‹ Le droit public de l'égliseChapitre 7 sur 39 · ARTICLE III · texte numérisé non relu

ARTICLE III

De la structure organique de l'Église, au point de vue des membres qui la composent.

37. — La structure de l'Église est organique, en d'autres termes elle est la résultante de parties non pas homogènes, mais hétérogènes bien queconnexes et ordonnées en vue de former l'unite du tout. L'apôtre saint Paul compare l'Église au corps humain qui, malgré son unité, a néanmoins dilTerents membres destinés à des usages différents. Le Christ, dit-il, est ainsi dans son Église (1). Dans un autre endroit, insistant sur la même pensée, il dit que h? Christ a établi des apôtres et des évangélistes, des pasteurs et des docteurs pour la sanctification des fidèles cl la formation de son corps mystique (2). Mais là où les attributions sont différentes, les droits sont pareillement différents. Voilà pourquoi l'Église est appelée aussi une société inégale, c'est-à-dire de telle nature que ses membres n'ont pas les mêmes droits ; ceux-ci sont différents à raison de la diversité que Jésus-Christ a créée entre eux.

Cette diversité fait que les membres de l'Église sont partagés à un point de vue très général en deux classes, celle des clercs et celle des laïques, division qui correspond aux deux éléments essentiels à tout corps social quelconque : l'autorité et la multitude, les gouvernants et les gouvernés, les supérieurs et les sujets.

A ces deux classes, il faut en ajouter une troisième : la

(1) Sicut euim Corpus unum est, et membra habet multa, omuîa autem membra corporis cum sint multa, uuum tamcu corpus sunt ; ita et Christus. 1. Corinth. xti. 12.

(2) Et ipse .ledit quosdam quiJeni Apo?lolo?, quosdam autem Pinplietas, alios vero Evaugelistas, alios autem l'astores et Doctores ; ad cousummatiouem sauctoruiu iu opus miuistsrii, in œditicationem corporis Cliriàti. Eph. IV, il, 12.

DE LA COWSTITDTION DE L'ÉGLISE. 4i(

classe de ceux qui, qu'ils soient clercs ou laïques, se consacreut d'une façon spéciale au Seigneur, par l'observance, non seulement des préceptes, mais des conseils évangéliques. Anciennement, on les appelait moines, parce qu'ils sont séparés du monde. Aujourd'hui on leur donne généralement un nom plus approprié à leurs différentes fonctions, celui de religieux, parce qu'ils sont liés à Dieu par un lien spécial. Le cardinal Beliarmin parle longuement de ces trois classes de membres dont se compose l'Église, au tome second do ses Controverses. Pour notre part, nous serons brefs. Nous donnerons uniquement les notions quVxige notre but.

Du Clergé.

38. — Le litre de clerc a une signification très relevée. Il est donné, eu effet, à ceux qui, en vertu d'une vocation divine, se vouent au ministère sacré. Ils deviennent ainsi, selon la remarque de saint Jérôme, d'une façon spéciale l'héritage du Seigneur, ou bien le Seigneur lui-même se fait leur héritage (1). L'héritage en question est exprimé par le mot de sort, parce qu'anciennement en partageant un héritage, on le divisait par lots que les ayant droit tiraient au sort.

L'usage du mot clerc, pour distinguer les ministres sacrés du peuple, est très ancien dans l'Église. Saint Clément disciple de saint Pierre l'emploie, à plusieurs reprises, dans ses canons apostoliques et notamment dans le quinzième. Luther, Calvin et les autres hérétiques leurs

(1) Clericus interpretetur primo vocabulam suum, et nominis defini- Uone prolata, uitalur esse quod dicitiir. Si eniiu y.lfjOOi grsece, sors laliue appellatili', propterea vocautur clerici, vel quia de sorte sunt Domiui, vel quia ipse Dominas sors, id est pars clericorum est. Epist.ad Nepolianum.

adhérents, voulant détruire l'Eglise contestèrent, la distinction entre les clercs et les laïques. Ils prétendaient que la structure de l'Église était simple; quelle n'avait qu'une seule classe. Mais, c'est là une imposture qui saute aux yeux. Eh quoi ! Au sein de la synagogue antique, le ministère sacré était confié non pas au peuple tout entier, mais à la seule tribu de Levi, c'est-à-dire à une caste séparée et distincte, et il ne léserait pas dans l'Église où il est tout autrement sublime (1)? Ce n'est pas à la foule des croyants, mais aux seuls apôtres choisis par lui que Jésus-Christ a confié la mission de prêcher l'Évangile, c'est à eux seuls qu'il a donné le pouvoir de liei' et de délier les consciences et de célébrer le divin sacrifice en mémoire de lui. A partir des Apôtres, il ne s'est jamais vu dans l'Église que l'exercice du saint ministère ait été confié à de simples laïques. Il l'a toujours été au contraire à des hommes qui, de par l'ordination sacrée, étaient séparés du commun des fidèles, et inscrits dans les rangs du clergé. Aussi le saint concile de Trente a-t-il fulminé l'anathème contre ceux qui prétendraient que les personnes qui n'auraient, pas été ordonnées canoniquement, mais qui seraient venues d'ailleurs, étaient les légitimes ministres de la parole divine (2).

39. — Le clergé constitue dans l'Église la hiérarchie, c'est-à-dire le principat sacré. C'est lui, en effet, qui a la ■ charge d'instruire les fidèles, de les sanctifier par les sacrements, de leur frayer la voie au salut éternel et d'être près de lui les délégués du Christ (3). Les degrés de cette hiérarchie sont au nombre de trois : TÉpiscopat, la Prê-

(1) Si miuistratio niorlis litteris deformata in lapidibiis fuit iu gloria... quoinodo nou magis uiiuistratio spiritus erit iu gloria. 2. Cor. m. 7, 8.

(2) Si quis dixerit... ons (]iii nec ah occlesiastica et caiiouica potestate rite ordinati et nii.^si snut, sed aliimdo veniiiul, legitimos esse verbi et sacrameuloruni uiinistros; anatheraa sit. Sess. 23, Cau. 7.

(3) Pro Cluisto legatloue fiuiglmiir. 2. Cor. v. 30.

DE LA CO?<SllTUriOIX DE L'ÉGLISE. 47

trise et lo Diaconat. Le concile de Trente a (léfini ce point en termes exprès (1).

40. — Les Évèques ayant à leur tête le Pontife romain, évèque universel, et par suite évêque des évêques euxmêmes, forment la hiérarchie suprême. C'est entre leurs mains, dit saint Paul, que réside le pouvoir de juridiction de l'Éghse (2). Ils ont seuls le droit de conférer les ordres sacres, et de procréer ainsi non seulement des fils, mais même des pères pour l'Eglise. Ils sont donc de droit divin, supérieurs aux prêtres. Saint Paul écrivant à Timo- Ihée, qu'il avait ordonné évêque d'Éphèse, lui enjoint : « de ne pas recevoir d'accusation contre un prêtre, à moins qu'elle ne soit appuyée par deux ou trois témoins (3). » Or,^ recevoir une accusation, c'est le propre d'un juge, et le juge est, sans contredit, le supérieur du justiciable.

