‹ Le droit public de l'égliseChapitre 8 sur 39 · Aussi, telle a été, telle est encore la tradition · texte numérisé non relu

Aussi, telle a été, telle est encore la tradition

(1) IlespoDilens Simou Petrus clixit : Tn es Clnistns filius Dei vivi. Hespoudens autem Jesus clixit ei: Beatus es, Simon Bar-Jona, quia caro et sauguis uoii revelavit tijji, sed Pater meus qui in cœlis est. Et ego dico tibi quia tu es Petrus et super hanc petram fedificabo Ecclesiam meam, et porlte inferi non prœvalebunt adversus eam. Et libi dalxi claves regni cœlorum; et quodcumque ligaveris super terram eriL ligatuni et in cœlis, et quodcumque solveris super terram erit solutum el in coîlis. Matth. xvi, 16-19,

(2) Tu vocaberis Cephas quod interpretatur Petrus. Joann. I, 42. C'i) Ego sum primus et novissimus. . . et liabeo claves mortis et

iuferui. Apocal. i, 17, 18.

constante de l'Eglise, comme le prouvent surabondamment les théologiens par l'examen de la doctrine des Pères, des Conciles et des docteurs catholiques. Nous nous contenterons, pour notre part, de ne citer que quelques-uns de ces témoignages. « Les hérésies n'ont pas eu d'autre cause, écrit saint Cyprien, les schismes n'ont . surgi que parce qu'on n'a pas obéi au prêtre de Dieu, parce qu'on n'a pas songé qu'il y a dans l'Eglise, au temps présent, un seul prêtre, un seul juge qui tient la place du Christ (1). » S. Jérôme dit de son côté : « Un seul est choisi parmi les douze, pour que la conslitution d'un chef enlevât toute occasion d'un schisme (2). » Saint Léon le Grand s'exprime en ces termes : « Dans le monde entier. Piene seul est élu, pour être placé à la tHe de toutes les nations appelées à la foi, de tous les rpôlri'S, de tous les Pères de l'Église. Bien qu'au sein du peuple de Dieu il y ait des pi'ètres et des pasteurs en grand nombre, il se fait ainsi que Pierre rrg't à proprement parler tous ceux que le Christ régit principalenient (3). » Pour ce qui est des Conciles, nous ne citerouo que le seul Concile de Florence, qui, dans son décret d'union souscrit d'un commun accord par les Grecs et les Latins, dit en termes exprès : « Nous définissons que le Saint Si.ège apostolique et le pontife romain ont la primauté sur le monde entier; que le pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, prince des apôtres, qu'il est le vicaii-e de Jésus-Christ, le chef de toute l'Église, le père et le docteur

(1) Neque aliiiude hœreses obort* sunt, aut nata ?chismata, qnam inde quud sacerdoti Dei non obtempt^ratiir, uec ubus iu Ecclesia ad terapui sacerdos, et ad tempus judex, vice Christi cogitatur. Cyprian. Episl. ìj'ó.

(2) lutar duodeciui uuus eligitur, ut, capite constituto, schismatis tolleretiir occasio. Ilierony., i\h. r, contra JoviuiaDum.

(3) De tolo muudo uuus Petrus eli;jitur, qui universariim gentium vocatiuui et omnibus .\postolis, cuuclœque Ecclesiae Patiibus piaeponatur : ul quauivis iu populo Dei uiulti sacerdolts siut, ujultique pastores, oujues tamen proprie rogat Petrus, quos priucipaliter régit Christus. Leo M. Serm. 111, de Assumptioue sua.

de tous les chrétiens : et que Notre-Seigncur Jésus- Chiisl lui a donné, dans le bienheureux Pieire, le plein pouvoir de régir et de gouverner l'Église universelle, ainsi qu'il est contenu dans les actes mômes des Concihîs œcuméniques et dans les sacrés Canons (1). » Il serait superllu de parler des docteurs, tant l'enseignement de l'Église en cette matière est évident.

