CHAPITRE PREMIER
De la constitution de l'Église
1. — La constitution de TÉglise, envisagée au point de vue juridique, donne lieu à quatre considérations phncil»ales. Nous avons en elfet à examiner : Premièrement, la nature sociale spécifique de l'Eglise; secondement, les prérogatives dont cette nature est dotée ; troisièmement , les membres dont se compose son organisme, et finalement la forme de son gouvernement. Ce premier chapitre de notre travail se partage donc naturellement en quatre articles, dont les deux premiers traitent de l'être même de l'Eglise, et les deux derniers de sa structure organique. Nous parlerons par après de son action.
ARTICLE I"' De la nature de l'Église envisagée comme société.
La base de la couipétence juridique de TEglisc n'est autre que le caractère spécifique de sa nature sociale. La nature d'un être physique ou moral quelconque, détermine les attributions qui en résultent. Aussi, h^en que parmi les
droits de l'Eglise, plusieurs lui aient été ininiédiatemenl et en termes exprès conférés par Jésus-Clirist, ils l'ont été en vue de correspondre et de la proportionner à la forme sociale que le divin Sauveur a voulu lui donner. Les droits eux-mêmes que l'Eglise s'est acquis , par la suite, eu vertu de certains faits humains ne se justifient au point de vue de leur nécessité, de leur opportunité, et de rempire qu'ils ont exercé, que par cette même considération du caractère spécifique de FÉglise. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner, si le libéralisme moderne n'a pas cru pouvoir réussir à détruire les droits de l'Eglise, qu'en travaillant à pervertir l'idée sociale de l'Eglise; s'il s'est appliqué à faire croire qu'elle n'est autre chose qu'un école de religion, une association morale, sans autorité gouvernementale sur les membres qui la composent.
2. — De notre côté et pour le même motif, nous avons à suivre une route parallèle, mais dans un sens tout opposé. Afin de nous frayer la voie à la défense des droits de rËglise, il nous faut avant tout établir solidement la base que nous venons d'indiquer, et faire voir à nos lecteurs, quelle espèce de société est l'Église, en vertu de son institution par Jésus-Christ. Tel est le but de la première question que nous posons. Nous essaierons de la résoudre graduellement, en commençant par la notion la plus simple et la plus générale.
L'Église est uue société*
3. — On entend par société : une rétimon de personnes qui tendent de commun accord à une fin identique. C'est ainsi que nous appelons société une réunion de savants voués au développement de la science, ou une réunion de commerçants travaillant ensemble à l'extension du commerce. Cette réunion est composée de personnes,
DE LA CONSTHUTION DI-: L'ÉGI.ISE. 9
parce que les êtres raisonnables sont seuls capables de s'associer. Les créatures dépourvues de raison ne sauraient envisager la fin en tant que lin, ni calculer l'aptitude des moyens à ratleindre.
Nous niouions qui teiideiit de coniinuii, accord, par la raison que si les associés ne s'entendent pas entre eux pour offrir leur coopération personnelle dans le môme but, il ne seront pas véritablenieut unis, et chacun d'entre eux demeure, pour ainsi dire, dans son isolement personnel. La pluralité physique des personnes ne saurait atteindre à l'unité morale, si ce n'est par l'unité du but et la communauté des moyens. Nous disons linalement dune fin identique, parce que l'identité de la fin engendre l'accord des volontés en vue de l'organis ation des moyens. Mais les moyens ne sauraient être dûment coordonnés, les différentes volontés elles différentes intelligences des associés ne sauraient s'accorder ensemble (qtiot capita, tot sententiœ) , sans un principe régulateur. Il s'ensuit qu'il ne saurait exister de société, sans une autorité qui harmonise et dirige vers le bien commun l'action de chacun des associés. L'idée d'autorité est renfermée dans l'idée de tendance unanime à une fin identique qui, sans elle, ne saurait être pratiquement réalisée. Voilà pourquoi l'autorité est appelé la forme de la société, dont la multitude est pour ainsi dire la matière.
Il suffit d'avoir devant les yeux ces notions sommaires, pour comprendre que Jésus-Christ a institué l'Eglise à l'état de société. Celle-ci, en effet, se présente à nous comme une immense réunion d'hommes visant au but de rendre un culte à Dieu, et de se sanctifier eux-mêmes par l'usage des mêmes sacrements, sous la direction dos pasteurs sacrés et surtout du Souverain Pontife. L'Eglise nous offre donc tous les éléments constitutifs d'une société. La multitude, l'identité du but, l'accord des moyens, la direction d'une autorité gouvernante. Son nom lui est venu de Jésus-Christ lui-même, qui a dit à saint Pierre: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon
lu LE DUOIÏ l'DBLU; liCCI.KSIASTIUUE,
Eglise (1). Le mol Eglise, d'après son étyniologle grecque, veut dire : réunion de ceux qui sont appelés (2). Or, ceux qui croient en Jésus-Christ sont, à juste titre, qualifiés d'appelés,parce que nul ne vient à lui, s'il if y est invité par la grâce céleste (3), Dieu avait annoncé par la bouche du prophète Isaïe qu'il aurait élevé un étendard au sein des nations, et réuni autourde lui des quatre coins de la terre les réfugiés d'Israël et les dispersés de Juda (i).Cet étendard, c'est la Croix du Christ. Les réfugiés d'Israël et les dispersés de Juda, ce sont les fidèles. Leur réunion qui s'opère des quatre points cardinaux du globe, c'est l'Eglise de Jésus-Christ. Le divin Rédempteur l'inaugura par luimême, en personne, tant qu'il vécut ici-bas. A peine futil entré dans sa vie publique, après son baptême dans le Jourdain , qu'il commença à réunir autour de lui des adhérents professant sa doctrine et obéissant à ses commandements , en leur enjoignant de se considérer coìiiììw des frères (5). Leur nombre s'accrut graduellement au point que, d'après le témoignage de S. Paul, Jésus-Christ apparut un jour, après sa résurrection, à plus de cinq cents d'entre eux (6). Jésus les qualifiait de petit troupeau destiné à se transformer en un royaume (7) ; il les comparait au grain de sénevé, la plus petite de toutes les semences, qui se développe jusqu'à devenir la plus grande des plantes, même un arbre (8). Cette pelile so-
di Tu fs Petrus, et super Ihiut; petraiu icdificaho Ecclesiam uieaui. Mutili. XIV, 18.
(2) Ecclesia de £-/./.aXîw, évoquer, appeler.
(3) Nemo potest venire ad me, uisi Pater qui niisit rue traxerit euui. Joann. iv, ii.
(i) l^evabit siguum iu natioues, et cougregabit profugos Israël et disperses Juda colliget a quatuor plagis terrœ. Isaiœ, xi, 12. (ij) Uinnes autem vos fratres estis. Matlli. xxiu. 8,
(6) Deinde visus est jilus quam quingeutis l'ratribus, li. Cor. xv. 6.
(7) N'olile Itinere, pusillus grex, quia coniplacuil Patri vestro dare vobis reguuni. Jaic. xm. 32.
(8) Simile est reguuiu cieloruni grano sinapis, quod accipiens homo semiUHvit iu agro suo; quod minimum quidcm est omnibus seminibus. cum autem creverit majus est omnibus oleriJms et fit arbor. Mallh. sui. 31, ;2.
DI-: l,A CONSTI lUriOlV DE L'ÉGLISE. li
c'iété il la gouverna par liii-iiiòme tant qu'il vécut ici-bas, et en quittant la terre, pour retourner vers son Père, il en laissa le gouvernement à Pierre qu'il établit son Yicaiie : Simon fils de Jean... pais mes agneaux... pais mes brebis (1).
4. — L'Eglise naissante commença bientôt à s'agrandir, à la suite de la prédication de saint Pierre. Le jour de la Pentecôte où elle fut promulguée, elle s'accrut, après le discours du cbef des apôtres, d'environ trois mille» prosélytes (2j ; un second discours du même apôtre lui en conquit cinq mille (^) ; grâce à la prédication de Pierre et des autres apôtres, elle se répandit, par la suite, dans le monde entier. Or, partout, les fidèles formaient une unité sociale. Nous tous, écrivait saint Paul aux Corintbiens, nous sommes baptisés, en vue de former un seul corps, que nous soyons juifs ou grecs, esclaves ou libres (i). L'Eglise forme donc un seul corps, non pas physique assurément, mais moral. Or, un corps moral est une société, attendu qu'une multitude est appelée corps moral entant qu'elle est investie du don de l'unité, en vertu d'un lien moral, en d'autres termes, de sa tendance identique vers une fin donnée.
L'Église est une société spiiiluelie, (.rordie suruaturcl.
Toute société est caractérisée par sa lin. C'est d'elle aussi qu'elle tire son nom. Une société est dite /iWér«/re, par
(1) Simou Joauais. . . pasce ngiios iiieos, pasce oves meas. Joann. XXI, 1.J.-17.
(2) Apposita suiit iu ilie Illa auiiuie ciiciter tria iDillia. Actus Aposl. II. '.1.
(;{) Multi eoruui f[iii audieraul cicdideiimt et i'actus est liiuiieriis vironiiii qiiiuque luillia. Act. iv, i.
