LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S. LÉON XHI
1)0 doit nullement être rangée parmi les droits des citoyens, ni parmi les choses dignes de favem' et de protection. — De même il faut admettre que l'Église, non moins que l'État, de sa nature et de plein droit, est une société parfaite ; que les dépositaires du pouvoir ne doivent pas prétendre asservir et subjuguer l'Église, ni diminuer sa liberté d'action dans sa sphère, ni lui enlever nïmporte lequel des droits qui lui ont été conférés par Jésus-Ghrist. — Dans les questions de droit mixte, il est pleinement conforme à la nature, ainsi ((u'aux desseins de Dieu, non de séparer une puissance de l'autre, moins encore de les mettre en lutte, mais bien d'établir entre elles cette concorde qui est en harmonie avec les attributs spéciaux que chaque société tient de sa nature.
Telles sont les règles tracées par l'Église catholique relativement à la constitution des États. — Ces principes et ces décrets, si l'on veut en juger sainement, ne réprouvent en soi aucune des différentes formes de gouvernement, attendu que celles-ci n'ont rien qui répugne à la doctrine catholique, et que si elles sont appliquées avec sagesse et justice, elles peuvent toutes garantir la prospérité publique. — Bien plus, on ne réprouve pas en soi que le peuple ait sa part plus ou moins grande au gouvernement ; cela même, en certains temps et sous certaines lois, peut devenir non seulement un avantage, mais un devoir pour les citoyens. — De plus, il n'y a pour personne de juste motif d'accuser l'Église d'être r(!nnemie, soit d'une juste tolérance, soit d'une saine et légitime liberté. — En effet, si l'Église juge qu'il n'est pas permis de mettre les divers cultes sur le même pied légal que la vraie religion, elle ne condamne pas pour cela les chefs d'État qui, en vue d'un bien à atteindre ou d'un mal à empêcher, tolèrent dans la pratique que ces divers cultes aient chacun leur place dans l'État. — C'est d'ailleurs la coutume de l'Église de veiller avec le plus grand soin à ce que personne ne soit forcé d'embrasser la foi catholique contre son gré, car, ainsi que l'observe sagement saint Augustin, l'homme ne peut croire <jue de plein gré (1).
Par la même raison, l'Église ne peut approuver une liberté
( i) Traité -2t3 sur saint Jean, n. 2.
47S EPISTOLA E.NCYCLICA « IMMOUTALE DEI ».
veriuSi quara libertas; rectissiraeque ab Aup;ustino ?i^ftrirt5 perditioms (1), a Petro Apostolo velamen malitiae (2) appellatur: immo, cum sit praeter rationem, vera servitusest: qui, eiiim, facit peccatum, servus est peccati (3). Gontra illa germana est atque expetenda libertas, quaesi privatim spectetur,erroribus et cupiditatibus,teterrimisdomiiiis, hominem servire non sinit: si publiée, civibus sapienter praeest, facultatera augendorum commodornm large ministrai: remque publicam ab alieno arbitrio défendit. — Atqui honestam hanc etliomine dignam lil)ertatem, Ecclesia probat omnium maxime, eamque ut tueretur in populis firmam atque integram, eniti et contendere nunquam destitit. — Revera quae res in civitate plurimum ad communem salutem possunt : quae sunt contra licentiam principum populo male consulentium utiliter institutae : quae summam rempublicam vêtant in municipalem, vel domesticam rem importun ius invadere : quae valent .ad decus, ad personam hominis, ad aequabilitatem iuris in singulis civibus conservandam, earum rerum omnium Ecclesiam catholicam vel inventricem, vel auspicem, vel cQstodem semper fuisse, superiorum aetatum monumenta testantur. Sibi igitur perpetuo consentiens, si ex altera parte libertatem respuit immodicam, quae et privatis et populis in licentiam vel in servitutem cadit, ex altera volens et libens amplectitur res meliores, quas dies afferat, si vere prosperitatera contineant huius vitae, quae quoddam est velut stadium ad alteram eamque perpetuo mansuram. — Ergo quod inquiunt, Ecclesiam recentiori civitatum invidere disciplinae, et quaecumque horum temporum ingenium peperit, omnia promiscue repudiar*', inanis est et ieiuna calumnia. Insaniam quideni répudiât opinionum : improbat nelaria seditionum studia, illumqne nominatim liabitum animorum, in quo initia perspiciuntur voluntarii discessus a Deo : sed quia omne, quod veruni est, a Deo profìcisci necesse est, quidquid, indagando, veri attingatur, agnoscit Ecclesia velut quoddam divinae mentis vcstigium. Gumque nihil sit in rerum natura veri, quod doctrinis divinitus traditis lìdem abroget, multa
(1) Epist. cv, ad Donatista?, cap. n, n. 9.