41. — Après les évêques viennent les prêtres. Ils sont comme les coadjuteurs de l'évêque. Aussi, à part le pouvoir de conférer les ordres, ils peuvent exercer toutes les auti'es fonctions. Quid facit episcopus excepta ordinatione quod presbyter non facit, dit saint Jérôme (4). Bien qu'ils ne soient pas les ministres ordinaires de la confir malion , ils peuvent Tètre néanmoins par délégation Comme les évêques, ils célèbrent le saint sacriiice de l'au tel, et remettent les péchés au sacrement de la pénitence

4i. — Le troisième degré hiérarchique est le diaconat Saint Ignace martyr l'enseigne expressément dans une de ses épitres, quand il dit: « soyez soumis aux évêques, et pareillement aux prêtres et aux diacres (o). » Laissant

(1) Si qiiis ilixt'iit in Ecclesia Cilholica nou esse hierarcliiam, diviua nnllnatione iiistitutain, qua; constat ex Episcopi?, Presbyteris et miuistris; aiiutlieiua sit. Sess. 23, Can. 6.

(2) Qiios S[)iiitus sanctus posuit Episcopos repère Ecclcsiam Del. Ada Apost XX, 28.

(;i) .\dveisus Preshyterum accusalioneni noli recipcre, uisi sub duobus aut triljus teslibus. 1. Tim. v. 19. (i) Fpist. 8:î ad Evagriuni.

(ô) Iijnat. M. Episl. ad Trallenses.

de côté tous les autres tómoignages, nous voyons saint Jean Chrysostôme exhorter le diacre à éloigner les in dignes de la Table Sainte, alors même qu'il s'agirait d'un duc ou consul et même de l'empeiem', et pour l'y engager, il lui rappelle que son autorité est supérieure à la leur (1).

Le diacre a pour attributions propres de donner la sainte Eucbaristie aux fidèles, de prêcher la parole de Dieu, et d'administrer les biens de l'Église. Tout cela, bien entendu, sous la direction et avec l'autorisation de l'évêqiie. L'ordination , en effet, lui donne l'aptitude à ces fonctions, mais ne l'autorise pas à les exercer.

43. — Ici s'arrêtent les degrés hiérarchiques. Le sousdiaconat, en effet, et les quatre ordres mineurs : ceux de l'Acolyte, du Lecteur, de l'Exorciste, de TOstiaire, sont à la vérité des ordres proprement dits, puisqu'ils sont conférés par l'évêque avec des rites solennels et sacrés, puisqu'on outre ceux qui en sont investis exercent un ministère ayant rapport à la sainte Eucharistie. Cependant, comme le remarque Bellarmin, ils ne sont pas hiérarchiques, vu qu'ils ne confèrent aucune autorité sur les fidèles (2).

(1) Joann. Chrys. hom. 83 in Matth. Si Dux quispiam, si Consul ipse, si is qui diademate ornatur, indigne accedit, cohibe et coërcf : majorem tu ilio liabes potestatem.

^ (2) Controvers. T. II; Controv. Il, de membris Ecclesiœ, lib. 1 ; de Clericis, cap. XI. Voici eu quels termes saiut Thomas d'Aquin dóciit les différents ordres inférieurs au sacerdoce. Nous croyons faire plaisii' à nos lecteurs en leur traduisant ce passage instructif du saint Docteur : <( Puisque, comme ila été dit, le pouvoir sacerdotal s'étend à deux choses : c'est-à-dire à la consécration du corps de Jésus-Christ, et à rendre, par Tabsolution de leurs péchés, les fidèles aptes à recevoir TEucharistle, il faut que les ordres inférieurs lui viennent en aide dans Tune on l'autre de ces deux fonctions, ou dans toutes les deux. Or, il est évident que dans les ordres inférieurs celui-là l'emporte en dignité qui prête ses services h l'ordre sacerdotal dans plusieurs fonctions, ou dans quelque fonction plus relevée. Les ordres infimes sont donc ceux qui aident ie prêtre dans la fonction de préparer le peuple. Les ostiairi's écartent les infidèles de l'assemblée des fidèles. Les lecteurs iustruiseul les catéchumènes des rudiments de la foi. Aussi leur confie-t-on la lecture de l'Aiwien Testament. Les exorcistes sont chargés de purifier

Nous traiterons en son lieu l'importante question de sivoir à qui appartient dans l'Eglise le droit d'élire les ministres sacrés.

§ Il

Des Laïques.

45. — Le nom de laïques dont la signification est la même que celui de séculiers, dérive du grec Xxoç, en latin popuiiis. Il exprime, comme nous l'avons dit, la multitude des fidèles qui ne sont pas engagés dans les ordres sacrés. « On commence à faire partie du peuple chrétien par le baptême qui est comme la porte de l'Egiise, et qui rend l'homme capable de participer aux autres sacrements. » C'est le concile général de Florence qui le déclare dans son décret pour les Arméniens. Les hommes qui n'ont pas reçu le baptême, s'ils sont infidèles, ne sont pas membres de l'Église en acte, mais simplement en puissance. S'ils sont catéchumènes, oo peut dire qu'ils sont membres de l'Église, pour autant qu'ils ont la foi de Jé-

ceiix qui sont déjà instruits, dans le cas où les démons les empêcheraient de recevoir les sacrements. Les ordres supérieurs aideut le prêtre et à préparer le peuple, et à consommer les saints mystères. Les acolytes, en effet, s'occupent, de par leur ministère, des vases sacrés ou se prépare la matière du Sacrement. C'est pour ce motif qu'on leur donne, dans leur ordination, les burettes. Les sous-diacros exercent leur ministère sur les vases sacrés, et préparent la matière qui n'est pas encore consacrée. Les diacres ont, de plus, un certain ministère qui tonclie h la matière déjà consacrée. Ce sont eux qui dispensent aux fidèles le sang de Jésus-Clu'ist. C'est pour ce motif que ces trois ordres, à savoir : celui des prêtres, celui des diacres, et celui des sous-diacres sont appelés sacrés, parce que leur ministère s'étend sur certains objets sacrés. Les ordres supérieurs s'occupent aussi de la préparation du peuple. Ainsi, les diacres ont la charge de proposer au peuple la doctrine évangélique. Les sous-diacres lui proposent la doctrine a|)o?tolique. Les acolytes ont pour fonction de donner de la solennité à l'exposé de la doctrine sacrée; ainsi ils portent les hnuiuairei, et s'occupent d'autres détails pareil'. Soiiime conti e les Gentils, liv. IV, Ch. 75.

sus-Ghrisi, et le désir d'cHre l);iplises. L'Église, pour nous servir de la phrase de saint Augustin, les a conçus pour ainsi dire et les porte dans son sein, mais elle ne les a pas engendrés.