Ci) Oiiiiies nos in nnnui coipiis iia|)lizati;SuliUis,Pive JiuUl'Ì,sìvc Gentiles, sive servi, sive lihrri. Coi', xn. l:i.
exemple, quand elle a pour but la culture des lettres ; iiidustrielle, quand elle a pour but l'industrie. Il en est ainsi, parce que les choses qui existent en tant qu'elles sont ordonnées en vue d'une fin donnée, sont spécifiées par cette lin là même. Or, telle est la société. Celle-ci n'est pas recherchée pour elle-même; il serait en effet, ridicule de dire que les hommes s'associent pour s'associer: elle est voulue en vue d'un bien déterminé, que l'association contribue à réaliser. Or, le bien que Ton travaille à acquérir s'appelle la fin. Il s'ensuit que parmi les quatre éléments qui constituent la société à savoir : la multitude, lafiU; la communauté des moyens, l'organisation de faction sociale, c'est le second, c'est-à-dire la fin qui détermine la nature de la société. Yoilà pourquoi la fin est appelée aussi la forme de la société, mais la forme extrinsèque et non pas intrinsèque. La forme intrinsèque de la société est, comme nous l'avons dit, l'autorité qui confère Vunilé à la multitude, en vertu de l'unité d'impulsion vers le but à atteindre qu'elle lui communique. La fin, par conséquent, est l'élément qui spécifie et détermine la société. Elle spécifie et détermine la direction sociale elle-même, c'est-à-dire l'influence que fautorité exerce dans l'organisation de la multitude. L'Eglise sera donc une sociuté spirituelle, si sa fin est spirituelle.
Or, il est évident que la fin de l'Eglise est spirituelle. L'Église, en effet, n'est pas instituée pour procurer à ses membres l'abondance des biens temporels, une vie opulente, pour faire fleurir le commerce et l'industrie, pour assurer la prédominance politique de ses adhérents* Cette erreur est celle de certains esprits superficiels qui ne voient rien au-delà des choses de ce monde. Leur désir serait que la religion produisît le bien-être temporel et la grandeur politique. Mais c'est là confondre le but de l'Église avec celui de l'État, c'est ressembler aux juifs du temps de Jésus-Christ qui s'imaginaient que le Messie était appelé à rétablir le royaume d'Israël. Or, il en est
tout autrement. L'Eglise a été instituée pour continuer parmi les hommes la mission de Jésus-Christ. Son but est le même que celui de l'avènement et de la passion du divin Sauveur. Or, ce but quel a-t-il été? Saint Paul l'a décrit en ces termes : « La grâce de Dieu notre Sauveur est apparue à tous les hommes, nous enseignant à renier l'impiété et les désirs du siècle, à vivre dans la justice, la sobriété et la piété en ce monde, dans l'attente de la bienheureuse espérance et de l'avènement glorieux de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, qui s'est livré pour nous, afin de nous racheter de toute impiété, et purifier pour lui un peuple digne de lui, un penule adonné à la pratique des bonnesauvres(i).» Soustraire l'homme, en le rachetant, à l'empire du péché (ut nos redimeret ah iniquitate) ; en faire un peuple agréable à Dieu, par le fait qu'il est adonné aux bonnes œuvres (scctatorem honorum operum); l'amener à la pratique constante de tous ses devoirs envers Dieu (p/e), envers hn-mème (sohrié) , envers ses semblables (juste); le fortifier par l'attente de la béatitude espérée {exspectantes heatam spem) ; tel est le but pour lequel Jésus-Christ est apparu parmi nous, et nous a donné ses leçons (erudiens nos) : tel est aussi le but que poursuit l'Église en sa qualité de continuatrice de l'œuvre du Christ, tel est le but auquel elle conduit les fidèles. Ce but est donc tout entier d'ordre spirituel.
6. — Il est à remarquer à ce sujet que le but de l'ËgUse est tellement d'ordre spirituel qu'il est, en même temps, d'ordre surnaturel. Quelle est, en etîet, cette espérance bienheureuse dont le fidèle attend l'aecompHssement ? C'est la vie éternelle qui consiste dans la
(1) A^jpaniit gratia Del Salvalûris nostri omnibus homiuibuS; erudiens nos ut, abuegautes iaipietatem et .«œculuiia desideria, sobrie, juste et fiie vivamus iu hoc sœculo ; exspectaoles beataui spem et adveutum gloriai magni Dei et Salvatoris uosti'i Jesu Christi, qui dédit semetipsum pro nobis, ut nos redimeret ab omui iniquitato et muudaret sibi populum acceptabilem, sectatorcm bouorum operum. TU. u, 11, 12, IIJ, U.
J4 I.K ni'.Oli l'IliLlC KCCLÉSIASTIOrr.
vision inliiilive de Dieu, on irautrcs termes : dans la participation à la béatitude même de Dieu.
Voir Dieu face à face et non pas à travers les idées, mais directement et immédiatement dans son essence réelle qui se dévoile à nous (vision intuitive), c'est là un mode de connaître Dieu qui dépasse l'aptitude naturelle non seulement de l'intelligence humaine, mais de toute intelligence créée, quelque noble qu'on puisse la supposer. Il n'est propre et connalurel qu'à Dieu seul. Aucune créature ne saurait y aborder. En elTet, sans dire fpi'aucune créature inférieure ne saurait, par sa i)ro})re vertu, s'élever à un mode d^agir qui est propre à une nature supérieure, toute intelligence créée, par là même qu'elle n'est pas l'être, mais une simple participation de l'être, n'a pas la proportion requise pour connaître Dieu diiectemeut et immédiatement dans sa subsistance reelle. La connaissance, par là même qu^elle est un acte immanent, c'est-à-dire un acte qui ne passe pas dans un sujet extérieur, mais qui s'accomplit au sein même de celui qui le pose, ne saurait avoir lieu si la chose à percevoir ne se trouve pas, soit en elle-même, soit par l'intermédiaire d'une repi'ésentation d'elle-même, au sein de celui qui la perçoit. Or, Dieu qui, à raison même de son inlinité, ne saurait être représenté par aucune forme idéale linie, Dieu par conséquent ne saurait être connu dans sa subsistance réelle que par l'intermédiaire de sa propre essence éclairant rintelligence de la créature. Mais, aucune intelligence créée ne saurait recevoir celte lumière ; pour qu'elle la reçoive, elle doit être élevée et disposée par une vertu supérieure, c'est-à-dire par la vertu incréée : Impossibile est, dit saint Thomas d'Aquin, quod aliquis intelleclus crealns per sua naturaUa essentiam Dei rideat. Cognilio enim. conlingitsecundum quod cof/nitum est in cognoscente. Cognilum anteni est in cognoscente secundum modum cognoscentis. Unde cujuslibet cognosccntis cognilio est secundum modum suœ natane. Siigilur modus essendi idicujus
DE LA CONSTITCTION DE I/.^ILISE. ^ m
rei cognilœ excédai modam naturœ cngnoscentis, oportet fjiiod cognitio iUius rei sit supra naturam iilius cngnoscentis. Ensuite, après avoir tlcmonlré que la manière d'être de la nature divine est supérieure à celle d'une nature créée quelconque, il conclut : Non potest igilar inteileclus creatus Dcum per cssenliam ridere, nisi in quantum Deus per suam gratiam se intcììecini creato conjungìt ut intel-ligibile ab ipso (1),
Or, c'est vers la réalisation de cette vision inluilive, à ' laquelle Dieu a élevé l'homme, quo l'Eglise dirige les lidèlos comme vers leur tin dernière. C'est la vie éternelle promise par Jésus-Christ. Les ])ienheureux, dit-il, seront comme les anges de Dieu dans le ciel f2) ; or les anges, nous dit-il encore, voient sans cesse la face du Père 05). L^apôtre saint Paul parlant à son tour de la vision de Dieu que nous aurons au ciel, en opposition avec celle que nous avons présentement ici-has nous dit ; iS'ous voyons actuellement Dieu dans ses créatures, comme dans un miroir, comme une vérité exprimée dans une énigme ; mais alors nous le verrons face à face. Dans la vie présente, nous le connaissons en partie, mais alors nous le connaîtrons comme nous sommes connus de lui (i). Devenus de la sorte participants de la vie intellectuelle de Dieu luimême, nous pourrons à juste titre être appelés: déiformcs, parce que nous serons semhlahles à Dieu, selon l'expression de saint Jean : Cum apparuerit, similcs eierinms, quoniam videbimns eiim sicuti est (^). Le saint apôtre donne ici pour motif de noire lessemblance avec Dieu, que les
(1) Summa III. 1, p. ff. xii, a. î. •
(2) Ernnt sicnt Aiirrfli Dr-i in crnli). Mnllli. Nxil. .'10.
(3) Sfuiper viilent faciera l'atri?. Mallk. xviii, 10.
(4) Yidemus uimc ppv ppeculiim in a'nifiuiato ; tnuc sntoni facie ad f icifim. Nnnc cn^nosco fx pni'tp : tnno antom cnf^noscaiii siciit ot cDf.niltiis suni. / Cor. xmi, 12.
(.i) Joann. m, 2.
i6 LE DTIOIT PUBLIC ECCLÉSIASTIQUE.
l)ienlieureiix seront doués de la vision directe et inimédiate de la divinité.
7. — Que si la fin à laquelle l'Église nous conduit est surnaturelle, la grâce qui nous y dispose et nous aide à Tatteiiidre, la grâce que TÉglise nous communique par le moyen des sacrements est pareillement surnalurelle. Le moyen doit être du même ordre que la fin, puisqu'il est la cause efficiente de celle-ci, et que la cause ne peut appartenir à un ordre inférieur à celui de l'effet. L'Eglise donc est une société d'ordre surnaturel, à raison de la fin à laquelle elle conduit les fidèles, et à raison des moyens dont elle est la dispensatrice.
