souveraine et légitime. Aussi n'est-ce pas sans une disposition particulière de la Providence de Dieu que cette autorité a été munie d'un prin?ipat civil, comme de la meilleure sauvegarde de son indépendance.

Dieu a donc divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances : la puissance ecclésiastique et la puissance civile; celle-là préposée aux choses divines, celle-

(1) Matlh., xxvui, 18, 19, 2).

(-2) Matth., xvrii, 17.

(3) Il Cor.. X.6.

(4) Ibid., xui, 10.

(5) Act. . v, 29

tineatur, terminos, eosque sua cujusque natura caussaque proximadefìiiitos ; unde aliquis velut orbis circumscrihitur, in quo sua cuiusqne actio iure proprio versetur. Sed quia utriusque imperium est in eosdem, cum usu venire possit, ut res una atque eadem, quamquam aliter alque aliter, sed taraen eadem res ad utriusque ius iudiciumque pertineat, débet providentissimus Deus, a quo sunt ambae constitutae, utriusque itinera recto atque ordine composuisse. Qtiae autem sunt a Beo ordinatae sunt (I). Quod ni ita esset, funestarum saepe contentionum concertationumque caussae nascerentur; nec raro sollicitus animi, velut in via ancipiti, haerere bomo deberet, anxius quid facto opus esset, contraria iubentibus l)inis potestatibus, quarum recusare imperium, salvo officio non potest. Atqui maxime istud répugnât de sapienlia cogitare et bonitate Dei, qui vel in rebus phvsicis, quamquam sunt longe inlerioris ordinis, tamen naturales vires caussasque invicem conciliavit moderata ratione et quodam velut concentu mirai)ili, ita ut nulla earum impediat ceteras, cunctaeque simul illuc, quo mundus spectat, convenienter aptissimeque conspirent. — Itaque inter utramque potestatem quaedam intercédât necesse est ordinata colligatio : quae quidem coniun^tioni non immerito comparatur, per quam anima et corpus in horaine copulaiitur. Qualis autem et quanta ea sit, aliter iudicari non potest, nisi respiciendo, uti diximus, ad utriusque naturam, liabendaque ratione excellentiae et nobilitatis caussarum; cum alteri proxime maximeque propositum sit rerum mortalium curare commoda, alteri coelestia ac sempiterna i)ona comparare. — Quidquid igiturest in rebus bumanis quoquo modo sacrum, quidquid ad salutem animorum cultumve Dei pertinet, sive lale illud sit natura sua, sive rursus tale intelligatur propter caussam ad quam refertur, id est omne in potestate arbitrioque Ecclesiae : cetera vero, quae civile et politicum genus complectitur, rectum est civili auctorilati esse subiecta, cum Jesus Christus iusserit, quae Caesarissint, reddi Caesari, quae Dei, Deo. — Incidunt autem quandoque tempora, cum alius quoque concordiae modus ad tranquillam libertatem

ri) II Cor., XIII. 10.

LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S. LÉON XIIl. i64

ci aux choses humaines. Chacune d'elles en son genre est souveraine : chacune est renfermée dans des limites pariaitement déterminées et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial. Il y a donc comme une sphère circonscrite dans laquelle chacune exerce son action, jure proprio. Toutefois leur autorité s'eserçant sur les •mêmes sujets, il peut arriver qu'une seule et même chose, bien qu'à un titre différent, mais pourtant uns seule et même chose, ressortisse àia juridiction et au jugement de Tune et de l'autre puissance. Il était donc digne de la sage providence de Dieu, qui les a établies toutes les deux, de leur tracer leur voie et leurs rapports entre elles. Les puissances qui sont, ont été disposées par Dieu ([). S'il en était autremc^'it, il naîtrait souvent des causes de funestes contentions et de conflits, et souvent l'homme devrait hésiter perplexe comme en face d'une double voie, ne sachant que faire, par suite des ordres contraires de deux puissances dont il ne peut en conscience secouer lejoug. Il répugnerait souverainement de rendre responsable de ce désordre la saiïesse et la bonté de Dieu, qui dans legouvernement du monde physique, pourtant d'un ordre bien inférieur, a si bien tempéré les unes par les autres les forces et les causes naturelles, et les a fait s'accorder d'une façon si admirable, qu'aucune d'elles ne gêne les autres, et que toutes dans un parfait ensemble conspirent au but, auquel tend l'univers.