45. — Les laïques au point de vue religieux, c'est-àdire envisagés comme constituant le peuple des croyants, sont parfaitement égaux entre eux. Il n'y a parmi eux ni différence de nation ni diiïerence de sexe, de condition, de dignité séculière. « Il n'y a parmi vous, dit saint Paul, ni juif, ni grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme, ni femme; car vous êtes tous un seul tout en Jésus- Christ (1). » Et le saint apôtre en avait donné la raison plus haut quand il avait dit, que tous également, par la profession* de foi au Christ, nous sommes devenus les fils adoptifs de Dieu, attendu que quiconque a reçu le baptême s'est revêtu de Jésus-Christ (^). En vertu de la grâce sanctiliante reçue au baptême, le fidèle quel qu'il soit devient non seulement concitoyen des saints et ami de Dieu, mais participant de la divinité et de la filiation même du Christ. Devenu le frère de Jésus-Christ (3), il acquiert le droit au même héritage (4). C'est là la démocratie chrétienne qui fait disparaître toute distinction de riches et de pauvres, de maîti-es et de serviteurs, de nobles et de roturiers, de souverains et de sujets.

4C. — Cependant, il importe de le remarquer avec so'u,

si ces principes sont vrais, au point de vue religieux, il

' n'en est pas de même au point de vue civil et politique.

La grâce ne détruit pas la nature, mais la perfectionne

et l'élève. L'or qu'elle sème sur cette trame ne change pas

(1) Xou est Judœus, ueque grœcus ; uou est servus ueque liber; nou est masculiis, neque feiuina ; omues eniui vos unum estis iu Christn. Galal. III. 28.

(2) Oiuiies tilii Dei estisper fidem, quœ est in Christo Jesu. Quicuiuqiif euiiu iu Cliristo Ijaptizati estis, Christum iiuluistis. Ibid 26-27.

(3; Vade ad fratres meos. Joann. xx. 17.

(4) Sifilii et hairedes ; hteredes quideui Dei, cohœredes auteiii Cluisli. Rom. vui. 17.

DE LA CONSTITUTION DE L'ÉGLISE. ol

la qualité' du tissu. La phrase de l'Apùîre il n'ij a ni homme ni femme supprimerait-elle, par hasard, la diversilô des sexes? Celle qui dit qu'il n'y a ni juif, ni grec, détruisait-elle la diversité des nationalités? Donc, lorsque saint Paul déclare qu'il n'y a ni serviteur ni homme libre, il n'entend pas supprimer la diversité civile ou politique des conditions. Jésus-Christ, en sa qualité de Maître absolu, aurait pu, sans contredit, prendre cette mesure, mais il ne l'a pas voulu. Il a laissé les nations comme elles étaient distinctes entre elles. Il a uniquement chargé ses apôtres de les convertir à l'Évangile. Même il a voulu qu'elles fussent gouvernées séparément par leurs propres pasteurs, organisés en évèques, en métropolitains, en primats, en patriarches, d'après les divisions naturelles des peuples, en cites, en provinces, en royaumes, en nations. Mais, pour maintenir l'unité, il les a toutes soumises à un seul chef supi'ême. Jésus-Christ n'a pas supprimé la propriété; il l'a raffermie au contraire, seulement il a imposé aux riches le devoir de donner leur superflu aux pauvres. Il n'a nullement supprimé l'autorité civile, il l'a au contraire rendue plus solide; mais il a voulu qu'elle fût distincte de l'autorité religieuse. Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (1).

Jésus-Christ n'a pas voulu que ses fidèles, en entrant dans son Église, se dépouillassent de ce qui leur revient, en leur qualité d'hommes et de citoyens. L'Église par conséquent, sous sa direction, a laissé intact, elle a même maintti.u toutes les diversités légitimes, tous les droits et tous les devoirs existants, ou qui surgissent sous le point de vue civil et politique. Saint Augustin le dit en termes exprès (2).

(1) Reddite quœ sunt Cœsaris CtTsari, pI, qnse siint Dei Deo. Malth.

(2) Hbpc cœlestis, civitas, diim peregriiialur in terris, ex ouiuil)iis geutibus cives vocat, atque ia ouiulhus liuguis peregi'iuaiu coiligiL societatem, uon curans quidquid iu iiioriJ)us, legilius, iustitutisqiK; divirsiim est, quil)us pax terreua vei conquiritur, vel teuelur, uiliil eoniin resciudens vel destrueus, imo etiaui servaus acsequeiis. Aug. de Civitate Dei, lib. XIX; cap. 17.

Aussi saint Pierre écrit-il aux premiers fiJèles : « Soyez soumis à toute créature ( c'est- à- flire a tout pouvoir établi) en vue de Dieu, soit au Roi comme étant le chef, soit aux Ducs, comme envoyés de lui... parce que telle est la volonté de Dieu (1). Saint Paul, de son coté, inculque, à plusieurs reprises, la même obligation, et recommande l'obéissance aux autorités civiles, non seulement par crainte du châtiment, mais par devoir de conscience (i).

La seule restriction que fasse l'Église, en cette matière, c'est que l'obéissance due à l'autorité civile, ne doit jamais prévaloir sur celle qui est due à Dieu et à ses lois. Il n'y a pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu (3). Il n'y a donc aucun acte de véritable autorité, c'est-à-dire aucune prescription méritant d'être obéie, qui puisse être en opposition avec la loi de Dieu. Un commandement pareil ne serait qu'un vouloir arbitraire de l'homme, et dans ce cas, il faut dire avec le prince des apôtres : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes (i). «Tel est l'enseignement do l'Église.

Des Religieux.

47. — Il est rapporté en l'Évangile de saint Matthieu qu'un jeunchomme s'étantapprochéde Jésus-Christ lui demanda : Mon bon Maître, quel bien dois-je faire pour arriver à la vie éternelle? Jésus-Christ lui répondit. Que m'interroges-

(1) Siihjpcti i?itur ePtotp omui linmanrr creatnrfe propter Deiim, sivf Hp;?! tanqiiain priTCPllPUli. sive Diicibiif! tanqnam alj eo mipsis... quia sic est voluntas Dei. I. Pétri ii, 13, 14, 1".

(2) Nece<!Pitate subditi estote non solum propter iram, sed etiauj propter con«cienUam. Rom. xiii, 5.

(3) .Von est potestis uisi a Deo. Ibid. 1 .

('0 Obedire oportet Deo, magis quam homiuibus. Acl. v. 29.

tu, par rapport au bien? Dieu seul est bon. Mais, si lu veux parvenir au salut, observe les préceptes. — Lesquels, Seigneur? — Jésus lui répondit : de ne pas commettre d'homicide, de ne pas prendre le bien d'autrui, de ne pas commettre d'adultère, de ne pas rendre de faux témoignage, honore ton père et ta mère, et aime ton prochain comme toi-même. — Le jeune homme répliqua : Tout cela, je l'ai observé depuis mon enfance. Mais, à présent, je vous demande ce qui me manque encore? — Si tn veux être parfait, lui répondit Jésus, va, vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; viens ensuite et suis-moi (1).

Jésus-Christ distingue évidemment, en cet endroit, deux genres de vie: le premier consiste dans l'observance des préceptes divins, et il est commun à tous, parce qu'il est nécessaire au salut éternel : Si vis advitam ingredi: le second fait profession de la pauvreté volontaire, et s'applique à suivre Jésus-Christ de plus près. Il est. abandonné au libre choix de l'homme, parce qu'il vise au perfectionnement de celui-ci : Si vis perfectus esse. C'est ce second genre de vie qui constitue la vie religieuse. On peut donc le définir en ces termes : L'état religieux est un genre do vie qui tend à la perfection, par l'observance des conseils évangéliques. On l'appelle un état, pour désigner la stabilité, vu que la personne s'oblige devant Dieu à cette observance.