En outre : elle est surnaturelle par son origine, puisqu'elle est l'œuvre du Christ ; elle l'est par sa constitution que Jésus-Christ lui a donnée ; elle l'est parce que, dans toutes ses propriétés, elle est la chose du Christ, Jésus- Christ l'a fondée, il a déterminé sa forme et son organisme. Jésus-Christ en est le chef, la vie, la personnalité. Il en est le monarque. Le Pape n'est que son vicaire. Tout cela dépasse les limites du la pure nature ; et par suite, sous tous ces rapports, elle est surnaturelle et divine. Elle est le royaume de Dieu ici-bas.
L'Église est uue société jnriiliqiip,
S.Une'sociétéjuridique estcelle dontlesmembres qui la composent sont liés envers elle par des devoirs juridiques, que ces devoirs aient leur source dans une loi ou dans un contrat. Une société purement morale, au contraire, est celle ou plusieurs personnes s'unissent dans un but licite, sans que ni une loi ni un contrat leur créent à strictement parler aucune obligation. Telle serait, par exemple, une réunion formée entre amis, en vue de s'amuser hon-
DE LA COISTI lUTION DE L'KGLISR. 17
nêtoment, ou bien une académie de savants, qui ne sont liés envers elle par aucune obligation à la quelle corresponde un droit.
Or, l'Église est une société de la première catégorie. Cette vérité ressort avec lévidence de celte autre: que l'Église est une société nécessaire Mi. Elle n'appartient pas à cette catégorie d'associations où nul n'est obligé d'entrer, comme serait une société commerciale, par exemple. Elle est une société imposée par une loi divine à laquelle nul n'a le droit de se soustraire, sans se rendre coupable. « Que nul ne cherche à se convaincre, ou à se faire illusion, écrivait Origene au commencement du troisième siècle de l'ère chrétienne: en dehors de cette demeure, c'est-à-dire de TÉglisc, personnenese sauve (2). » Et vers le milieu du même siècle saint Cypricn disait : « On ne saurait avoir Dieu pour père^, quand on n'a pas l'Église pour mère. Si quelqu'un a pu se sauver, tout en se trouvant en dehors de l'arche de Noë, celui qui sera en dehors de l'Église pourra échapper (3). »
Mais, qu'on veuille ])ien noter la source d'où jaillit cette nécessité.
Elle provient d'une loi de Dieu qui a voulu que l'homme n'eût qu'un moyen de témoigner de sa soumission à la divinité, de pratiquer la religion, et d'entrer en possession du salut éternel: celui de faire partie de son Église qu'il a chargé son divin Fils de fonder ici-bas. Aussi voyons-nous
(1) Pour l'viter tout éqnivoqnp, qu'on voiiille biou remarquer im point. Nous ne prétentions pas que la société nécessaire soit seule juridique. Une société volontaire peut l'être également, soit en vertu d'un contrat, soit en vertu d'une loi. Nous disons uniquement qu'une société, par le fait qu'elle est nécessaii'e, est aussi juridique. C'est ainsi, p. e., que nous disons : l'homme par là même qu'il est homme est .<en.s/(//", bien qu'un ótre puisse avoir la sensibilité, sans être homme; il en est ainsi, en effet, de la bête.
(2) Nemo sibi persuadeat, nenio semetipsimi decipiat : Extra hano domum, id est extra Ecclesiam, nemo salvatur. Homilia i m Joann.
(.■?) Non potest habere Deum patrem.qui Ecclesiam non habet matrem. Si potuit evadere quisquam qui extra Arcam Noë fuit, et qui extra Ecclesiam foris fuerit evadet. Dr unilale Ecxles^^.
18 I.E DROIT rUIîl.lC i;<;CLKSIASTIOL"K.
que Jésus-Christ a conlién l'Kj^Use le (lépnt de sa doctrine, qu'il lui à octroyé la faculté de sanctifier les âmes par Tentremise des sacrements, et imposé le devoir de proclamer qu'en dehors de son sein, on ne trouverait quela damna" tion. « Allez et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé (1)». «Celui qui aura cru et qui aura été baptisé sera sauvé ; celui qui n'aura pas cru sera condamné (2). »
0. — Les fidèles par conséquent, en entrant dans rÉgiise par le baptême, y entrent pour se conformer à la décision du Christ. Ils y entrent en reconnaissant à rÉgiise le droit dont son divin fondateur l'a investie de pouvoir compter sur leur obéissance, en tout ce qui concerne le culte de Dieu, et la voie à suivre pour arriver au salut éternel. Ils y entrent en qualité de sujets lui reconnaissant une souveraineté qui n'émane d'eux en aucune façon, mais qui préexiste comme étant octroyée par le Christ, ou pour mieux dire qui est celle du Christ lui-même. 11 s'ensuit que, par le seul fait de leur entrée dans l'Église, ils s'engagent à lui être soumis comme à leur souveraine. Ils contractent donc à son égard des devoirs juridiques, c'est-àdire des devoirs qui correspondent à un droit, et à un droit de Tordre le plus élevé, celui de la souveraineté, et d'une souveraineté directement divine. L'Eglise est donc une société juridique, liant à elle, comme corps moral, les différents membres qui s'y unissent, et produisant chez eux, par ses commandements, une véritable obligation juridiquo.
(1) Kmites ilocetp ouiues içeules, J)aptiz;mtes eos iu mniiuie Patris et Filii l't Spirilus saucU, tlocentes eos servare omnia qufectimque mautlavi vobis. Mallh. XXVIII, 19,20. Le traité que nous écrivons étant uou pas lliéologiqiie mais purement juridique, nous faisons abstraction Je la distinction qui se tait d'ordinaire entre l'âme et le corps de l'Église, et de l'Ignorance Invincible qui peut excuser celui qui par hasard appailieudrait à l'une, sans faire partie de l'autre.
(Ì) Qui credlderit et baplizatus fiierit salvus erit : ipii vem non credlderlt roiidciniiabitiir. Marc. \\\, Hi.
DE L.V CONSTITUTION DK L'KGLISE. 19
C'est là un point de doctrine qui demande à èlre posé avec soin et parfaitement saisi: l'ignorance en cette matière, est la cause des absurdités les plus pernicieuses qui existent dans l'esprit des libéraux. L'Eglise n'est autre chose que le royaume de Dieu rendu visible ici-bas: Pervenit ili vos regnum Dei (1). Le monarque de ce royaume est Jésus-Christ, et puisqu'il s'agit d'une monarchie religieuse, le roi csten même temps Pontife supième. En l'a])sence du Christ remonté au ciel, le Pape tient sa place en qualité de son représentant. L'autorité du Pape, en d'autres termes, celle de l'Eglise est par conséquent Tautorilé même de Jésus-Christ*; et tous les fidèles, par le fait de leur baptême, la reconnaissent comme telle. Les devoirs des fidèles à l'égard de l'Eglise sont donc les mêmes que ceux qu'ils ont à l'égard de Dieu, et par suite ils sont juridiques, puisqu'ils le sont vis-à-vis de l'autorité divine.
10. — La distinction des devoirs en devoirs juridiques et en devoirs simplement moraux n'a lieu que dans les rapports d'homme à homme. En effet: à part les objets où le jus ou jHSlum, objet delà justice, réclame ses droits, nul homme n'a le droit d'exiger de son semblable une chose quelconque comme lui étant due. S'il y a obligation de la donner ou de la faire, celle-ci ne saurait être que purement morale, c'est-à-dire imposée par une v^rtu quelconque differente de la justice, comme par exemple par la bienfaisance. Mais, quand il s'agit de Dieu, il n'en est plus ainsi. Tons nos devoirs envers lui sont juridiques, parce qu'ils correspondent au droit absolu qn'il a sur ses créatures, lesquelles tiennent de lui tout ce qu'elles ont, et tout ce qu'elles sont. La religion, qui comprend nos devoirs envers Dieu, a un caractère de justice ; elle ne se différencie de cette dernière que sous ce rapport : que la créature ne peut jamais rendre à Dieu l'équivalent de ce (pi'elle en a reçu. Or, TÉglise n'est autre chose que l'ex-
(I) I.nr. xr. 20.
•20 l.E DROIT PUBLIC ECCLESIASTIQUE.
pression sensible du droil de Dieu, puisqu'elle est la reli* gion établie par Jésus-Chiislici'bas sous la forme d'une société visible. Il s'ensuit que l'Église est en droit d'atteindre et de punir, tant au for intérieur qu'au for extérieur parfois, les fautes commises contre tout l'ordre moral ; qu'elle peut, ratione peccati, évoquer à son tribunal tout acte, soit individuel, soit social de l'homme.
% IV
I/Éf^liijp psi une Socirtr piil)li(|iifi, iuil(''pf]i(lautp, parfaite,
11. — Ces trois mots, bien qu'ils ne soient pas synonymeg, expriment néanmoins des idées étroitement connexes entre elles et dont l'une dépend de l'autre. Public est l'opposé de privé, comme le mot manifeste est l'opposé de caché. Par conséquent: les mots socwid puhiùjue désignent une société qui n'est pas renfermée dans une autre du même ordre, mais qui subsiste par elle-même, et qui, en cette qualité, agit pour ainsi dire à ciel ouvert.
Cette société prend aussi le nom d'État, parce 'qu'elle s'appuie sur ses propres forces, ce qui provient de ce qu'elle est indépendante et maîtresse d'elle-même. Pourquoi? Parce qu'elle n'est soumise à aucune autre société supérieure, parce que sa fin n'est pas une portion, ni un instrument dont celle là se sert pour réaliser sa fin. Cette indépendance dont nous parlons résulte de ce qu'en fait de société elle est une société parfaite, c'est-tà-dire une société qui possède formellement, ou du moins virtuellement,tout ce qui est requis pour réaliser la Pin qui lui est propre. Les développements, dans lesquels nous venons d'entrer, prouvent clairement que les trois prérogatives énumérées ici sont disposées dans le sens que voici : une société est publique, parce qu'elle est indépendante, parce qu'elle est parfaite. Cette dernière notion est la souche
des deux précédentes. Il importe donc de la mettre un peu en lumière.