Il est donc nécessaire qu'il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui, dans l'homme, constitue l'union de l'ànie et du corps. On ne peut se faire une juste idée de la nature et de la force de ces rapports qu'en considérant, comme Nous l'avons dit, la nature de chacune des deux puissances, et en tenant compte de l'excellence et delà noblesse de leurs buts, puisque l'une a pour fin prochaine et spéciale de s'occuper des intérêts terrestres, et Tau re deprocurer les biens célestes et éternels. — Ainsi tout ce qui dans les choses humaines est sacré à un titre quelconque, tout ce qui touche au salut des âmes et au culte de Dieu, soit par sa nature, soit par rapport

(1) llom., xni, 1.

46o EPISTOLA ENCYCLICA « IMMORTALE DEI ».

valet, niniiruiii si qui principes rerum publicaruni et Pontit'e\ romanus de re aliqua separala in idem placitum consenserint. Quibus Ecclesia temporibus maternae pietatis eximia documenta praebet, cum facilitatis indulgenliaeque tantum adliibere soleat, quantum maxime potest.

Eiusmodi est, quamsummatim attigimus, civilisliominum societatis Christiana temperatio, et haec non temere neque ad libidinem ficta, sei ex maximis ducLa verissimisque principiis, quae ipsa naturali ratione confìrmantur.

Talis autem conformatio reipublicae nihil habet, quoi possit aut minus videri dignum amplitudine principum, aut parum décorum : tanturaqueabest, ut iura maiestatis imminuat, ut potius stabiliora atque augustiora faciat. Immo, si altius considerelur, habet Illa conformatio perfectionem quamdam magnani, qua careni catari rerum publicarum modi : ex eaque fructus essent sane excellentes et varii consecuturi, si modo suuni partes singulae gradum tenerent, atque illud integre efficerent, cui unaquaequa praeposita est, officium et munus. — Revera in ea, quam ante diximus, couslitutione reipublicae, sunt quidem divina atque humaiia convenienti ordine partita : incolumia civium iura, aademque divinarum, naturalium, humanarumque legura patrocinio detensa : otficiorum singulorum cum sapienter constituta descriplio, tum opportune sancita custodia. Singuli homines in hoc al sempiiernam illam civitatem dubio laboriosoque curriculo sibi sciunt praesto esse, quos tuto sequantur ad ingrediendum duces, ad pervaniendum adiutores : parilerque intelligunt, sibi alios esse ad securitatem, ad fortunas, ad connuoda cetera, quibus communis haec vita constat, vel parienda vel conservanda datos. — Societas domestica eam, (juam par est, lirmitudineni adipiscitur ex unius aUpje indi-

LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S. LÉO-N XllM. 463

à son but, tout cela est du ressort de l'autorilé de l'El'^lise . Uuant aux. autres choses qu'embrasse l'ordre civil el politique, il est juste qu'elles soient soumises à l'autorité civile, puisque Jésus-Christ a commandé de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. — Des temps arrivent parlois où prévaut un autre mode d'assurer la concorde et de {i^arantir la paix, et la liberté ; c'est quand les chefs d'États et l 'S Souverains Pontifes se sont mis d'accord par un traité sur quelque point particulier. Dans de telles ch'constances, l'É- }j; lise donne des preuves éclatantes de sa charité maternelle en poussant aussi loin que possible l'indulgence et la condescendance.

Telle esL, d'après l'esquisse sommaire que Nous en avons tracée, l'organisation chrétienne de la société civile, et celte théorie n'est ni témn-aire ni arbitraire, mais elle se dé.luit des principes les plus élevés et les plus certains, confirmés par la raison naturelle elle-même.