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La monarchie de l'Église peut elle être dite méluugée d'aristocratie et de démocratie ?

60. — Bien que les écrivains catholiques so'ent tous d'accord à admettre que la forme du gouvernement de l'Église est monarchique, ils ne le sont pas néanmoins sur le |)olnt de savoir, si TÉglise e^t une monarchie pure et simple ou une monarchie fé/?ipérée par quelqu'une des deux autres formes. Dans une matière d'une importance aussi capitale, Texactitudc non seulement quant au fond, mais l'exactitude même du langige est indispensable. Car, au dire de Saint Jérôme, l'inexactitude du langage produit souvent

(1) Defioimus S. .\postolicam sedem et Romanum PoutiHcem iu nuiversiim orbem hibere primatum, et Poutificam Uomaaum successorem esse B. i^etri priucipis apostolorum et veruai Chrisli vicariiim, lotiiisqiie E;clesiae cap it, et omuiiim christiaocrum pitrem et docforem ex stère, et ipsi B. Petro pasceodi, regeudi et guberuaudi universam Ecclesiam a Domino Jesii diritto pleuam potestatem d dam esse; qnfiixaihnodu'ii eliam iu gestis œcumeui^orum Couciliorum et iu sac:i3 cinouibus coutiuetur.

Do^llinger a pi-étendii que par les mots quemnd modani etinm, le Concile avait eu l'iulentioa, non pis de confirmer, mais de modifier cf qu'il avait dit dans le menil)re de plirase précédent. Pour étayer sou assertiou, il a mis eu avant la bourde q le le décret du Concile ne portait pas iiueinadiiioilinn el'ani, m ils qni-inudiiioduin et. .Mallieureiisemenl pour lui, nous l'avon^ confondu par la producLiou des textes oi'igj/(U«j", contresignés delà signature autographe de l'empei'eLU'gtiec Jean l'aléologue et de celle du pape Eugène IV. Ces textes originaux portent tous iuvari djlement le que rtiidniodum eliam. Voir mon Spicilègi vol. 1, partie théologique, ch. 3, du Concile du Valican, a. 3.

l'hérésie; ex verbis inordinate prolatis incurritur hœresis. Écartons d'abord ceux qu'on appelle les Gallicans. La monarchie de l'Église, d'après eux, était tellement tempérée d'aristocratie, qu'elle s'en trouvait, en définitive, détruite. Lorsqu'ils prétendaient, en effet, que le concile était supérieur au pape et que les décisions pontificales n'étaient irreformables qu'après l'assentiment de l'Église ou de l'Épiscopat, c'était en définitive à lÉpiscopat et non pas au pape qu'ils remettaient l'autorité suprême. Or, c'était là de l'aristocratie, et non de la monarchie. Mais, cette opinion ne peut plus se soutenir, après les définilions solennelles du concile du Vatican, qui a condamné les deux propositions susdites. Elle est une hérésie (1). Mais, en dehors de cette erreur, il s'est trouvé parmi les catholiques des écrivains de grande piété et de grand savoir qui ont été d'avis que la monarchie de l'Église doit être dite tempérée d'aristocratie, dans ce sens que les évèques, de par l'institution divine, participent au gouvernement de l'Église. Le canoniste Zallinger, par exemple

(1) A recto veritatis tramile aberrant qui a f finn aut lìcere abjudiciis Ilouianorum Pontificum ad œcumenicum Conciliiini, tanquam ad auctoritatem Romano Pontifice superiorem appellare. Si quis itaque dixerit Homanum Pontificem habere tantummodo officium iuspectionis vel directionis, non autem pleuam et supremam potestatem jurisdicLioni? in universara Ecclesiaiu, non solum in rebus quœ ad fidem et mores, sed etiam in iis qiife ad disciplinam et r'egimen Ecclesise per totum orbem diffusœ, pertinent, aut eum habere tantum potiores partes, non vero totam plenitudiuem liujus supreuiie potestatis, aut hanc ejus potestatem non esse ordinariam et immediatam sive in omnes et siii- Hulas Ecclesias, sive in omnes et singulos pastores et fidèles : auathema sit. Constilutio dogmatica de Romano Pontifice, cap. m.