12. — La société parfaite qu'Aristote appelle cité {civî' tas) est décrite par lui en ces termes : « La société parfaite formée par des associations inférieures de familles (il les nomme bourgs ou villages), n'est autre que la cité. Celle^ ci se suffit à elle-même, parce qu'elle a réuni dans son sein la somme des biens donila vie humainea besoin (1). » Cet endroit du Stagyrite est commenté par saint Thomas d'Aquin de la façon suivante : « La cité est une commU' nauté parfaite. La preuve en est que toute communication entre les hommes ayant pour but un certain bien, on appelle communauté parfaite celle'qui est constituée de telle sorte que l'homme trouve, par son entremise, à suf li sance, les choses nécessaires à la vie. Telle est la communauté qui s'appelle la cité, parce que l'idée de cité suppose que l'on trouve dans son sein toutes les^choses dont la vie humaine a besoin. Elle se compose, par suite, de plusieurs associations inférieures, issues entre les différentes familles {ex pluribus vicis), dont l'une exerce tel métier et l'autre tel autre. Il s'ensuit donc manifestement que la cilé est une communauté parfaite (2). »
Ces considérations établissent que la société parfaite est celle qui se suffit à elle-même en vue d'atteindre la fin qui lui est propre, en d'autres termes, celle qui possède les moyens suffisants pour réaliser le bien en vue duquel elle est créée, dans un ordre social donne. Elle est donc pleinement maitresse d'elle-même, sans dépendre d'aucune autre société elle est : comme un être qui subsiste complètement par lui-même. C est pour ce motif que la famille n'est pas une société parfaite, puisqu'elle ne se suffit pas à elle-même. Elle n'a pas dans son sein toutes les ressources indispensables àia sécurité et au perfectionnement
(1) Politic. seu de rebus civilibus. Lib. 1.
(2) Comin. in Arist. lect. I.
22 M': DP/lIT ITBI.K: l-rci.ÉSfASTIQUE.
(lo riioinnio. Aussi, liMid-ello. de sa nature, à faire partie de la société civile dont elle dépend, par conséquent, et dans le sein de laquelle elle revêt le caractère d'une société privée.
13. — Cette notion de la société parfaite, telle que nous venons de la présentera nos lecteurs.a été de la cité transférée à rj^glise. Elle convient à celle-ci parce que l'Eglise est une société qui se suffit à elle-même, puisqu'elle possède formellemcnL ou tout au moins virtuellement, dans son sein, tous les moyens indispensables à la réalisation de sa fin propre.
L'histoire, pour ne parler que d'elle, le prouve à Tévidence.
L'Eglise, en effet s'est conservée pendant plus de trois siècles, tout en s'occupant de la sanctification des âmes qui est son but, non seulement sans le concours, mais même en dépit de l'opposition et de la persécution acharnée du pouvoir séculier. Or, ce fait n'aurait pu, sans con- Iredit, avoir lieu, si l'Église n'avait été en pleine possession des moyens requis pour atteindre sa fin.
Essayons cependant de donnera l'évidence du fait historique l'appui du raisonnement. Nous disons que le caractère de société parfaite dans son genre, qui revient à l'Église, est la conséquence irrécusable de sa nature de société surnaturelle. Une société d'ordre surnaturel est parfaite, ou elle n'est à aucun titre une société. En effet, si elle ne se suffit pas à elle-même, si elle ne dispose pas de la plénitude des moyens indispensables pour atteindre sa fin propre, elle devra, de sa nature, tendre à faire partie d'une autre société supérieure à elle; tout juste comme la famille tend à faire partie de la société civile. Or, quelle sera cette société supérieure, si toutes les autres sociétés sont d'ordre naturel ? Mais supposer une S(iciété d'ordre naturel qui soit supérieure à une autre d'ordre surnaturel, c'est admettre une contradiction dans les termes. De plus, cette société dans laquelle elle entrerait par hypothèse, et de
laquelle elle dépendrait, coinnic la partie dépend du tuul, serait chargée de lui fournir les ressources qui lui feraient défaut pour atteindre sa fin. Mais les ressources surnaturelles sont seules proportionnées à la réalisation du but d'une société surnaturelle. Or, ces ressources ne sauraient, sans contredit, être fournies par une société d'ordre naturel. Nous voici donc arrivés par une autre voie à la même conclusion : que concevoir TÉglise comme une société imparfaite est une absurdité patente.
14. — Mais l'Eglise, pourrait-on nous dire, est composée d'hommes, et pour le culte non seulement intérieur, mais encore extérieur, elle a besoin de ressources matérielles. Or, ces ressources ne se trouvent que dans la société civile et ne sont fournies que par elle. Nous répondons. Il importe de distinguer entre les ressources purement subsidiaires, bien qu'indispensables, et les ressources iulriusèquement proportionnées et actives, par rapport à la Un. La suflisance ou Tinsuflisance de ces dernières permet seule de décider si une société est parfaite ou imparfaite. Mais les ressources matérielles dont parlait l'objection appartiennent à la première catégorie. Un homme ne cesse pas d'être complètement maitre de soi, parce qu'il a besoin d'un domestique qui lui rende certains services quotidiens. Ce qu'il faut surtout considérer dans la question qui nous occupe, c'est le mode dont le concours ou le service est prêté: s'il l'est en vertu d'une certaine providence gouvernementale, ou en vertu d'un devoir envers celui qui a le droit de l'exiger. Or ce deuxième mode se vérilie quand il s'agit de secours prêtés à l'EgUse par la société civile. Par conséquent, si l'Église ne les possède pas elle-même formellement, elle les possède virlueUement, et, par suite, son caractère de société parfaite n'en reçoit aucune atteinte.
l'j. — Si l'Eglise est une société parfaite, elle est uno société indépendante; elle est aussi une société publirpic, en tant que le mot public est l'opitosé du mot i>rive. Elle
est clablie sous la formo d'un royaume ou d'un empire, quoique d'ordre spirituel. C'est ainsi qu'elle a été prédite par les prophètes : En ces jours-là, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit (Ì). C'est ainsi qu'elle a été annoncée à Marie par l'ange Gabriel : Son royaume n'aura pas de fin (2). Jésus-Christ luimême la caractérisa de la sorte en présence de Filate : Mon royaume n'a pas son origine en ce monde (3). Donc, tu es Hoi? Tu Vas dit : je suis Roi (ï).
Aussi, les Pères de l'Église, se basant sur ces passages des saintes Écritures, ont-ils constamment désigné leur autorité episcopale dans l'Église par les mots de principauté et d'empire: Qu'est-ce qu'un énêqiie, dit saint Ignace d'Antioche, si ce n'est celui qui a toute principauté, tout pouvoir dans l'Église (o}?// y a deux genres d'empire, dit à son tour saint Jean Chrysostome, Vun, en vertu duquel des hommes commandent à des peuples et à des villes et gouvernent les détails de la vie civile... Mais il y a un autre genre d'empire encore, plus sublime celui-là que reinpire civil. Quel est-il donc'! Celui qui copiste au sein de l'Église (6). Comment, après cela, le libéralisme pourrait-il soutenir, sans renier la doctrine de Jésus-Christ et la tradition ecclésiastique^ que l'Église est qualifiée à tort de royaume ou d'empire?
(1) lu diebus reguorum illoruai suscitabit Deus cœli Ueguiim quoil iu œteruuiii uou dissipabitur. Daniel, ii, 4i.
(2) Hegniejus uou erit tìuis.
(3) llcguiiLu moum uou est de hoc muudo. Joan. xviii, 36.
(4) Eigo Rex es tu ? Tu dixisli quia rex sum ego. ìbkl.'òl.
(o) yuid aliud est Episcopus, quaui is qui omuem poteslateui iu Ecclesia obtiuel? Epist. ad TraUenses.
(6) Duplex lui perii geuus est.Altei'uuj, cujus opera homiues populis et urbibus iuiperaut, ac civilem banc vitaui moderautur... At vero, bic aliud quoque iuiperii geuus est, ac civili quidem Imperio sublimius. guuduaui igitur est ho; ? Quod in Ecclesia viget. HoiniUa XV in 2«»« ad CurmUi.
DI' LA CO.NSUTUTION Dt: L'EGLiSE. 25
L'Église est ime société suprème.
10. — La Un, cornine nous l'avons noté plus haut, est l'élément qui spécilìe et détermine les sociétés. La dilFerence, qui provient uniquement de la nuiitiiude, ne donne qu'une diversité numérique, l'espèce reste la même. C'est ainsi que les sociétés commerciales ou industrielles, par exemple, ne diffèrent que numériquement. Mais, si chez Tune d entre elles la lin était différente; si, au lieu du commerce ou de l'industrie, elle prenait la science pour but, nous aurions de suite une autre société, la société scientifique. .De là l'axiome : les sociétés sont entre elles comme leurs fins. Toute leur raison d'être est dans leur but. Elles se diversifient de par leur fin. Et celle-ci écartée, elles ne servent plus à rien; elles ne sont plus des sociétés.
Il s'ensuit que la fin détermine le rang qu'elles occupent et la supériorité de l'une sur l'autre. La raison en est que la proportion des moyens employés par les différentes sociétés pour atteindre la fin qui leur est propre, est jugée par la proportion de ces fins là même entre elles [i). Ce qui détermine l'être, détermine aussi les conséquences de l'être.
