Ces écoles peuvent se classer comme suit
a) Ecoles professionnelles spéciales, comme les écoles d'agriculture et de métiers. Elle sont surtout destinées au quatrième ordre et ne sont pour les autres qu'un passage. Tous ceux de cet ordre n'en ont même pas besoin ; l'école populaire et l'enseignement de la vie pratique suffisent à beaucoup.
b) Ecoles supérieures techniques destinées aux classes qui, sans avoir besoin d'une culture achevée, doivent approfondir les sciences qui mènent à la grande industrie, aux professions techniques et aux beaux-arts. Elles conviennent surtout au tiersétat, et préparent des ingénieurs, des architectes, des fabricants, des artistes.
c) Ecoles savantes, préparatoires des études universitaires,
destinées h la jeunesse qui doit former Taristocratie de la culture classique.
3. Les écoles professionnelles (litt. a), se distinguent des deux autres genres en ce que leur enseignement ne pénètre pas dans le sanctuaire de la science, mais s'arrêtant au seuil, cherche surtout le pratique et l'utile. Comme les écoles populaires dont elles sont la fleur, leur enseignement doit demeurer simple et facilement intelligible. Les langues étrangères n*y seront ensei* gnées qu'à ceux qui y passent pour s'élever plus haut; la langue nationale suffit à la masse de leurs élèves. Une discipline sévère est encore ici indispensable ; les méthodes et le but doivent être prescrits ; les cours obligatoires. Ces écoles doivent montrer avec avantage ce que la vie pratique apprendrait au jeune laboureur ou à l'apprenti, et les mettre, par une méthode plus réfléchie, sur la voie de progrès nouveaux.
4. Les écoles techjnques ont une plus grande importance scientifique ou artistique.
Les écoles réaies ou polytechniques enseignent surtout les mathématiques^ la géométrie, la physique et la chimie, et leurs applications à la mécanique et à l'industrie ; elles y ajoutent Vhistoire des arts , l'étude du dessin , les langues vivantes. Sans perdre de vue leur but pratique, elles doivent initier leurs élèves aux arcanes de la science, leur donner une éducation scientifique complète^ qui leur permette de choisir avec assurance entre les diverses carrières qu'elles préparent. C'est ensuite seulement et dans la vie pratique que celles-ci se séparent.
Les classes supérieures de ces établissements se rapprochent de l'Université. Leurs grands élèves peuvent être affranchis de maintes prescriptions disciplinaires et d'autorité, et jouir de la liberté académique. Seulement, qu'on ne compromette pas le but à atteindre. L'enseignement des mathématiques, entre autres, doit nécessairement respecter une série. Le maître fera bien de demeurer en contact avec ses élèves en les interrogeant, pour s'assurer qu'ils le suivent. Au reste, plus la matière est scientifique, plus le maître a besoin d'indépendance; aussi ne peut-on plus guère lui imposer les méthodes et les moyens d'enseignement.
Les académies des beaux-arts ont une situation analogue ; seulement la science y cède le premier rang à Texercice pratique de l'art. Elles peuvent aussi, comme l'Ecole des beaux-arts de Paris, être destinées aux jeunes hommes qui ont passé par les écoles techniques.
5. La base de Yécole savante, c'est Yéducation classique, l'enseignement du latin, du grec et de Y histoire. Elle initie ses élèves aux principes de notre civilisation et au noble esprit de l'antiquité, cette belle jeunesse de notre humanité. Elle les promène dans les riches champs de l'histoire, non pour qu'ils y demeurent captifs, mais pour qu'ils aient conscience des progrès accomplis et qu'ils regardent en avant d'un œil ouvert et libre. C'est la main des Grecs et des Romains qui nous a conduits dans le temple des choses de l'intelligence, comme le christianisme nous a élevés dans la religion. La haute culture moderne doit être le miroir de cette double influence universelle.
L'éducation classique a un arôme, un éclat, une noblesse qui en font l'indispensable condition du haut développement de l'esprit.
Sans doute, les écoles savantes, trop exclusivement vouées à l'étude des langues anciennes, sont tombées parfois dans un pédantisme- méthodique qui, sans ouvrir les yeux de l'élève aux trésors du passé, lui enlevait le sens de la vie présente. C'est par un sage progrès que nous voyons aujourd'hui figurer, à côté des langues et de l'histoire anciennes, l'étude approfondie de la langue et de la littérature nationales, même quelque langue étrangère, et donner plus de soin à l'enseignement des mathématiques et de la physique, de l'histoire intermédiaire et contemporaine. On ne devrait pas oublier non plus, pour que l'éducation demeurât harmonique, l'enseignement scientifique du christianisme et de son histoire. Mais évitez qu'une surabondance des matières, fréquente de nos jours, ne surcharge les jeunes têtes. Rachitisme physique, dissipation et énervement de l'esprit, sont les conséquences fréquentes de cet excès.
L'âge des élèves ne permet point encore de leur accorder les libertés académiques. L'impulsion et la surveillance continuelle
des maîtres sont encore nécessaires. La discipline scolaire, tout en ménageant, en réveillant même Tamour-propre , doit être ferme et sans faiblesse. Les matières de l'enseignement seront déterminées avec précision, les cours principaux seront obligatoires. Les gymnases (ou lycées) doivent exercer et forger les jeunes esprits par une émulation continuelle.