Les conseils évangéliques dont il s'agit ici sont au nombre de trois : la pauvreté, la chasteté, et l'obéissance. La

(I) Et ecce uuiis accedeus ait illi : .Magistcr hoiie, qiiiil boni faciam ut liabcam vitam rpternam? Qui dixit ei : quid me interrogas de boiin ! Uuiis est bouus Deus, si autom vis ad vitam ingredi, serva mandata. I)icit illi: QutTP? Jesus autem dixit: Non homicidium faciès, non adulterabis, non facies furtum, non falsum testimouium flices, honora pairem et matrem tuam, et dilige proxinium sicut te ipsum. Dicil illi adolescens : Omnia ha-c custodivi a juventiite mea, quid adirne milii deesl? Dicit illi Jesus ; Si vis perfectus esse ; vade, vende quae habes et da pauperibns et habebis thesaurum in cielo ; et veni sequere me. Matlh. XIX, 16-20.

première de ces vertus est comprise dans ces mois : Vende quœhabes et da pauperihus ; les deux antres dans ceux-ci : Veni, sequereme. Poursuivre Jésus-Christ il faut l'abnégation de soi-même: Que celui qui veut me suivre se renonce lui-même (1); or Tabnegation de soi-même, envisagée au point de vue de la partie sensitive, a pour conséquence la continence : envisagée au point de vue de la partie rationnelle, elle a pour conséquence l'obéissance.

48. — Ce genre de vie, bien qu'il se soit graduellement organisé et développé sous différentes formes, n'en a pas moins commencé en substance dès l'origine de rÉglise. C'est un fait incontestable. L'apôtre saint Paul nous parle de vierges fiancées uniquement à Jésus-Christ (i). Le fait d^Ananie et de Saphire nous montre que, parmi les premiers fidèles, il y en avait qui s'engageaient par vœu à sacrifier leurs biens, et à pratiquer la vie commune, que les autres pratiquaient généralement, mais sans s'y engager par vœu. Cornélius a Lapide remarque que ces mots : il frauda sur le prix du champ de concert avec sa femme (13) indiquent qu'il était obligé à remettre intégralement ce prix, puisque la fraude ne saurait porter sur un objet qui vous appartient en propre, mais bien sur un objet qui est à autrui. C'est ce qu'indique le mot grec dont l'écrivain sacre se sert. Le coupable a donc commis un volet un sacrilège, parce qu'il a violé son vœu etia profession de pauvreté qu'il avait faite (4). Aussi, le châtiment si grave de la mort subite qui lui fut infligé démontre-t-il qu'il y avait, dans son cas, bien plus qu'un simple mensonge (o). Dites-en autant du reproche sévère infligé par saint Pierre à Ananie: Ce n'est pas aux hommes, mais à Dieu que tu as menti f6).

(1) Qui vull veuire post me, ahueget seuietipsiim. Malih. xvi. 2i.

(2) Despondi vos uni viro, virginem casUim exhibere Christo, 2. Ccr, XI. 2.

(:J) Fraudavit de prelio agri conscia uxore sua. Act. Apost. V. 2.

(4) evoaotaato. Voler avec ruse. Comm. iu Act. Apost. Ch. v, u. 2.

(5) Act. Apost. V. 4.

(6) Non es uientitus houiinibus sed Deo. Act. v. 3,

DE LA CONSTITUTION DE L'ÉGLISE. 5o

Ce qui prouve, ensuite, qu'un vœu pareil n'était pas émis par tous les fidèles, ce sont ces paroles adressées par saint Pierre à Ananie : Tel que le champ était, n'était-il pas à toi, et une fois vendu le prix ne t'en appartenait-il pas (l)!* Comment le saint apôtre aurait-il pu dire qu'Ananie était en droit de garder le fonds, ou de retenir le prix de la vente, si tous les fuLMes avaient été obligés de faire vœu de pauvreté ?

49. — Il paraît, du reste, certain que les apôtres euxmêmes avaient tous embrassé ce genre de vie, celle profession des conseils évangéliques. Immédiatement, en elTet, après l'entretien de Jésus-Christ avec le jeune homme que nous avons rapporté plus haut, saint Pierre dit à Jésus-Christ : Yoici que nous avons tout abandonné et que nous vous avons suivi ; quelle en sera la conséquence pour nous (2)? Saint Thomas confirme notie assertion, de son autorité, quand il écrit : On comprend que les apôtres se sont engages par vœu à tout ce qui concerne l'état de perfection, quand ils ont suivi le Christ, après avoir tout abandonné (3).

50. — Pour ce qui est des différentes formes que la vie religieuse a revêtues dans l'antiquité, il y a d'abord la vie des anachorètes ou des ermites, ce qui revient au même, et celle des cénobites. Les ermites se retiraient dans la solitude des déserts ; les seconds se réunissaient pour mener la vie commune dans des monastères situés près des villes, et dans les villages. C'est ce que nous rapporte saint Athanase dans la vie de saint Antoine. Les uns et les autres s'adonnaient uniquement à la contemplation des choses célestes. Plus tard, les religieux y

(1) Nonoe mauens tibi manebiit, et venumdatuni in tua erat potestate. Act. Apost. v. i.

(2) Ecce nos reliqiiiuiu? omnia et secnti «nmiH te, quid erço erit uohis. Matth. XIX. 27.

(3) Apostoli intelliiruiitur vovisse pertiupulia ad perfectiouis statuui, qiianilo Ciiri:,laui. relicti:; o;anilm>. sunt seculi. Siiiiiina Th. 2', 2™ q. '.i;J. a. 4. ad 3u"' .

S6 LE bROlT PUBLIC ECCLÉSIAlSTIQUÉ.

ajoutèrent les travaux de la vie active. Nous savons que saint Eusèbe, évoque de Verceil, voulut que son clergé fût composé de moines. « Le premier, en Occident, il établit dans son Église que les clercs seraient des moines, pour que ces hommes eussent à la fois le mépris des biens de la terre et les soins attentifs des lévites (1). » Saint Augustin aussi institua des cénobites charges de remplir, en même temps, les fonctions ecclésiastiques. Finalement, il surgit des ordres religieux qui s'appliquèrent uniquement aux œuvres de miséricorde corporelle, comme de nourrir les pauvres, de soigner les infirmes, et ainsi de suite. C'est pour ce motif que les théologiens, dans leurs études, partagèrent la vie religieuse en contemplative active et mixte, d'après le but immédi it qu'elle se propose. En général, le but de la vie religieuse est l'amour envers Dieu, à un degré aussi parfait qu'il est possible à la faiblesse humaine. Or, Dieu peut être aimé de trois manières : soit en lui-même, et l'on cherche pour cela à le connaître de plus en plus vivement, par la voie de la contemplation ; soit dans ses fidèles, en exer(,'ant en leur faveur des œuvres de charité, conformément à cet adage de Jésus-Christ : Tant que vous avez fait du bien au moindre de mes frères, vous l'avez fait à moi (2); soit enlin en unissant Tune et l'autre de ces deux fonctions. Ce troisième genre de vie se rapproche davantage de la pratique suivie par Jésus-Christ et par les apôtres. 11 existe, lorsque, de la contemplation, le religieux descend à la vie active, où exerce des actes qui, de leur nature, présui)posent la contemplation, comme, par exemple, la prédication de la parole de Dieu, l'administration des sacrements, l'éducation morale de la jeunesse, et ainsi de suite. Ces trois genres de vie se subdivisent

(1) llrevariutn Roraaunm, IG. Dec.