Ces principes posés, qui ne voit que l'Eglise est une société suprême, et ne peut être qu'une société suprême, puisque sa fin domine toutes les autres. Le salut de l'âme humaine occupe le sommet de tous les intérêts de l'homme. L'acquisition du monde entier ne saurait compenser sa perte ["I). Elle est suprême encore, parce qu'elle est la
(1) Ai-istoieles, lib. 1, Politic.
(2) Quam dabit homo commutatioueui pro auimu sua. Matih. XVI, 26.
-26 LE ItUOn l'I liLlC liCCLÉSI.VSTMHlE.
régulatrice des rapports suprêmes de l'homme, cest-à-dire de ses rapports avec Dieu (1;. Elle est suprême, enfin, parce qu'elle a Jésus-Christ lui-même pour chef (t). Sa suprématie est donc absolue, puiscpi'elle ne peut, sous aucun rapport, être soumise à une autre société quelconque. La lin suprême ne saurait être subordonnée à une autre lin, ni Taulorité divine de Jésus-Christ à aucune au(re autorité.
17. — C'est ici le lieu, nous semble-t-il, de signaler une erreur dans laquelle tombent bon nombre de libéraux. Tout en admettant que l'Eglise est une société suprême, à raison de l'excellence de sa lin, et parce que de plus elle est la chose du Christ, ils s'imaginent que ce fait n'a d'autre conséquence que de créer en faveur de l'EgUse une prééminence pour ainsi dire idéale. L'Église, se disent-ils, a un prix supérieur, elle occupe un rang d'honneur supérieur à celui de toute autre société. ÎX^apprécîons-nous, n'estimons-nous pas une société scientifique pkis qu'une société commerciale, sans attribuer de ce chef à la première aucune supériorité pratique, aucun droit supérieur en face de la seconde ?
L'erreur de ces esprits superficiels consiste en ceci : qu'ils s'imaginent qu'il y a le même rapport entre les lins secondaires de l'homme et sa fin dernière, qu'entre les Hns secondaires elles-mêmes. Mais c'est là une erreur des plus grossières. Les tins secondaires, quand on les compare entre elles, peuvent être à la vérité disparates, comme dans l'exemple allégué de la science et du commerce. Dans ce cas, l'une des deux sociétés a beau être plus noble que l'autre, il ne s'ensuit pas néanmoins que Tune soit subordonnée à l'autre. Mais, quand il s'agit de la fin dernière, il n'en est pas ainsi. La fin dernière correspond
(1) Ouiuis Poutifcx ex liouiiiiiljus assuniptiis, ino houiiiiibuà louslituitur iu iis quaj suut ud Deum. Hebr. v, 1 .
(2) Cluistus est caput Ecclt>sia?. 1. Eph. \. 23.
m l\ CONSTITUTION DE l/ÉGLISE. 27
à riiomiuc en tant qu'il est homme, et par suite, on vertu même de sa nature, l'homme ne peut se soustraire à son influence, ni tendre à une autre fin secondaire quelconque, parce que dans sa tendance vers elle, il ne peut faire abstraction de sa nature d'homme. Dans la hiérarchie des fins, la fin dernière est au sommet de toutes les autres et subordonne à elle toutes les autres. C'est dans ce sens qu'elle est la fin suprême. Toute autre fin doit, de toute nécessité, aider à l'atteindre, ou tout au moins ne pas s'en écarter. Or l'Eglise, nous l'avons démontré, conduit précisément l'homme à cette fin dernière qui, d'après la décision de Jésus-Christ, ne peut être réahsée que dans son sein et par son entremise. La direction qu'imprime l'Église subordonne donc à elle toutes les autres directions de la vie humaine, tant individuelles que sociales. Il s'ensuit que l'Église est pratiquement une société suprême; ce qui veut dire que toutes les lois humaines, que tous les actes humains doivent être en harmonie avec son action, positivement, ou tout au moins négativement. Cette assertion s'applique de toute évidence non seulement aux individualités, mais encore aux associations, quelles qu^elles soient, par la raison qu'il y a subordination intrinsèque de fins, et que les sociétés sont entre elles comme leurs fins.
18. — Les considérations que nous venons de présenter ne sont qu'un commentaire et un développement d'un beau passage de l'encyclique Immortale Dei, où le Souverain Pontife Léon XIII nous décrit la véritable constitution des États qui reconnaissent l'Eglise de Jésus-Christ : « Bien que composée d'hommes, comme la société civile, « cette société de l'Église, soit pour la fin qui lui est assi- « gnée, soit pour les moyens qui lui servent à l'atteindre, « est surnaturelle et spirituelle. Elle se distingue donc et « diffère de la société civile. En outre, et ceci est de la « plus haute importance, elle constitue une société juri- « diqucment parfaite dans son genre, parce que de l'ex-
« presse volonté et par la grâce de son fondateur, elle (' possède en soi, et par elle-même, toutes les ressources « qui sont nécessaires à son système et à son action. « Puisque la fin à laquelle tend TËgllse est de beaucoup « la plus noble de toutes, son pouvoir aussi l'emporte sur « tous les autres (Ì). »
ARTICLE II Des propriétés caractéristiques de l'Église.
19. — Xous entendons par propriétés caractéristiques de l'Église ces attributs qui lui appartiennent essentiellement, et n'appartiennent qu'à elle. Mais, puisque tout objet est connu et se distingue des autres, par le fait de ses propriétés (c'est ainsi que nous distinguons une plante d'un minéral, l'or du fer), on les appelle encore, en les envisageant au point de vue de leur manifestation extérieure, caractères distinctifs et notes de l'Eglise. C'est cedernier point de vue qu'embrasse la théologie; le publiciste religieux s'arrête au premier.
Les théologiens ne sont pas d'accord sur le nombre de ces propriétés. Bellarmin en compte jusqu'à quinze. Pour notre part, nous adopterons la nomenclature la plus en usage, qui est de les réduire aux quatre propriétés indiquées par le premier concile de Constantinople en ces termes : Je crois en l'Église une, sainte, catholique et apostolique. L'unité, la sainteté, fa catholicité, l'apostolicité, tels sont les quatre caractères propres de l'Eglise de Jésus-Christ. Nous allons en parler succinctement, en abrégé pour ainsi dire. Notre devoir n'est pas d'écrire
(1). Eucyclique de Sa Sainteté le Pape Léou XIII sur la coustitutiou chrétienue des Ktats.
Nous douuoup à la fiu du volume le texte et la traduction authelilique de ce monument doctrinal de la sagesse pontificale.
à leur sujet une étude scientifique. C'est le fait de la théologie, et nous devons supposer les notions théologiques connues de nos lecteurs.
L'Éi^lise a )a préro^'alive ilr l'uiiilt''.
^0. — L'unité est l'opposé de la pluralité (1). En tant » qu'elle s'applique à l'objet qu'on dit être un, elle veut dire qu'il n'est pas diviré (2). Il s'ensuit que Tunité s'identifie avec l'être même de l'objet. Toute chose conserve son être, en tant qu'elle conserve son unité (3). Si vous abattez les murs, les fondements, le toit d'une maison, vous l'aurez détruite. Il n'est donc pas étrange que Jésus-Christ, dans la dernière Cène, priant son Père céleste de protéger les commencements de son Eglise naissante, lui ait demandé de la conserver dans l'unité de ses membres : Ut omnes unum sint. Et cette prière, il ne la restreignait pas aux membres de l'Église d'alors, mais il retendait à tous ceux qui par la suite croiraient en lui, sur la parole de ses disciples (4).
Or, Jésus-Christ a voulu que son Eglise soit une, qu'il n'y en ait pas plusieurs. Una est columba mea, perfecta mea, a dit d'elle le Cantique des Cantiques (3). Jésus- Christ s'exprime en ces termes au saint Évangile : Je suis le bon Pasteur et je connais mes brebis, et celles qui sont à moi me connaissent. J'en ai d'autres encore qui n'ap-
(1) L'uum oppouitur imillis. S. Th. Suuuii. th. 1, p. q. xr, a. 2.
(2) IbiiL, a. 1.
(3) Esse cujuslibet rei cousistit iu iudivìsioiie et iude est ut imiau qiiodque sicnt custodii suum esse, ita custodit suam uultalem. Ibil.
(4) Non pro eis rogo tautum, sed et pro eis qui credituri suut per verbum rorura iu ine.Joann. xvii, 20. 21.
(5) Canlic. Cani, vi, 8.
30 LÉ ni'.oiT PUi^Lic E(:(:ij:siastiquk.
partienncnt pas à ce bercail, il faut que je les y amène, et il n'y aura plus qu'un seul bercail (1). Ce bercail est l'Église. Un seul Dieu, un seul Christ, une seule Eglise. Tous les discours de Jésus-Christ au saint Évangile expriment cette idée. Il se sert partout du singulier en parlant de l'Église. Et le premier concile de Latran a prononcé la définition suivante : L'Église nnicersellc est une. En dehors de son sein, absolument personne n'est sauvé (2). 21. — Quand la fin est identiquement la même, la société ne saurait se multiplier si ce n'est à raison de la multiplicité des chefs suprêmes qui la gouvernent, en tant que chacune a son chef indépendant, de celui des autres sociétés similaires. C'est ainsi qu'il existe plusieurs Etats politiques, par la raison que tout en étant spécifiquement semblables l'un à l'autre, par le fait qu'ils poursuivent tous la même fin du bien être temporel, ils n'en sont pas moins régis par des chefs suprêmes dont l'un ne dépend pas de l'autre. Il n'en est pas ainsi de l'Église. Quoiqu'il y ait plusieurs évêques préposés à chacune des égUses particulières, ces évêques et ces églises n'en sont pas moins soumis au gouvernement d'un seul chef auquelJésus-Christ a confié la garde de tout son troupeau. Cesta Pierre toujours vivant dans ses successeurs, que Jésus. -Christ a dit : Pais mes agneaux, pais mes brebis. Il a accompli de la sorte ce qu'il avait prédit : Il y aura un seul bercail et un seul pasteur (;]). Les différentes églises particulières sont à l'Église universelle, comme les rameaux d'un même arbre. Tout comme un arbre n'a qu'un seul principe formel qui le fait vivre lui et ses rameaux, de même aussi, l'esprit qui vivifie les églises particulières et l'Église universelle est unique, et le prince qui les gouverne avec
(1) Ego sum Pastor bonus el coguos.'o oves uipas et coguosciiut me mete. Et alias oves habeo qiifp non siiut ex hoc ovili, et iilas oportet me adiluccre, et fiel nnnai ovilf. Joann. x, 10.