Docemus et diviuitus révélai um dogma esse definimus : Romanum Pontificem cum ex cathedra loquitur, id estcum omnium christianorum pasturis et doctoris nuuiere fuugeus, pro suprema sua apostolica auctoritate doctriuam de fide vel moribus, ah universa Ecclesia teuendam définit, per assisteutiam diviuam ipsi in beato Petro promissam ea iiifallibilitate pollere qua divinus Redemptor Ecclesiam suam in definienda doctrina de fide vel moribus instructam esse voluit; ideoque ejusmodi Romani Pontificis defiuitiones ex sese non autem ex consensu Ecclesiii! irret'oruiablles esse. Si quis autem buie uo^rje definilioni contradicere, quod Deus averlat, pi'tesumpserit, auathema sit. Ibid., cap. IV.

s'exprime en ces termes : « A rigoureusement parler, la forme de l'État ecclésiastique ne peut être appelée purement monarchique; puisque le pouvoir gouvernemental des évoques est d'institution divine, le pape ne peut être appelé le dépositaire unique de ce pouvoir, comme lu chose a lieu dans toute monarchie proprement dite (1). » Mais, il est aisé de voir que celte facon de parler de l'éminent jurisconsulte provient de ce qu'il confond Tautorité gouvernementale proprement dite, avec Tautorile suprême et complète. Il est très vrai que l'autorité gouvernementale de rÉglise est aussi aux mains des évêques; mais l'autorité suprême et plénière réside dans le pape seul. Cela suffît pour constituer une monarchie pure et simple. La forme du gouvernement, en effet, se détermine par le sujet dépositaire non pas d'une autorité quelconque, mais de l'autorité suprême. La raison de cette confusion où l'illustre canoniste est tombé, c'est que la monarchie de l'Eglise, comme nous l'avons noté précédemment est d'un caractère tout spécial. Elle est non pas identique, mais analogue (2) aux monarchies politiques. Dans ces dernières, il ne saurait y avoir de véritables princes subalternes, sans que le pouvoir du souverain soit par là même limité , sans que le dépositaire de l'autorité suprême et plénière soit, par conséquent, modifîé . 11 n'en est pas de même au sein de l'Église. Quoique chez elle les evêques ne soient pas simplement des ministres du pape, mais de véritables princes spirituels de leurs diocèses qu'ils administrent comme leur bien, ils n'en sont pas moins entièrement soumis au pape, et ne limitent, en aucune façon, son pouvoir suprême, môme quand ils sont reunis en concile général. Dans cette circonstance, ils siègent sans contredit au concile, en qualité de législateurs

(1) Jus ecclesiasticiim publicum, lib. v, cap. 5, g JJlli.

(2) Les scholasti |ues disent : ujn univoca sfil analoga. Tette iuipurtaate distinction reviendra encore plus tard dans la question des cou^ cordais.

7i I.E nnOIÏ PUBLIC ECCLÉSIASTIQUE.

et de juges et exercent de concert avec le pape le pouvoir suprême à l'égard de TÉglise entière. Mais, en premier lieu, ils ne l'exercent que surl'appeldu pape, sans l'intimation et la convocation duquel aucun concile n'est légitime. En second lieu, ils di'pendent du pape, dans l'exercice de Tautorité, puisqu'aucune de leurs décisions n'a de valeur sans son approbation. Le pape au contraire peut dissoudre leur réunion et terminer la cause, sans leur concours. « C'est à Pierre, à part des autres, ('remarque Alvarez Pelagiiis h propos du qiiodcumque ligaveris et du quœcumque alligaverins), et non pas aux autres. Pierre écarté, que ces mots ont été dits, pour qu"il soit bien entendu que ce pouvoir dont il s'agit a été conféré de la sorte : que les autres ne peuvent rien sans lui, mais que lui peut tout sans les autres, en vertu d'un privilège accordé à lui seul, on vertu de la plénitude du pouvoir aux termes duquel il peut lier les autres, sans pouvoir être lié par eux (Ì). » Le Pape est donc un vrai monarque, dont l'autorité n'est point tempérée par les évoques. Ce tempi'rament pourrait beaucoup moins encore être apporté par le peuple. Ce dernier n'a aucune autorité dans l'Eglise; il constitue uniquement la multitude à rJ'gir et à gouverner.