(2) Qiiauidiu fecislis nui ex his fratribus ineis luiuimis, luihi fccistis. Matlh. XXV. 40.

DE LA CONSTITUTION DE L'ÉGLtSE. o7

ensuite diversement, d'après les règles des différentes institutions religieuses ; mais le type générique reste le même.

.')1, — Un point qu'il importe de noter avec une attention spéciale, c'est l'importance dont jouissent dans l'Eglise les ordres religieux. Ceux-ci sont destinés à réaliser d'une facon visible, publique et efficace, la sanctilication des Ames au degré le plus élevé qu'il soit possible à la faiblesse humaine d'atteindre, sous l'inlluence de la grâce divine et la direction de l'Eglise. Il s'ensuit que, de ce cute, la profession de la vie religieuse fait partie de la lin même de l'Église. Si l'on excepte les martyrs de la foi, c'est des ordres religieux que sont sortis la plupart des héros qui ont mérité les honneurs des autels.

o2. — Et qu'on ne vienne pas nous dire que les ordres religieux n'appartiennent pas à l'essence de l'ÉgUse. Ils n'appartiennent pas à son essence, c'est vrai, mais ils sont requis pour l'intégrité de l'Eglise. Serait-il indilferent, par hasard, à l'homme d'avoir des bras ou des jam.bes, par la raison qu'ils ne constituent pas son essence? Priver l'Église des ordres religieux, c'est amoindrir ses forces, c'est la priver d'une partie des organes qui lui servent à atteindre sa fin. Les ennemis de TÉglise abattent les ordres religieux, parce qu'ils espèrent ainsi jiotivoir assaillir aisément l'Église au cœur de la place, après l'avoir dégarnie de ses ouvrages avancés.

La haine acharnée du hbéralisme moderne contre les ordres religieux n"a donc rien de surprenant. Il veut à tout prix qu'ils disparaissent, et pourquoi? Issu de la léforme protestante, il a hérité d'elle, parmi tant d'autres misères désolantes, la haine contre la profession des conseils évangéliques. Cette haine est un eiïet de l'influence du démon qui, comme le disait saint Antoine, hait, k la verite,tous les chrctiens, mais abhorre de préféruucc les religieux elles vierges consacrées à Jésus-Christ. Il ne les souffre pas, et la raison en est claire. Son but

û8 LE DROIT PUBLIC ECCLÉSIASTIQUE.

étant d'entraîner tous les hommes dans la perdition par la triple voie de la concupiscence mondaine, celle de la luxure, de l'avarice, de l'orgueil, il brûle d'une rage implacable contre ceux qui, à ces trois vices, opposent les trois vertus contraires de la continence, de la pauvreté, de l'obéissance, par le fait de leurs vœux, et qui donnent à cette opposition un caractère solennel, perpétuel et public, en guise d'antidote à la corruption du siècle.

Il s'ensuit que tous ceux qui ont à cœur la gloire de Dieu et le salut du prochain aiment les ordres religieux, les défendent, les honorent, et sont convaincus que leur cause s'identifie avec celle de l'Eglise. Aussi, voyons-nous que les papes, les évêques et les catholiques sincères ont toujours agi de la sorte. Les ennemis de l'Eglise, au contraire, à quelque classe qu'ils appartiennent, donnent au monde des exemples tout opposés. L'affection pour les ordres religieux est un indice certain de l'esprit de Dieu, tandis que l'aversion pour eux est la marque certaine de l'esprit de Satan.

ARTICLE IV De la forme du gouvernement dans l'Église.

5;J. — La forme du gouvernement n'est autre chose, dit Aristote,que l'ordre parmi ceuv qui commandentausein de la société humaine. Elle est, par conséquent, différente d'après la diversité du sujet en qui réside le pouvoir suprême. II s'ensuit que l'on peut distinguer trois formes de gouvernement, selon que le pouvoir suprême est aux mains d'un seul, de plusieurs ou de tous. Dans le premier cas, on aura la monarchie; dans le second, l'aristocratie; dans le troisième, la république, bien que ce mot de république soit appliqué à toute organisation politique quelconcjue envisagée au point de vue de la lin, qui est le bien public,

l'intérêt commun (1). Il importe donc d'examiner à laquelle de ces trois formes correspond le gouvernement de i'Edise.

La forme du gouveruemeut dans l'Église est mouarcliique.

54. — Pour nous convaincre de cette vérité, il suffit de faire attention à ce qui existe. Que voyons-nous dans le gouvernement de lÉg'ise? DilTérents peuples régis par des évêques hiérarchiquement coordonnés entre eux, et tous peuples, et évêques, laïques et clergé soumis à l'autorilé du Pontife romain, en sa qualité de chef et d'ordonnateur suprême de toute la société des fidèles. C'est lui qui fait la loi à l'Eglise entière, lui qui ji;ge sans appel des controverses déférées à son tribunal; lui qui comnmnique le pouvoir aux évêques, assignant à chacun d'eux le peuple qu'il a à gouverner, et fixant les limites de la juridicdiction.Le concile du Vatican, en détinissant l'autorité du Pontife romain, s'exprime en ces termes :

« Nous enseignons et nous déclarons que l'Église Romaine, en vertu de la disposition du Seigneur, possède le principal du pouvoir ordinaire sur toutes les autres églises, et que ce pouvoir de juridi'.'tion vraiment épiscopal du Pontife romain est immédiat. Les pasteurs et les fidèles

(I) Voici eu quels termes salut Thomas d'Aqnin expose la peusée d'Aristote : Politianihil est aliud quam ordo doûiiuautium iu civltate. Necesse est euim quod distinenautur politise secuudiim diversitatem domiuaintium. Aut euim iu civitate domiuatur unus aut pauci, aut uiultl... si sit piiucipatus uuius voc dur Regia potestas, cousiiclo uomiiie; si iuteudat iitilitatem commuuem. Illa vero polilia, iu qua pauci priucipautiir, pi opter Louiim commune, plures tamen uno, vocatur stilus eptimatiim... Sed quaudo uiutitndo principatnr, iuteudeus ad ulilitatem comuinuem, vocatui" Respidjlica ; quoJ est uouicu comujuue ou)iiibii3 poiitiis. Politic. IU>.\Î. Il y a en outre, les formes mixteg résultant du m<'laugo de deux de ces formes principales, ou même de toutes les trois.

à quelque rile qu'ils appartiennent ou de quelque dignité qu'ils soient revêtus, chacun en particulier, aussi bien que tous en général, sont liés envers lui par le devoir de la subordination hiérarchique, et d'une véritable obéissance non seulement dans les points qui sont du ressort de la foi et des mœurs, mais encore dans ceux qui appartiennent à la discipUne et au gouvernement de l'Église répandue dans le monde entier. 11 résulte de là que le maintien de l'unité dans la communion avec le Souverain Pontife et dans la profession de la même foi, fait que l'Église du Christ constitue un seul bercail sous un seul Pasteur (1). »

Or, que faut-il de plus, pour que le gouvernement de l'Église soit appelé et soit, en réalité, monarchique, en d'autres termes : le gouvernement d'un seul?