(2) Una est universalis Ecélesia, extra qnani niilhis (iniuino salvatnr Conc. Laterau. l"™.
(3) Fiet unum ovile et unu9 Pastor. Joann. x, 10.
une aiitorilé suprême est pareillement unique. Tous y ont la même foi, la même espérance, la même charité; tous usent des mêmes sacrements ; et tous sont soumis au même Pontife suprême.
22. — Cette unité du chef suprême, sert à la fois et à donner à l'Église son unité numérique, et à la maintenir dans son indivisibilité. L'Eglise est une société et une société religieuse. Comme société elle conserve son indivisibilité par l'unité de gouvernement ; comme société religieuse elle la maintient par l'unité de croyance.
Quoique nombreux, nous ne sommes qu'un seul corps M), et il en est ainsi parce que nous n'avons qu'un chef. Ce chef est le Christ représenté dans son Vicaire. Quant à l'unité de doctrine, l'Apôtre nous enjoint, puisque nous sommes un seul corps, d'avoir un esprit unique comme nous avons une seule espérance qui est le but de notre vocation, espérance qui ne saurait exister sans l'unité de la foi (2). Or l'unité do foi s'obtient par l'unité du magistère, et celle-ci ne saurait être réalisée, si le maître suprême et le juge sans appel n'est pas unique. Ce maître suprême, ce juge sans appel est le Pontife romain. Si son tribunal n'existait pas, nous serions comme des enfants agités par tous les vents de doctrine, en proie à l'erreur (3).
Il s'ensuit que le Souverain Pontife est infaillible dans ses jugements doctrinaux, en matière de foi et de morale. Un enseignement infaillible peut seul lier les intelligences et les maintenir inébranlables dans la certitude du vrai.
Le fait que l'Eglise est partagée en plusieurs églises particuhères ne déroge en rien à son unité. Un arbre perd-il son unité parce qu'il se partage en plusieurs rameaux'? Le corps humain n'a-t-il plus d'unité, parce qu'il se compose de plusieurs membres ■? Toutes ces Églises
(1) MulU unum corpus sumus. (flom. xii, 5.)
(2) Unum corpus et unus spiritus; .«icut vocatis fstis in una spe vocatiouis vestrfE.- Unus Douiiuus, ima fides. Eph, iv. 11.
(3) Sicut parvuli lliictuanles ail circuniventiouf-m frroris. Eph. iv, li.
particulières sont unies entre elles, par l'unité du chef suprême qui est l'évêque de l'Église imiverseWe, E piscopus Eccleske calhoiicœ.
L'Éf^Iise .1 la piéroj,'ative de la saiuleté.
23. — Le mot sainteté, dit saint Thomas d'Aquin, suppose deux qualités dont la première est la pureté, et dans ce sens il correspond au mot grec ày.t:, la seconde la stabilité. C'est ainsi que les anciens appelaient saintes les choses qui étaient sous la protection des lois et, par suite, inviolables. Nous disons encore qu'une chose est sanctionnée, quand elle est revêtue de la force que donne la loi. Le mot latin sanctiim peut se rapporter également à la pureté, dans ce sens qu'il est un composé de sanguine tinctum, teint de sang, parce qu'anciennement on arrosait du sang de la victime ceux qui devaient être purifiés (1).
Or, la dénomination de sainte convient à l'Eglise dans les deux sens. Pour ce qui est de la pureté, l'apôtre saint Paul nous enseigne que Jésus-Christ aime l'Eglise, et qu'il s'est livré lui-même pour elle afin de la sanctifier, la purifiant dans le bain de l'eau par la parole de vie, et que de la sorte il s'est façonné à lui-même une Eglise glorieuse n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de pareil (2).
24. — Tout objet quelconque peut être en\isagé sous le rapport de sou être et de son action ; or l'Eglise est sainte sous ces deux rapports. L'Eglise, au point de vue de son être, est le corps mystique de Jésus-Christ : Jésus-Christ
(1) s Th. 1.2. q. 81,a. 8.
(2) Chrislus dilexit Ecclet.iam et seniftipsiim tradidit pro ea, lit illam saDctificaret, mnudaiis lavacro aquse in verbo vilie, ut exhiberet ipse sibi gloriosam Ecclesiam non babeutem maciilam, ueque rugam, aul aliquid hujusmodi. Eph.y, 23. 2G,
en est le principe vivificateur, il en est pour ainsi dire l'âme qui lui donne son être personnel et la fait vivre. Mais, si le Christ est le saint des saints (1), le corps qui reçoit de lui son assistance et sa vie doit Tètre également. Tout ce qui constitue formellement l'Église est saint. Sa fin, qui est la vie éternelle deshommes,estsainte;la vertu des sacrements, qui leur est communiquée du haut du Ciel, est sainte; sa loi, loi immaculée convertissant les Ames et que Dieu luimême a donnée, est sainte ; son autorité est sainte puisqu'elle est l'autorité même de Jésus-Christ.
2o. — Cette sainteté n'est nullement entamée par le fait qu'il y a dans l'Église, parmi la foule de ses saints et de ses justes un grand nombre de pécheurs et de révoltés. Ces derniers appartiennent à la partie matérielle et changeante de l'Église; ils sont le produit de l'abus de la liberté par le quel l'homme se soustrait à l'influence sanctificatrice du Christ. Il s'en suit que que les pécheurs sont dans VEglise, mais ne sont pas ses rejetons. Ils se sépaj-ent d'elle comme du principe vital, tout en demeurant unis à elle par le lien de la foi qu'ils continuent à professer, et en vertu de laquelle l'Église peut, à l'aide de ses sacrements, reproduire chez eux leur sainteté primitive. Elle sera dégagée de l'encombrement qu'ils lui causent quand elle aura, à la fin des siècles, atteint son état triomphal dans le ciel ; quand le bon grain sera séparé de l'ivraie , l'or de tout alliage extérieur. Aussi Jésus-Christ l'a-t- i] comparée à un filet dans lequel il y a des poissons captifs bons et mauvais, dont le triage se fera, quand le filet sera attiré sur la rive.
20. — Si l'être de l'Église est saint, son action qui jaillit de son être et s'y conforme, est sainte également. Un bon arbre ne saurait produire de mauvais fruits (2). Il s'ensuit que tout ce que l'Église fait, en sa qualité d'Église,
(1) Daniel, ix, 21.
(2) Nou potesl urbor Loua malos fructus faceie. Mallh. vu, 12.
ne saurait pas ne pas être saint. Mais puisque l'opération du corps social est celle que produit l'autorité sociale, ou qui se fait sous l'impulsion de l'autorité, puisque l'autorité sociale réside dans rÉpiseopat, et se résume et se concentre entre les mains du souverain Pontife, en sa qualité de chef de l'Eglise, il s'ensuit encore que tout ce que font les fidèles sous cette direction, ne saurait être entaché d'immoralité et d'injustice. Chez le Souverain Pontife, il faut savoir distinguer rhomme privé de l'homme puhlic. Comme homme privé, le Pape ne diffère pas des autres fidèles. Il est, tout comme eux, fils de l'Église, il reçoit de sa main les sacrements, il est soumis à ses lois, il peut subir toutes les défaillances, toutes les imperfections qui sont propres à l'homme. Comme personnage public, il esile père, le maître, le législateur universel de l'Eglise, il est le Christ lui-même visiblement représenté, et il agit sous l'assistance de .Dieu qui ne peut permettre qu'il tombe dans une erreur pernicieuse. Contester cette assertion, c'est se mettre en opposition avec l'article du symbole : Je crois à la sainte Église. La faute du chef influerait sur tout le corps qui est obhgé de suivre sa direction.
C'est donc un audacieux blasphème contre la sainteté de l'Église que de prétendre, comme le font les régalistes et les Hbéraux, que les Conciles généraux et les Pontifes romains ont usurpé les droits des princes et de la société civile. Aussi est-ce à bon droit que la XXIIF proposition du Syllahus a condarpné cette affirmation injurieuse et inique (1).
"21. — Ces considérations font voir aussi que l'Église est sainte encore, dans l'autre sens que nous avons indiqué^ puisqu'elle demeure inébranlable dans son attachement à Dieu. Sa stabilité lui est, du reste, garantie par la parole toute puissante du Christ qui lui a promis d'être
(1) Romani Poutiticos etCouciliarpcumeuica a limilibus suœ potesrtati? recessei'unt, jura principiuii iisurpariint. SyllitbU!i.l'ïo[>.2',i.
toujours avec elle, et que les perles de l'enfer ne prévaudraient pas contre elle (1). Mais, puisque l'Église est irrévocablement consacrée à Dieu, puisqu'elle est unie comme une épouse par un lien indissoluble à Jésus-Cbrist, elle est inviolable, et nul ne peut porter la main sur elle, sans se rendre coupable d'un odieux sacrilège, sans attirer sur sa tète la colère divine.