Cette constitution de la société politique n'a rien qui puisse paraître peu digne ou malséant à la dignité des princes. Loin de rien ôter aux droits de la majesté, elle les rend au contraire plus stables et plus augustes. Bien plus, si l'on y regarde de plus près, on reconnaîtra à cette constitution une grande perfection qui fait défaut aux autres systèmes politiques, et elle produirait certainement des fruits excellents et variés, si seulement chaque pouvoir demeurait dans ses attributions, et mettait tous ses soins à remplir l'oftice et la tâche qui lui ont été déterminés. — En effet, dans la constitution de l'État telle que Nous venons de l'exposer, le divin et l'humain sont délimités dans un ordre convenable, les droits des citoyens sont assurés et placés sous la protection des mêmes lois divines, naturelles et humaines ; les devoirs de chacun sont aussi sagement tracés que leur observance est prudemment sauvegardée. Tous les hommes, dans cet acheminement incertain et pénible vers la cité éternelle, savent qu'ils ont à leur service des guides sûrs pour les conduire au but et des auxiliaires pour l'atteindre. Ils savent de même que d'autres chefs leur ont été donnés pour obtenir et conserver la sécurité, les biens et les autres avantages de

46!i EPISTOLA ENCYCLICA « IMMORTALE DKI ».

vidtii sauctitate coniugii : iura officiaque iuler coniuges sapienti justilia et aequitate reg;untur : debituni conservatur mulieri decus : auctoritas viri ad exeraplum est auctoritatis Dei conformata : temperata patria potestas convenienter dignitati uxoris prolisque : denique liberorum tuitioni, commodis, insLitutioni optime consulitur. — In genere rerum politico et civili, leges spectant commune bonum, nequevoìuntate iudicioque fallaci raullitudinis, sei veritate iustitiaque diriguntur : auctoritas principum sanctitudinem quamdam induit Immana maiorem, contineturque ne declinet a iustitia, neu moium in imperando transiliat : obedientia civium habet honestatem dignitatemque comitem, quia non est bominis ad hominem servitus, sed obtemperatio voluntati Dei, regnum per homines exercentis. Quo cognito ac persuaso, omnino ad justiliam pertinere illa intelliguntur, vereri maiestatem principum, subesse constanter et lìdeliter potestati publicae, nihil seditiose tacere, sanctam servare disciplinam civilatis. — Similiter ponitur in offi^iis caritas mutua, benignitas, liberalitas : non distrahitur in contrarias partes, pugnantibus inter se praeceptis, civis idem et cliristianus : denique amplissima bona, quibus mortalem quoque hominum vitam Christiana religio sua sponte explet, communitati societatique civili omnia quaeruntur: ita ut illud appareat verissime dictum, « pendeta religione, qua Deus colitur, « rei publicae status : nmltaque inter huncet illam cognatio « et familiaritas intercedit. » (1) — Eoruni vim honorum mirabiliter, uti solet, persecutus est Augustinus pluribus locis, maxime vero ubi Ecclesiam catholicam appellai iis verbis : « Tu pueriliter pueros, fortiter iuvenes, quiete senes, « prout cuiusque non corporis tantum, sed et animi aetas « est, exerces ac doces. Tu feminas viris suis non ad explen- « dam libididinem, sed ad propagandam prolem, et ad rei « l'amiliaris societatem, casta et lìdeli obedientia subiicis. Tu « viros coniugibus, non adilludendum imbecilliorem sexum, « sed sinceri amoris legibus praefìcis. Tu parentibus filios « libera quadam servitute subiungis, parentes fìliis pia do-

(1) Sacr. Imo. al Cyrillum Alexand. et Episcopos Metrop. — Gf. Labbeum Collect. Conc. T. Ili, n. 63.

LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S LÉON Xlli. 466

celte vie. — La société domestique trouve sa solidité nécessaire dans la sainteté du lien conjueral, un et indissoluble; les droits et les devoirs des époux, sont réglés eu toute justice et équité ; l'honneur dû à la femme est sauvegardé; l'autorité du mari se modèle sur l'autorité de Dieu ; le pouvoir paternel est tempéré par les égards dus à l'épouse et aux enfants; enfui, il est parfaitement pourvu à la protection, au bien-être et à l'éducation de ces derniers. — Dans l'ordre politique et civil, les lois ont pour but le bien commun, dictées non par la volonté et le jugement trompeur de la foule, mais par la vérité et la justice. L'autorité des princes revêt une sorte de caractère sacré plus qu'humain, et elle est ainsi contenue de manière à ne pas s'écarter de la justice, et à ne pas excéder sou pouvoir. L'obéissance des sujets va de pair avec l'honneur et la dignité, parce qu'elle n'est pas un assujettissement d'homme à homme, mais une soumission à la volonté de Dieu, régnant par des hommes. Une fois cela reconnu et accepté, il en résulte clairement que c'est un devoir de justice de respecter la majesté des princes, d'être soumis avec une constante fidélité àia puissance politique, d'éviter les séditions, et d'observer religieusement la constitution de l'État. — Pareillement, dans cette série des devoirs se placent la charité mutuelle, la bonté, la libéralité. L'homme qui est à la fois citoyen et chrétien n'est plus déchiré en deux par des obligations contradictoires. Enfin les biens considérables dont la religion chrétienne enrichit spontanément même la vie terrestre des individus, sont acquis à la communauté et à la société civile : d'où ressort l'évidence de ces paroles : « Le sort de l'État dépend du culte que l'on rend à Dieu ; et « il y a entre l'un et l'autre de nombreux liens de parenté et « d'étroite amitié (1). »

En plusieurs passages, saint Augustin a admirablement relevé, selon sa coutume la valeur de ces biens, surtout quand il interpelle l'Église catholique en ces termes : « Tu conduis « et instruis les enfants avec tendresse, les jeunes avec force, « les vieillards avec calme comme le comporte l'âge non

(l) Sacr. Iiuper. iid Gyrilluui .\lcx.iu(i. et Episcopos Metrop. — Cfr. Lfibbeiim, CoUect. Couc. T. III.

^•5" KI'ISTULA liNCYCLICA « iMMOlltALK DKl ».

« minatione praeponis... Tu civescivibus, tugciites geritibus, « et prorsus liomines priinormii parentuin recordatione, non « societate tantum, sed quadani etiain fraternitate coniungis. « Doces reges prospicere populis, mones populos se subdere « resibus, Quibus lionor debeat tir, quibus affectus, quibus « reverentia, (piibus tinioi', quibus cousolatio, ([uibiis adtno- " nitio, quibus cohortatio, quibus disciplina, (piibus obiur- « ^SlÌio, quibus suppliciuni, sedalo doees : ostendens quemad- « mo.'Iuin et non omnilius ouinia, et onmibus caritas, et « nulli debeatdr iniuria. » 'i) — Idemque alio loco male sapientes reprehendens politicos pliilosophos : « Qui doctri- « nain Cbristi alversaui dicunt esse reipublicae, dent exer- « citum talein, quales doctfina Cbristi esse milites iussit, « dent taies provinciales, taies macitos, taies coniuges, taies « parentes, taies filios^ taies dominos, taies sei'Vos, talcs « rej^cs, taies indices, taies deuiquc debitofum ipsiiis lisci « reiditores etexactot'es,qua1es esse praecipitdoctrina chris- « tiana, et aiidedrlt eam dicere adversam esse reipublicae, « innno vero non dubitent eam contiteri magnani, si obtem- <' peretur, s&lutem esse reipublicae (2). »

Fuit aliquando tempUs, cUra evatigelica philosophia gobernaret civitates : quo tempore christianae sapientiae vis illaet divina virtus in leges, instituta, mores populorum, in omnes reipublicae ordines ratioUesque penetravefat : cum religio per Iesum CHristu.m instituta in eo, quo aequum erat, dignitatis gradu iirmiter collocata, gratia principum legitimaque magistratuum tutela Ubique floreret: cum sacerdotium atque imperium concordia et arnica officiorumvicissitudo auspicato coniungeret. Eoque modo composita civitas t'ructus tulit omnl opinione maiores, quorum viget memoria <'t vigc'bit innumerabilibus rerum gestarilm consignata monUmenlis, fpiae nulla adversariorum arte corrumpi aut obscurari possunt. — Quod Europa Christiana barbaras gentes edotnuit, easque a feiilate ad mansiietiidinem, a superstitionc ad veritatem traduxit : (juod Mahometanorum incursiones viclri\ propulsavit : quod civilis cultus principatum

(1) De luoribus Eccl., catli , cip. xxx, ii. 03.