00. — Il ne saurait venir à lesprit d'aucun homme sensé que ce régime soit la conséquence d'iine usurpation des papes, comme le prétendent certains champions du libéralisme, ou tout au moins d'un développement historique. Ce qui appartient à l'essence de l'Eglise ne peut avoir sa source que dans l'institution de Jésus-Christ. Or, telle est la forme de son gouvernement. L'organisation des pouvoirs est un clément essentiel de toute société, L'Église donc, si elle avait moditie la forme de son gouvernement, ne serait plus l'Église instituée par Jésus- Christ. Toutes les prophéties prédisant sa durée auraient reçu un démenti. Une pareille perversion de l'Église peut

(i) Docemus proinde et declaraïuus Ecclesiam romauam, disponente Domino, super omnes alias ordinariae potestatis obtiuere principatum et hanc romani Poutificis jurisdicliouis potestatem, quse vere episcopalis est, immediatam esse; erga quam cujuscumque ritus et diguitatis Pastores utque fidèles, tam seorsuui siuguli, quam simul omnes, officio liierarclùcte subordiuatiouis, verie.-,ue obedienti;e obslriugoutur, non solum in rel)U3 ad fideui et mores, sed etiam in iis quœ ad discipliuam et regimeu Ecclesiae per totum orbem diffuste, pertinent; ita ut custoditacum Romano Pontificc tam (•ommunioui3,quam ejusdem tidei professiouis uuilate, Ecclesia Ciu'isti sit anus grex, sub uno summo paatore. ConslUutio dugmalica de 1{ ornano PonUfice, cap. m.

DE LA CONSTITDTION DK L'ÉGLISE. 61

être admise par le libéralisme, mais non pas par ceux qui ont foi en la promesse du Christ : « Les portes de Tenfer ne prévaudront pas contre elle. » Nous avons démontré plus haut (Art. II, § 4), que TËglise est universelle au point de vue du temps. Nous prouverons plus loin, que Jésus-Christ a réellement donné à son Eglise la forme monarchique.

56. — Il nous semble préférable de noter ici que la monarchie de l'Église est bien différente de celle des Etats jtolitiques. Dans ceux-ci le monarque est tel en vertu d'un droit de propriété. Dans l'Église, le monarque est tel par délégation. Le monarque, le roi de ce royaume de l'Église est à proprement parler Jésus-Christ ; le Pape est son Vicaire. Il n'est pas roi, mais vice-roi. Par conséquent, il a la plénitude du pouvoir, oui, mais dans un sens relatif et non pas absolu. Ses pouvoirs n'ont pas la même extension que ceux de Jésus-Christ. Cependant les pouvoirs du Pape s'étendent aussi loin que ceux de Jesus-Christ,au point de vue de ceux que Jésus-Christ a daigné conférer à son Église. Celle-ci, en effet, n'a aucun pouvoir qui ne soit formellement ou éminemment aux mains du Pape. Dans les Etats politiques, le monarque peut consentir à des changements de gouvernement, et aliéner ne fût-ce qu'une portion de ses droits, comme la chose a eu lieu pour la plupart des monarchies actuelles qui d'absolues sont devenues représentatives, c'est-à-dire nominales plutôt que jéelles. Dans l'Eglise, au contraire, le monarque, c'est-àdire le Pape, ne peut ni faire, ni permettre de changement d'aucune sorte dans la constitution de l'Église, ni aliéner ou amoindrir aucun des droits qu'il a reçus de Jésus^ Christ. Il doit au contraire, les transmettre intégralement à son successeur.

Pareillement, il ne peut changer un iota à la loi que Jesus-Christ a donnée à son Église, ni diminuer ou augmenter le nombre des sacrements, ni abolir la pratique des conseils évangéliques. Dans les États politiques, les

gouverneurs des provinces ue sont pns des princes, mais des délégués du prince, ils adminlslrent en son nom la chose publique. Dans TEglise, les évêques ne sont pas les vicares du Pape, mais de véritables princes dans leurs diocèses; ils régissent les fidèles au nom de Jésus-Christ, tout en conservant la subordination au Pape, évêque de l'Eglise tout entière, Episcopus Ecclesiœ catholicœ. Au sein des conciles œcuméniques, ils sont de véritables juges, bien que leur vote n'ait pas de valeur, s'il n'est confirmé par celui du Pape. « La charge pastorale, ou l'épiscopat est unique. Elle se résume, il est vrai, dans le Pontife romain comme en son chef, mais elle se répand néanmoins de lui, en vertu d'une ordination divine, surles pasteurs parliculiers. Chacun de ceuY-ci en détient une partie in solidum, c'est-à-dire sans division ni scission (1). » ■

Cette organisation des pouvoirs, on le voit, constitue une véritable monarchie, par la raison que le pouvoir suprême vis-à-vis du corps social tout entier réside en un «seul. Mais elle es! une monarchie différente des autres, unique dans son genre, établie d'après un idéal divin qui n'est réalisé que dans l'Église seule. La féodalité a voulu l'imiter d'une certaine facon. Mais, son échec a prouvé qu'on ne saurait espérer des forces de la nature, ce que l'influence de la grâce est seule capable de réaliser.

La forme monarchi(|ue, telle qu'elle est dans l'Église, ne saurait se maintenir, ni produire ses fruits, si ce n'est en vertu d'une assistance constante et spéciale de Dieu, laquelle n'a été garantie qu'à TÉglise seule.

(I) Epi^îcopatas uuns est, cuju? a siogulis iu soliluiu pars teiietur. S. Cypnan, de Luitate Ecolesiie.

Conveuaiices Ihéologiques.

58, — Les théologiens allèguent de nombreuses raisons pour démontrer que le gouvernement de l'Eglise devait être monarchique. Saint Thomas en presente qualie que nous allons essayer de développer. Bien que les peuples, dit-il, soient distincts, à raison des différentes régions et des différents Etats, ils forment néanmoins une seule Église universelle et un seul peuple chrétien. Donc de même qu'il faut que chaque peuple particulier appartenant à une Eglise particulière ait son évêque, la chrétienté tout entière doit, elle aussi, avoir un chef qui régisse l'Eglise universelle (1) Cet argument est fourni on le voit, par l'unité de TEglise. L'Eglise est une: donc il lui faut un seul chef. Ezéchiel contemplant en esprit la future Eglise de Jésus-Christ, a prononcé ces mots prophétiques: « Voici ce que dit le Seigneur-Dieu. Voici que je prendrai les enfants d'Israël du milieu d(;s nations vers lesquelles ils sont allés; je les réunirai de toutes parts, et je les ramènerai à leur contrée. Et je ferai d'eux une seule nation, en la terre, dans les montagnes d'Israël ; et il y aura un seul roi qui commandera à tous, et dorénavant ils ne seront plus deux peuples, ils ne seront plus partages en deuxroyaumes... Et mon serviteur David régnera sur eux, et il y aura peureux tous un seul pasteur 1,2).') Ces enfants d'Israël à réunir de toutes parts, pour

(1) Qiiamvis populi distiiiguantiir per diversas diri?ceses et civitates; tauieii sicut est una Ecclesia, ita oportet esse uuum populum christiaiiiim. Sicut igitur iu uno speciali populo uuius Ecclesiae requii-itur uuus cpiscopus, qui sit totius populi caput; ita iu toto populo chrisliauo rcquiiitur quod uuus sit totius Ecclesia; caput. Coìtlra GeatUes, lib. iv, cap "G.