L'Égliso a la prrio^alivp df la calliolicilé.
28. — Le mot catholicité veut dire, d'après son étymologie grecque, universalité. On peut, à la vérité, l'envisager au point de vue du temps et de l'espace ; néanmoins, rigoureusement parlant, il signilie : répandu en tous lieux. C'est le sens qu'il a dans le symbole, et c'est aussi à ce point de vue que nous allons en parler.
L'universalité prise dans ce sens, dit Suarezi^), peut être envisagée sous le rapport du droit, et sous celui du fait. Sous ie rapport du droit, elle entraîne la faculté de s'établir et de se propager en tous lieux. L'universalité de fait n'est autre chose que la mise en pratique de cette faculté.
Or, il est indubitable que l'Eglise possède l'universalité de droit, vu sa destination et le devoir que Jésus-Christ lui a imposé. L'Église n'a pas été instituée pour un peuple en particulier et dans un but particulier, comme l'était la synagoguechezles Juifs, mais pourlegonre humain tout entier, en vue du but commun à tous les hommes qui estcelui du salut éternel. Jésus-Christ en outre a expressément enjoint aux apôtres de se répandre par tout l'univers pour
(I) Portii' inffi'i uijii pr.Tvalfhuiil advorsiis o;ii)i. Mallh. xvi. 18, {2) Defensio fidei caUi<dicœ, lil>. I. c. X\l.
36 LE DROIt PUBLIC ECCLÉSIASTIQUE.
prêcher l'Évangile (1). L'Église donc a le droit et même le devoir de se propager par le monde entier. Pour user de ce di'oit, elle n'a besoin d'aucune concession, d'aucune permission de la part d'une puissance terrestre quelconque. Ce droit est une conséquence naturelle de sa destinée; Jésus-Christ le lui a conféré en vertu de son domaine absolu sur le ciel et la terre. « Tout pouvoir, dit-il, m'a été donné au ciel et sur la terre; allez donc et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé fâ). »
Cette universalité de droit, observe encore Suarez, suffirait à elle seule pour justifier l'appellation de catholique attribuée à l'Église. Ce titre, en effet, lui a été donné par les Apôtres, dans le symbole, avant qu'ils ne se répandissent parmi les nations pour leur prêcher l'Évangile (3). Il s'ensuit que l'article du symbole : Je crois en l'Eglise catholique veut dire en substance : Je crois que l'Eglise a été instituée pour toutes les nations, pour toutes les classes de la société humaine, et qu'elle a le pouvoir de gouverner tous les hommes, pour qu'ils parviennent à la vie éternelle.
29. — Cependant, il faut qu'une universalité de fait soit renfermée aussi dans ce qualificatif de catholique ; et il est à croire que les Apôtres l'eurent en vue également, quand ils l'appliquèrent à l'Eglise. La trompette évangélique n'avait pas encore retenti partout; il parait même que ce fait ne se réalisera que vers la fin du monde : Cet
(d) Emîtes in mi;ndiim nuiversuni prfpdicate Evangelium oinni crea- Inrts. Marc, xvi, 15,
(2) Data est raihi oinui iiotestas in cœlo et in terra. Eimtes erg^o (Notez ce mot er^o) docele omnes {pentes, baptizanles eos in nomine l^atris et Filii et Spiritiis saucti; doceutes eos servare omnia qnipcnmque mandavi vobis. Matth. xxvui, 18, 19.
(3) Qnare videtar Ecclesia accepisse lioc nomen {de catholique) ab Apostolis, piiiisquam tides esset cnm effecta pertotnmmundnm disseminata. Prias euim Apostoli sjmbolinn condidevant qnam per uuiversas mundi partes distribuerentur. Suarez, loc. cil.
Evangile du royaume sera prêché dans le monde entier... et alors la consommation (des temps) arrivera (1). Les Apôtres étaient en droit, nous semble-t-il, de considérer comme accompli ce que la foi leur faisait tenir pour certain.
Seulement, il importe d'exposer ici le sens dans lequel il faut entendre cette universalité effective dont nous venons de parler.
Il est certain, tout d'abord, qu'il ne faut pas entendre par là, la conversion à la foi de tous les hommes. « Dieu, remarque saint Augustin, a promis au Christ de lui donner toutes les nations pour héritage, mais non tous les individus de ces nations. Si tous se convertissaient à la foi, comment se vérifierait la prédiction du Christ à ses fidèles : « Yous serez en haine à toutes les nations, à cause de mon nom (2)? »
oO. — Pour que l'universalité de l'Eglise soit réalisée en fait, il n'est pas nécessaire non plus que, parmi les nations converties, il y ait plus de fidèles que d'infidèles, tout comme il n'est pas requis que, parmi les fidèles euxmêmes, le nombre des justes l'emporte sur celui des pécheurs. Saint Augustin remarque avec raison que c'est en parlant de l'Eglise elle-même qu'il a été dit : La voie qui mène à la vie est étroite, et : ta descendance sera comme les étoiles du Ciel. Ces deux sentences opposées, à première vue, se concilient parfaitement entre elles. Les bons et les saints, envisagés par rapport auxprévaricateurs, sont en petit nombre ; mais envisagés en eux-mêmes ils sont nombreux (3).
(1) PiiPilicubLtiir lioc Evaiigeliuui rciiui in iiuiverso orbe... cl lune vf^niet consummatio. Malth. xxvi, 14.
(2) Onjucs geutes proniissœ suut, non omues homiucs omnium genliuui. Non euim omnium est fides. Credit itaque omnis gens in omnii)us qui electi sunt, ante constitutiouem mundi; in cœteris uou credit et credeutes odit. Quomodo enim et illud impleLitur : Eritis odio omnibus gentibus propter nomeu meum (Mallh. 24> — uisi in omnibus geutibus siut et qui oderiut et quos oderiul?^î<^Mst.Epist 199. Dc/î/te &œculi,u° i8.
(3) Aug. Episl. 48.
38 LE DlìOlT PUBLIC ECCLi::SIASTIQUE.
Le grain est moins abondant que la paille, et il suffit néanmoins à remplir le grenier (1). Pour que la possession de TEglise soit universelle, il suffit qu'elle soit assez largement disséminée parmi les différentes nations avec ses caractères resplendissants de vérité, de lumière, de majesté divine, de sorte qu'il soit vrai de dire d'elle que, pareille à une montagne visible, elle occupe loule la terre: Implevit universam terram (2). Au psaume 71 il est dit du Christ qu'il dominera de la mer à la mer, du fleuve jusqu'aux confins de la terre (3).
Que la foi soit embrassée plus ou moins par les populations, c'est un fait qui dépend de la libre coopération de riiomme, et des conseils mystérieux de la providence divine- Or, cette universalité de l'Eglise s'est trouvée vérifiée dès son origine. Saint Paul, en effet, écrivant aux Colossiens parle de l'Evangile en ces termes : Tel qu'il vous est parvenu, il existe dans le monde entier, il porte des fruits, et s'étend comme parmi vous (4). Mais si le fait était vrai à ,cette époque, il l'est à plus forte raison de nos jours. Il n'y a plus à présent un coin de la terre où l'Evangile n'ait été annoncé. Du reste, comme nous le disions tout à l'heure, la conversion totale des Gentils et des Juifs ne doit arriver que vers la fin du monde.
Universalité de l'Éfilise au poiut de vue du temps.
31. — L'attribut de catholique donné à l'Église, peut avoir un sens plus étendu encore, même quand il s'agit de
(1) AiKJ. Coutra PetlliaDuui, lib. II, cap. 41.
(2) Daniel, ii, 33.
(3) Domiuabitur a luare usque ad mare, et a flumine usque ad terminos orhis terr*.
(i) Quod peiveiiit ad vos siciitet in universo mundo est, et fructificat et crescit sicut in vobis. Coloss. I, 6.
sa durée. L'Eglise, peul-on dire, est de tous les temps. Cette assertion est manifeste, quand il s"agit de l'avenir. Le prophète Daniel prédisant l'Eglise n'a-t-ilpas dit, nous l'avons vu déjà : « Le Dieu du Ciel suscitera un Royaume (pii ne sera pas détruit dans léternité?» Et l'Archange Gahriel n'a-t-il pas affirmé que « le Royaume du Christ n'aura pas de fin » ?
Saint Augustin, réfutant les Donatistes dans son discours sur le Psaume 101, met en scène la sainte Eglise demandant à Dieu, avec les paroles même du Roi-Prophète, quelle serait sa durée. « Annonce-moi, dit-elle au Seigneur, la brièveté de mes jours. » Je ne parle pas, lui fait-il dire, des années éternelles où je régnerai dans les cieux, je parle des années que je passerai sur la terre. Je te demande cela en vue de ceux qui disent que j'ai été, et que je ne suis plus ; que les promesses divines ont reçu leur accomplissement, que les nations ont embrassé la foi; mais que l'Eglise a apostasie et péri. « Le Seigneur dit saint Augustin, n"a pas tardé de répondre à cette supplique... etqu'a-t-il répondu ? Voici que je suis avec vous, tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (1). » Or, si la parole de J. C. est véridique, l'Eglise est indéfectible, elle durera éternellement.