67. — Bellarmin, après avoir démontré que la monarchie simple est la forme de gouvernement la jilus parfaite, déclare néanmoins que, vu l'inlirmité humaine, la forme mixte est plus utile, dans la pratique, que les trois formes simples. 11 comprend la forme mixte dans ce sens que, outre l'autorité suprême du prince, il y ait le concours de l'aristocratie au gouvernement et même une légère participation du peuple dont certains membres , en petit nombre, puissent être admis au pouvoir. Il croit d^-couviir une image de ce système au sein de l'Eglise, oU il y ala monarchie du souverain Pontife, l'aristocratie des évêques et une certaine démocratie consistant en ceci que

^1) De plauctu Ecclesiae.

chaque fidèle, pourvu qu'il s'en rende digne, peut monter à tous les degrés de la hiérarchie, sans en excepter le degré le plus élevé (1).

Mais, s'il est vrai que l'Eglise nous offre ces trois choses, à savoir : la monarchie du Pape, l'aristocratie des évêques qui régissent leurs diocèses sous sa direction en qualité de princes proprement dits, et la démocratie des fidèles, dans ce sens que nul d'entre eux n'est exclu de la faculté d'entrer dans le clergé, de devenir évoque ou même pape; ce système cependant ne constitue pas une forme mixte de gouvernement. La simplicité ou la composition de la forme gouvernementale se determino, comme nous l'avons dit, d'après la qualité du sujet en qui réside le pouvoir suprême. Or, dans l'Eglise, celui-ci est intégralement aux mains du Pape. Le fait que les évêques sont de vrais princes dans leurs diocèses ne restreint en aucune manière le plein pouvoir du Pape, par rapport à l'Eglise, que l'on prenne celle-ci dans sa totalité ou dans chacune de ses parties. Que chaque fidèle puisse, quand il en a le mérite, être admis à toutes les dignités ecclésiastiques, quelles qu'elles soient, c'est là non pas une participation au principal sacré, mais une aptitude éloignée à l'acquérir.

68. — Nous disons donc pour conclure, qu'à proprement parler, le gouvernement de l'Église est la monarchie pure et simple. Cette monarchie est, de par l'institution divine des évêques, exemple du défaut de ne pas pourvoir suffisamment aux soins que requièrent les ditferents peuples. Grâce à l'assistance constante que le Christ prête à son Vicaire, elle est à l'ahii du danger de dégénérer en tyrannie. La divine charito requise, comme garantie: dU'ujis me plus his, et que Jésus-Christ a, sans contredit, concédée à son Vicaire, fait que non seulement en

(1) Dellarminus. Coulrov., t. 1: de Romana Poutiflce, liL. I, c. m et cap. V.

droity mais en fait, toute l'action du souverain Pontife, comme tel, a toujours pour but final le bien des fidèles. « Tout est à vous, soit Paul, soit Apollon, soit Céphas (1) . » Les divergences d'opinion des théologiens, dans la question qui nous occupe, proviennent de l'idée qu'ils se forment de la monarchie pure et simple. Ils s'arrêtent à considérer l'exercice du pouvoir gouvernemental, et non pas le sujet en qui réside la plénitude du pouvoir suprême. Il s'ensuit que la plupart du temps il ne s'agit que d une simple question de mots.

(1) Omnia vestra siiut, sive Paulas, sive Apollo, sive Cephas. 1 Corinili. m, 22.

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