(2) I Petr., II, 16.
(3) Ioan, vni, 34.
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qui en!?endre le déyoùt des plus saintes lois de Dieu, et secoue Tobéissance due à l'autorité légitime. C'est là plutôt une licence qu'une liberté, et saint Augustin l'appelle très justement une liberté de perdition (1), et l'apôtre saint Pierre un voile de méchanceté (i). Bien plus, cette prétendue liberté étant opposée à la raison est une véritable servitude. Celui qui commet le péché est V esclave du péché (3). Celle-là, au contraire, est la liberté vraie et désirable qui, dans l'ordre individuel, ne laisse l'homme esclave ni des erreurs ni des passions, qui sont ses pires tyrans, et dans l'ordre public trace de sages règles aux citoyens, facilite largement l'accroissement du bien-être, et préserve de l'arbitraire d'autrui la chose publique. — Cette liberté honnête et digne de l'homme, l'Église l'approuve au plus haut point, et pour en garantir aux peuples la ferme et intégrale jouissance, elle n'a jamais cessé de lutter et de combattre. — Oui, en vérité, tout ce (ju'il peut y avoir de salutaire au bien général dans l'État; tout ce qui est utile à protéger le peuple contre la licence des princes qui ne pourvoient pas à son bien ; toutcequi empêche les empiétements injustes de l'État sur la commune ou la famille; tout ce qui intéresse l'honneur, la personnalité humaine, et la sauvegarde des droits égaux de cîiacun, tout cela l'Église catholique en a toujours pris soit l'initiative, soit le patronage, soit la protection, comme 4'attestent les monuments des âges précédents. Toujours conséquente avec elle-même, si d'une part elle repousse une liberté immodérée, qui pour les individus et les peuples dégénère en licence ou en servitude, de l'autre, elle embrasse de grand cœur les progrès que chaque jour fait naître, si vraiment ils contribuent à la prospérité de cette vie, (jui est comme un acheminement vers la vie future et durable à jamais.
Ainsi donc, dire quel^Église voit de mauvais œil les formes plus modernes des systèmes politiques, et repousse en bloc toutes les découvertes du génie contemporain, c'est une calomnie vaine et sans fondement. Sans doute, elle répudie les opinions malsaines ; elle réprouve les pernicieux penchants à la
(1) Epit. 105 aux Donai., oh. ii, n. 9.
(2) 1 Pierre, u, 16.
(3) Jean, vni, 34.
4^*6 EPISTOL\ ENCYCIJC.V « nt>IORT.\I,E DEt *.
quae adro,2:ent, omnisque possit invenlio veruni ari Deuiii ipsiim vel cognoscenlmii vel lau landum impellere, idcirco quidquid accédât ad scieutiarum fines proferendos, fïaudente et libente Ecclesia semper acceiet : eademqne studiose, lit solet, sicut alias disciplinas, ila illas etiam fovehit ac provehet, quae positae sunt in explicatione tiatiirae. Quibus in studi is, non adversatur Ecclesia si quid mens repererit novi : non répugnât quin plura quaerantur ad decus commoditatemque vitae : immo inertiaedesi liaeque inimica, magnopere vult ut hominuni ingenia uberes terant exercitatione et cultura fructus : incitamenla praebet ad omne genus artium atqueoperum:omuiaque harum rerum studia ad honestatem salutemque virtule sua dirigens, impedire nititur, quominus a Deo bonisque coelestibus sua hominem intelligentia atque industria detlectat.
Sed liaec, tanietsi piena rationis et consilii, minus probantur ho3 tempore, cum civitates non mo lo récusant sese ad ch'istianae sapientiae reterre formam, sel etiam videntur quotidie longius ab ea vidle discelere. — Nihilominus quia in lucem prolata veritas solet sua sponte late fluere, liominumque mentes sensim pervadere, idcirco Nos conscientia maximi sanctissirnique offi.^-ii, hoc est Apostolica, qua fungimur ad gentes universas, legatione permoti, ea quae vera sunt, libere, ut debemus, eloquimur : non quod non perspectani habeamusrationem temporum, aut repudianda aetatis nostrae honesta atque utilia incrementa putemus, sed ([uod rerum publicarum tutiora ab otfensionibus itinera ac tirmiora lundamenta vellemus ; idque incolumi populorum germana libertate; in hominibusenim materet cuslos optinia libertatis veritas est : veritas liberabit vos (1).
(1) loan, VIII, 32.