']^2. — Le libéraUsme moderne prétend, lui aussi, que l'Eglise a été profondéiuent atteinte, qu'elle est corrompue, qu'elle n'est plus l'Eglise des premiers temps. « Ce monde, écrivait naguère Roger Bonghi (un doctrinaire italien), ce monde dont Jésus-Christ voulait que ses disciples se tinssent éloignes, avec qui il a déclaré n'avoir
(1) Non a te quœro illos dies œteruos ; illi siue fine suiit, ubi ero ; uou ipsos qucTro, temporales quœro, temporales dies mihi annuulia : Exigiiilitem dieniin meoniui. iiou a-teruitatem dieriim meoruiu aiiniuiUa iiiilii. Quauidiii ero in hoc steculo amimitia mila, propter illos qui diciiut.-Iuipletœ siint Scriplura^,credidenuit omiies geutp?,sedapostatavit etperiit Jîcclesi i. Kt aunuuliavit Ur'C vacavit... Quoiiiodo auuiintiavit ? Ecce ego vobiscmii snm omuihus diebiis, nsqne ad consummatioueiu Sifouli., ,4î<flf. liuarruUo iii Psalmum lUl. berino, ii, u. 8.
40 LE DHOIT PUBLIC ECCLÉSIASTIQUi:.
rien de commun, ce monde a assailli l'Église, et l'a attirée à lui; il l'a séduite et lui a communiqué ses soucis, et l'a souillée de ses vices. Il a promptement réussi. Ce monde qui, au dire de saint Paul, est une massa corrupta, Va naturellement corrompue (1). » On croirait entendre la phrase des Donatistes : « Cette Eglise qui a été celle de toutes les nations, n'existe plus. »
« 0 parole impudente ! » pourrait-on répondre à ces adversaires, comme le faisait saint Augustin aux hérétiques de son temps: 0 impiidentem vocem t Toi qui parles de la sorte, prends garde que TEgUse ne te semble atteinte et corrompue, parce que tu es atteint et corrompu toi-même. Prends garde que l'Eglise ne te paraisse avoir disparu, parce que tu n'es plus dans son sein. Mais l'Eglise est et continuera d'être, parce que pour exister, elle n'a pas besoin que tu sois dans son sein ("À). »
Xi. — Que si l'Eglise est universelle, au point de vue du temps dans l'avenir, que faudra-t-il dire du passé? A-t-elle commencé avec le Christ ou bien dale-t-elle, d'une certaine façon, de l'origine du monde ? Comme Eglise, c'est-à-dire comme communauté réunie sous un chef possédant la plénitude de la révélation et son organisme actuel, elle n'a, sans contredit, pas existé avant le Dieu fait homme. C'est Jésus-Christ qui en a conçu l'idée, c'est lui qui l'a établie dans la forme où nous la voyons. Toutefois, si l'on envisage l'Eglise dans l'idée générique d'Eglise de Dieu et de religion basée sur la foi au Christ, on peut et l'on doit dire qu'elle a commencé avec l'homme. Saint Thomas l'affirme en termes exprès (3). C'est du reste une doctrine qu'il avait apprise de saint Augustin. Ce qu'on
(i) Nouvelle Anthologie, 2" série, vol, 43, liv. du 1«' jauvif-r 188'», p. 102.
(2) lU.i noa est, quia tu in illa uon es? Ville ne tu ideo non sis. Nam, illa erit etsi tu uon sis. Aug. loc. cit.
(3) Corpus KcclesiiR constiluitur ex houiiuilnis qui fuemuit a principio miuidi ad Uuem ipsius. S. Th. Sum.th. 2. 2» q. 88 a. 8.
appelle aujourd'hui la religion chrétienne, dit le grand Docteur, existait même chez les anciens, cette religion n'a jamais fait défaut depuis l'origine du genre humain jusqu'à l'Incarnation de Jésus-Christ. C'est depuis lors que la vraie religion qui existait alors, a commencé à s'appeler religion, chrétienne (1). Et ailleurs : Ce n'est pas seulement depuis l'époque de la présence corporelle du Christ et de ses Apôtres, mais à partir d'Ahel le premier juste que son frère Caïn tua, et dans la suite jusqu'à la lin des siècles, que TEglise poursuit sa route au milieu des persécutions du monde et des consolations divines (2). La foi en Jésus-Christ est et a toujours été nécessaire pour la justification de tout homme. Les anciens justes l'eurent à l'égal des modernes. La seule différence qui existe entre eux et nous, c'est que nous croyons au Christ incarné, et que les anciens croyaient au Christ à venir. L'objet est le mémo, le point de vue est différent.
L'Église u la inv'rog.itlve de raiiostoUcité.
'{'i. — L'Eglise est apostolique parce qu'elle descend des Ap(Hres de trois manières : par l'identité de son enseignement, par l'identité de son institution, et plus proprement par la succession légitime et non interrompue de ses Pasteurs, C'est dans ce dernier sens, qui du reste
(1) Ipsa res quœ iinuc Christiana i'eliij:io iiiuicupatur, erat et apiid autiquoa, nec défait alj iuitio f^oiieris hmiiaui, quousquc Ghristus veiierit in carnem, unde vera religio, qiuiR tune erat, cœpit vocari Chrisliana. Rétractât, c. 13.
(2) X,3n .solmn a tempore corporalis prœseutice Cliristi et .Apostolorum ejus, sed ab ipso .Vbel qiicm priiuum jiistuin iuipius frater occidil et dciuceps usque in hujus Sieculi liiieiu, iuter persecutioues mundi et cou.solatione3 Dei peregrinando procurrit Ecclesia. Aug., de Civitate Dei, lib. 18, cap. 31.
42 LE DltOir l'L'BLiC ECCLKSIASTIQUi:.
renferme les deux premiers, que nous l'envisageons ici. L'Eglise, telle qu'elle est de nos jours, est donc appelée apostolique, parce que son épiscopat remonte jusqu'aux Apôtres. Ce sont ces derniers qui ont ordonné les premiers évéques, auxquels d'autres ont succédé légitimement jusqu'à notre époque. Il est hors de doute que cette prérogative doit appartenir à la vraie Eglise. Sans elle en effet, l'autorité qui la gouverne ne tirerait pas son origine du Christ, et par suite le principe formel qui lui communique l'être et la vie lui ferait défaut. Jésus- Christ a reçu sa mission de son Père. Il l'a communiquée à ses Apôtres : « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie à mon tour (1) », et les Apôtres l'ont conférée à leurs successeurs. Dans cette transmission successive, l'autorité est restée la môme. Grâce à elle, la société des iidèles se dresse et se maintient sur la base inébranlable des Apôtres unis aux Prophètes, base dont la pierre angulaire est Jésus-Christ. C'estainsi que s'exprime l'Apôtre saint Paul (i2). L'Apôtre et Evangéliste saint Jean contemplant dans sa vision la nouvelle Jérusalem, c'est-àdire l'Eglise de Jésus-Christ, en vit les murs appuyés sur douze fondements où étaient inscrits les noms des douze Apôtres du divin Agneau (3).
35. — Ce caractère de l'Apostolicité que la véritable Eglise de Jésus-Christ possède en propre, suffirait à lui seul pour confondre toutes les sectes protestantes. On pourrait leur dire, ce que disait jadis Tertullien aux hérétiques de son temps : « Montrez-nous l'origine de votre Eglise ; développez-nous la série de vos pasteurs, faitesnous voir que le premier d'entre eux, auquel les autres
(1) Sicut misil me Pater, et ego mitto vos. Joann, xx. 21.
(2) Jam non estis liospites et udvenrp, sed estis cives sauctoriim, et domestici Dei, supenediticati super fuudamentum Apostolonim et Prophetarum, ipso siimmo angulari lapide Christo Jesn. Eph. n. 18, 19.
(3) r>t moriis civitafis liabous fnndamenta dnodecim, et in ipsis diiodecim nomina diiodcciiu Apostidnriim Agni, Apocal. ii. li.
DE LA CONSTITUTION DE L'ÉGLISE. 4â
ont succédé a eu pour prédécesseur un Apôtre ou un Evéque ordonné par les Apôtres (1).
3G. — Cette exigence, après la ruine des trois Patriarcats apostoliques de Jérusalem, d'Antioche, d'Alexandrie, ne se vérifie que pour le siège de Rome seul. Nous y trouvons, à cetteheure, Léon XIII quia succéd;; à Pie IX, et remontant de Pie IX à ses prédécesseurs, lious arrivons p:u\une série non interrompue pendant dix-neuf siècles à saint Lin, le successeur immédiat de saint Pierre. Le siège de Rome est le seul siège apostolique, même eu égard à son origine. Il l'est, du reste, aussi, parce que l'enseignement apostolique s'est toujours conservé chez lui, sans corruption aucune, et principalement pai'ce que chez lui seul, à raison de sa qualité de siège suprême et de chef de l'Eglise universelle, la dignité et la fonction apostoliques s'identifient avec son Episcopat. L'est au nom de leur union avec lui que les autres Églises particulières répandues dans le monde, et reliées à lui comme à un centi e d'unité, revendiquent leur aposlolicité. Voilà pourquoi l'Eglise catholique est appelée d'ordinaire encore Eglise romaine. Les mots romain et apostolique ont au fond la même valeur. Le premier de ces deux qualificatifs sert uniquement à mieux expliquer le second.
Ces considérations sur les prérogatives de l'Eglise nous paraissent suffire au but que nous nous proposons.
(1) Edaut origines Ecclrsianmi suariuu ; «olvant ordiueii Episcopornm suoi'um, ita per successiouem ab iuitio decurreiitium, ut primas ille Episcopus aliquoruui ex Apostolis, vel apostolicis viris, qui tameu cuui Apostolis perseveravei-it, habuerit auclorem et antecessoreui. De Prœscrip. G. 32.