(2) Hœc dicit DoaiiDus Deus : Ecce ego assumaiii tilios Israel de medio ualiouuiu ad quas ahieruut ; et congregabo eos uudiqua et adducam eos

formerun seul peuple et un seul royaume, ce sont les fidèles. Ce mystérieux David, n'est autre que le Christ qui les a réunis pour former son Église. Cette Église, il la régit par le ministère d'un seul pasteur qu'il a laissé pour la gouverner à sa place. Si elle n'avait pas, pendant sa durée icibas, un seul pasteur visible, elle ne serait pas l'Église prévue par le prophète. Elle ne serait donc pas l'Eglise de Jésus-Christ.

59. — En second lieu : l'unité de l'Église requiert que tous les croyants professent identiquement la même foi. Or, en matière de foi, il s'élève différentes questions qui pourraient amener des divergences en fait de croyance, et ces divergences scindent l'Église. Pour obvier à une scission pareille, il faut que la sentence d'un seul tranche la controverse. Donc, pour maintenir l'unité de croyance parmi les fidèles, il faut l'autorité d'un seul qui soit supérieur à tous, en sa qualité de juge sans appel (1). Le concile général ne saurait parer à cette exigence. Le conciliabule de Rimini et le brigandage d'Ephèse, pour ne ' citer que ces exemples, montrent assez ce que valent les conciles indépendamment du Pape. En outre, la tenue des conciles offre de graves difficultés et ils sont exposés à des divergences d'opinion, au milieu desquelles il serait très souvent difficile, sans l'intervention du Pape, de discerner la vérité avec une entière sécurité.

60. — En troisième lieu : l'Église, dit saint Thomas, en sa qualité d'œuvre immédiate de Dieu, doit être organisée de la façon la plus parfaite, comme société. Or, ajoute le

ad humuiu suaiu. Rt faciam eos iu geutem imam in terra, in montibus Isi'aël, et rex erit omniims iinperans, et non eruut ultra daae geutes, uec dividentur amplius iu duo regna. Et servus meus David rex super eos, et pastor unus erit omnium eorum. Ezech. xxxvu, 21-24.

(1) Ad unitatem Ecclesiœ requiritur quod omnes fidèles in fide couveuiant. Circa ea vero quae fidei suut, coutiugit quaestioues moveri; per diversitatem autem senteutiarum divideretur Ecclesia, nisi in uuitat^• per uuius seutentiam conservaretur. Exigilur ergo ad unitatem Ecclesiae couservandam quod sit imus qui toti Ecclesiae praesil . Contra UeiUit. lili. IV, cap. 7G.

DE LA CONSTITUTIOrî DE L'ÉGLISE. 63

saint Docteur, la meilleure forme de gouvernement est celle où la multitude est régie par la suprême autorité d'un seul. Celte assertion est suffisammentdómontrée par la considération de la fin sociale qui est la paix et l'union entre les citoyens. Mais cette fin est plus aisée à réaliser sous le gouvernement d'un seul que sous celui de plusieurs. L'unité, en effet, est la source de l'union ; plus cette unité sera parfaite et plus l'union sera certaine et parfaite à son tour (1). Or, l'unité en elle-même, c'est-à-dire la personne physique, est, sans contredit, plus parfaite que l'unité accidentelle qui esl celle de la personne morale, c'est-àdire que l'unité résultant de plusieurs personnes réunies en une assemblée ou en un sénat. Cette manière de voir est confirmée avec une grande force, par le discours même que Jésus-Christ a tenu à la dernière Cène. Il s'y montre, en effet, tout spécialement préoccupé de l'union parfaite qui doit exister parmi les fidèles : Ut sinl tiniim, sicut et nos unum sumus (âj. Il était donc convenable que Jésus-Christ donnât à ses fidèles la forme de gouvernement la plus apte à produire et à maintenir celte union. Or, cette forme est la monarchie.

Cl. — Finalement, l'Église militante est formée sur le modèle de l'Église triomphante. L'apôtre saint Jean a vu dans l'Apoealypse la Jérusalem nouvelle comme une cité descendue du ciel. Or, un seul monarque préside à l'Église triomphante, et ce monarque est celui qui règne sur l'univers entier, c'est-à-dire Dieu. Aussi est-il écrit : « lis seront son peuple et Dieu lui-même sera leur Dieu {Apoc. XXI. 3). Donc, au sein de l'Église militante, un seul chef préside à tous (3). Cette conséquence est d'autant mieux

(1) Optimum regimeu multitiidiuis est ut regatur per mium • quod patet ex fiue regiminis, qui est pax. Pax euim et unitas subditoi lim eM tiuis regeutis. Lmtatis autem congruentior causa est uuus, quam multi -Mauifestmu est igitur regimen Ecclesia sic esse dispositum, ut uuus toti Ecclesia; prœsit. Ibid.

(2) Joann. xvii, 21.

(3) Ecclesia militaiis ex Iriumphaute Ecclesia per similitudiuem derivamr. Lude et Juàuues iu Apoculypsi vidit uovam Jérusalem desceu-

ee LE nnoiT public ecclésiastique.

fondée en raison que l'Eglise militante n'est pas une Eglise differente de TEgiise triompliante. C'est la même Eglise, mais placée dans une situation dilï'érenle. L'Eglise militante est comme le vestibule de l'J^^glise triomphante. Aussi, saint Paul écrivant aux (idoles entrés dans la première, leur dit-il qu'ils se sont rapprochés de la seconde (1), Les deux Eglises ne peuvent donc pas dilFjrer dans la forme de leur gouvernement. Il convient que l'une soit aussi bien monarchique que l'autre, c'est-à-dire gouvernée par un seul. C'est Jesus-Christ en personne qui règne sur l'Eglise triomphante, c'est encore Jésus-Christ qui règne sur l'Eglise militante, mais par l'intermédiaire de son Yicaire.

62, — Et qu'on ne dise pas que Jésus-Christ suffit seul, même pour l'Eglise d'ici bas. JX'est-ce pas Jcsus-Christ qui opère dans les sacrements ? N'est-ce pas lui qui baptise, qui remet les pèches, qui, en sa qualité de prêtre, consacre tous les jours son corps sur les autels? Et néanmoins, devant soustraire sa présence corporelle à ses fidèles, il a choisi des ministres chargés de leur dispenser ces bienfaits. Pour le même motif, il a dû confier à quelqu'un le soin de le remplacer dans le gouvernement de son Egl.se (i).