(2) Episl., Gxxxvm (.il. o) ad Marcelliauiu, cap. ii, u. 1.^.

LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S. LEON XllI. 467

« seulement du corps, mais encore de lame. Tu soumets les « femmes à leurs maris par une chaste et iidèle obéissance, « non pour assouvir la passion, mais pour propager Tespèce « et constituer la société de la famille. Tu donnes autorité « aux maris sur les femmes, non pour se jouer de la faiblesse « du sexe, mais pour suivre les lois d'un sincère amour. Tu « subordonnes les enfants aux parents par une sorte de libre « servitude ; et tu préposes les parents aux^enfants par une « tendre autorité. Tu unis non seulement en société, mais « dans une sorte de fraternité, les citoyens aux citoyens, les « nations aux nations et les hommes entre eux par le souvenir « des premiers parents. Tu apprends aux rois à veiller sur les « peuples, et tu prescris aux peuples de se soumettre aux rois. « Tu enseignes avec soin à qui est dû l'honneur, à qui Tafifection, « à qui le respect, à qui la crainte, à (jui la consolation, à qui « l'avertissement, à qui l'encouragement, à qui la correction, « àqui la réprimande, à qui le châtiment : et tu fais savoir com- « ment, si toutes ces choses ne sont pas dues à tous, à tous « est due la charité, et à personne l'injustice. (1). » — Ailleurs le même Docteur reprend en ces termes la fausse sagesse des politiques philosophes : « Ceux qui disent que la doctrine « du Christ est contraire au bien de l'État, qu'ils nousdon- « nent une armée de soldats tels que les fait la doctrine du « Christ ; qu'ils nous donnent de tels gouverneurs de pro- « vinces, de tels maris, de telles épouses, de tels parents, de « tels enfants, de tels maîtres, de tels serviteurs, de tels rois, « de tels juges, de tels tributaires enfin, et des percepteurs « du fisc tels que les veut la doctrine chrétienne ! Et qu'ils « osent encore dire qu'elle est contraire à l'État I Mais que « bien plutôt ils n'hésitent pas à avouer qu'elle est une « grande sauvegarde pour l'État, quand on la suit (2). »

Il fut un temps où la philosophie de l'Évangile gouvernait les États. A cette époque, l'influence de la sagesse chrétienne et sa divine vertu pénétraient les lois, les institutions,les mœurs des peuples, tous les rangs et tous les rapports de la société civile. Alors la religion instituée par Jksus-Ghrist, solide-

(1) Saint AuiiUKtin, Des Mmurs de VÉijlhr calh., (J. 3U, u, 03.

(2) Ib., Lettre 13S à Marcelliii, c. ii, u. lo.

468 EPISTOLA ËNCYCLICA « IMMORtALE DEI '.

retinuit, et ad omne decus humanitatis ducenti se magistram* que praebere ceteris consuevit : quod germanam libertatem eanique muUiplicem gratificata populis est: quod complura ad miseviarum solatium sapientissime instituit, sine controversia' magnam débet gratiam religioni, quam ad tantas res suscipiendas habuit auspicem, ad perficieiidas adiutriccm. — Mansissent profecto eadem bona, si utriusque potestatis concordia mansisset : maioraque expectari iure poterant, si auctoritati, si magisterio, si consiliis Ecclesiae maiore esset cnm fide perseverantiaque obtemperatum. Illud enim perpetuae legis instar habendum est, quod Ivo Garnutensis ad Paschaleni II Pontifìcem maximum rescripsit, « cum regnura et « sacerdotium inter se conveniunt, bene regitur mundus, « iloret et fructitìcat Ecclesia. Cum vero inter se discordant, « non tantum parvae res non crescunt, sed etiam magnae « res miserabiliter dilabuntur. » (1)

Sed perniciosa Illa ac deploranda rerum novarum studia, quae saeculo XVI excitata sunt, cum primum religionem christianani miscuissent, mox naturali quodam itinere ad pliilosopliiam, a philosophia ad omnes civilis communitatis ordines pervenerunt. Ex hoc velut fonte repetenda illa re-

(1) Ep., ccxxxvni.

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