(leutem de cœlo, et Moysi dictum est qiiod faceret ornuia secimdum e.rtuipl ir ei iu uioute uiuustraluai. lu triumphauti aiitem Ecclesia uuiis praesidct, qai picesidet iu toto uuivdiso, sciLcet Deus. DicUur euim : Ipsi populus ejus eruiit, et ipse Deus cum eis eril eorum Deus (.4/»oc. xxi, 3). Eiyo et iu Ecclesia mditaute uuus est, qui prœsidet uuiversis. CoiUra GenUie», liLi. vi, cap. 76.

(1) AccessisLis ad biou inontem et civitatem Dei viveutis, Jérusalem cœlesteui, et iiiultorum millium auj,aloruui tVequeutiauj ; et Eccïesiam primiiivûi'um, qui coiiSciipli suuL iu cœlis. hcbr. xii, 22, 23.

(2) Si quis aulem dicat quod uuum caput et uuus pastor est Christus qui est uuus ipsius Ecclesia; spousus, uou sufticieuter respoudet. Mauii'csluui est euiui quod ornuia Ecclesiastica saciameuta ipse Christus perticit; ipsa euim est qui J)apt:zat, ipse est qui peccati remittit, ipse est veru? sicerdos qui se olilulit iu ara crucis, et cujus virtute corpuS ejus iu aitali quotidie cousecratur; tt tum^u quia corporaliter uou cuoi ouiiiibus Ijdelilius priPseutialiler erat futurus, tlogit uiiLiisLros per quos praeddicta lidelibus dispeusaret. Eudem ijiîitur ratioue, quia praeseutiaui

Toutes ces raisons, sont, sans contredit, assez solides. A noire avis, néanmoins, elles ne dépassent pas la convenance. Jésus-Christ, en eiïet, aurait pu, absolument parlant, agir d'une façon différente, et suppléer par sa grâce à Tinperfection de la forme de gouvernement qu'il aurait donnée à son Eglise.

La volouté de Jésus-Christ éuoucée eu termes exprès.

03. — La preuve véritablement démonstrative, celle qui tranche toiitesles liésilations, en cette mati.Ve, c'est la volonté de Jesus-Christ, qui en sa qualité de fondateur unique de celte société de l'Eglise, a pu lui donner la forme de gouvernement qu'il préférait. Celle volonté de Jésus- Christ, on la retrouve à deux sources : dans îe saint Evangile qui a enregistre les actes du Chi'ist, et dans le témoignage de l'Eglise qui doit savoir, sans contredit, quelle forme sociale son divin fondateur lui adonnée. Or, Jesus- Chrisl pariant de ses tidèles, qu'il désigne fréquemment paj' le nom de brebis, et déclarant qu'il en a d'aulres à recueillir en dehors du peuple juif, prononce qu'elles formeraient toutes un seul bercail sous la garde d'un seul pasteur (1). 0,", quel est ce pasteur? C'est incontestablement Jesus- Christ qui s'appelle lui-même de la sorte, en Tendroit que nous citons (2). Mais, Jesus-Christ ne devait pas rester sur la terre. En quittant celle-ci, il devait y laisser quelqu'un pour tenir sa place ; le bercail du Christ ici bas est

corporalein erat Ecclesiae sublractnrus, oportuit ut alicui committaret. qui loco sui uuiversalis EcciesicB geierel curoin. Lonli a Ueutil, lii». iv, cap. IG.

(1) l-l alias oves habeo quv, non snnt ex hue ovili, et ili is opi^rtet rue adducere, et voccm meam audieut; et tiet uuuiu ovile et uiius pastor. Joann. x, IC.

(2) Ego sum Pastor bonus. Ibid., 14.

visible et un bercail visible requiert un pasteur visible. Un bercail sans pasteur serait une absurdité. Mais ce pasteur que Jésus-Christ a laissé en son lieu et place, quel est-il? Celui, évidemment, auquel il a dit, un peu avant son Ascension au ciel : « Pais mes agneaux, pais mes brebis, » c'est-à-dire saint Pierre.

11 est à remarquer, à ce propos, que Ji'.sus-Christ, en adressant ces paroles à Pierre, eut soin, pour éviter toute équivoque, de le distinguer clairement des autres apôtres, en lui posant par trois fois cette question : « Simon, (ils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-là (1) ?» Et par trois fois, il réplique à la triple rviponse de l'humble apôtre : « Seigneur, vous savez que je vous aime, » en lui confiant la charge de paître ses agneaux et ses brebis. C'est donc à Pierre seul que Jésus-Christ a confié l'Église entière, c'està-dire tous ceux qui appartiendraient à son bercail, avec mission de les gouverner en son nom. Il a donc institué l'Église sous la forme d'une monarchie, puisqu'il l'a placée sous le gouvernement d'un seul.

64. — En l'endroit que nous venons de citer, Jésus- Christ conféra à Pieire ce qu'il lui avait déjà promis précédemment, lorsque saint Pierre avait fait cette magnifique confession : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant. » Jésus lui avait répondu en retour : « Bienheureux es-tu, Simon fils de Jonas, parce que ce n'est ni la chair ni le sang qui t'a révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je le le dis à toi, que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Et je te donnerai les clés du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la

(i) Cam ergo praudi.sseut dicit Siuioni Petro Jesus : Simon Joauuis, diligis me plus liis? Dicit ei : Etiam, Domiuf, tu scis quia amo te. Dicit ei : Pasce agnos meos. Dicit ei itei'um : Simou Joauuis, diligis me? Ait illi : Etiam, Douiiue, tu scis quia amo te. Dicit ei : Pasce agnos meos. Dicit ei tertio : Simou Joauuis, amas me? Coutristatus est Petrus quia dixit ei tertio amas me ? et dixit ei : Domiue tu omuia uosti : tu scis quia amo te. Dixit ei : Pasce oves meas. Joann. xxi, 13, 16, 17.

terre, sera lié également au ciel, et tout ce que tu délieras surla terre, sera aussi délié dans le ciel (1). »

Était-il possible de déclarer en des termes plus expressifs la plénitude du pouvoir que Jésus-Christ promettait à Pierre et à Pierre seul? Toi, fils de Jonas, à toi dont j'ai transformé le nom en celui de Pierre : « tu t'appelleras Céphas, ce qui signifie Pierre (i). »

Le saint apôtre est, en cet endroit, établi en qualité de fondement, de colonne, de soutien de l'Eglise. Or, c'est là précisément la fonction du père au sein de la famille, du prince au sein de la société civile. Les clés du royaume des cieux , c'est-à-dire de l'Église que Jésus-Christ désigne fréquemment sous ce nom, lui sont promises. Or, les clés sont le symbole, on le sait, de la souveraineté et du domaine. La présentation des clés indique la reddition d'une ville à un conquérant. Lorsque Jésus-Christ voulut exprimer à saint Jean, dans la vision de celui-ci sa puissance absolue sur la mort et sur l'enfer, il se servit de la même figure des clés (3).

En outre, Jésus-Christ attribue à saint Pierre la faculté absolue de lier et de délier quoi que ce soit, quodciimque ; en d'autres termes, il lui confère le pouvoir d'obliger par des lois et déjuger toute cause quelconque, ce qui entraîne évidemment le pouvoir législatif, judiciaire et exécutif. Mais tout cela n'exprime-t-il pas la véritable idée d'un prince suprême, d'un monarque?

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