‹ Le Droit public romainChapitre 7 sur 53 · IDÉE DU PRINCIPAT · texte numérisé non relu

IDÉE DU PRINCIPAT

c'était sa transformation en maître, en dotnmus, cette dénomination, en particulier avec l'adjectif iioster ou un adjectif semblable, étant dans la langue rigoureuse exclusivement employée par les esclaves et les affranchis pour leur maître présent ou passé. Cependant cette façon de comprendre les rapports du prince avec les autres citoyens se fit, elle aussi, jour de bonne heure. Cela n'a rien de commun avec l'emploi de l'expression domimis fait comme signe de déférence dans les rapports domestiques dès le temps d'Auguste et bientôt après lui d'une manière générale (1) : quand l'empereur est appelé dominus, ce n'est pas en vertu de cet usage du mot propre à la langue courante et banni de la langue écrite (2). De môme que princeps exprime l'égalité théorique de l'empereur et des autres citoyens, dominus exprime sa situation prépondérante et la sujétion de celui qui lui parle ou lui écrit, idée qui apparaît, d'ailleurs, très souvent avec celle de sa divinisation et qu'on mélange souvent avec elle dans l'idée unique du dominus et deus. Le passage terminologique du mot princeps au mot dominus permet de mesurer et de suivre avec la plus grande précision le développement intime qui transforma la monarchie de magistrature supérieure en

(1) Suétone, Aug. 53 : Dominumque se posthac appellari ne a liheris qiddem aut nepotibus suis vel serio vel joco passus est atque hujus modi blandilias etiam inter ipsos prohibuif.. Ce texte montre clairement que l'expression passa abusivement, dans la vie domestique, de la bouche des membres non-libres de la domus, pour lesquels elle était faite, à celle des membres libres, d'abord de ceux en puissance, puis des égaux et même des supérieurs. Même par la suite, cette « flatterie de langage » est surtout restée propre aux relations de famille. Quand elle sort du cercle de la famille, comme, par exemple, lorsque, selon l'habitude indiquée par Senèque, Ep. 3, 1, on appelle domine la personne de sa connaissance dont on a oublié le nom, on le fait en affectant une intimité familiale. Cf. sur cette habitude de langage L. Friedlcender, SiU.en;/esch. Roms, 1, 395 et ss. (tr. fr. 337 et ss.).

(2) Le point de départ est assurément le nn^me pour les relations domestiques et pour celle avec l'empereur : celui qui parle se désigne dans les deux cas comme n'étant pas libre par rapport à celui à qui il s'adresse. Mais il est cependant très différent de le faire en se référant à la puissance du père sur le fils ou à celle du maître sur l'esclave. La pensée qui est au fond de cela est déjà exprimée sans aucune équivoque par Antonin le Pieux {Dif/. 14, 2> 9) : 'Eyili jjLèv xoû îcôa]j,ou xûpioî, ô 5è vôjjloî Trji; ôaXaaTïjç,

pouvoir d'un maître (1). Le développement a pourpoint de départ l'attribution abusive faite de cette dénomination au prince par des tiers; il est achevé lorsque le prince commence à prendre lui-même ce titre comme lui appartenant légalement. Le fondateur du principal Fa repoussé de la manière la plus décisive (2) et Tibère a suivi cet exemple (3); mais il eut déjà à lutter sérieusement contre ceux qui voulaient être plus royalistes que le roi. Lorsque les empereurs se laissèrent donner cette désignation, ainsi que Gains fut le premier à le faire (4), elle devint bientôt constante ; non seulement les empereurs, tels que Gains et Domitien (o) qui considéraient les citoyens comme des sujets, avaient coutume d'être interpellés par ce terme ; mais on a habituellement donné le titre de domimis, en lui parlant, à un prince comme Trajan qui, tout à l'opposition de Uomitien, ne voulait être qu'un princei^s (6). Cependant, on continue pendant un siècle à ne

'^1) Pline, Paneg. 45 : Sois, ut sunt natiira diversa dominatio et pi-incipatus, ita non aliis esse principem gratioreiii, quam qui maxime dominum graventur. c. 55 : Sedetn obtinet principis, ne sit domino locus.

(2) Ovide, Fast. 2, 142 (p. 35, note 3). Suétone, Aug. 53 : Domini appellationem ut maledictum et opprobrium semper exhorruit. Dion, 55, 12. Philon, Leg. ad Gaium 23 (p. 14, note 1). TertuUien, Apolog. 34. Lydus, De mag. 1, 6. De mens. 3, 39.

(3) Tacite, Ann. 2, 87. Suétone, Tib. 27. Dion, 57, 8 (p. 36, note 1).

(4) Victor, Caes. 3 (d'où Epit. 3) : Dominum dici alque insigne regni capiti nectere temptaverat. Philon, Leg. ad Gaium. 17 : ToO àp/ovTo; xpÉTrovro; el; SsCT'irôxTiV. Cf. p. 17, note 3.

(5) P. 17, note 4. Cf. note 6.

(6) Le langage de Pline le Jeune est remarquable à ce point de vue. Quand il parle de Trajan, il n'emploie jamais l'expression dominus, qui est. au contraire, constante pour Domitien {Ep. 4, 11,6; Paneg. 2. 63. 88). Martial déclare également après la mort de Domitien, 10, 71, ne plus vouloir dire dominus deusque et vouloir revenir aux verba priera : Non est liic dominus, sed imperator. Dion Chrysostome. Orat. 1, p. 51. H. appelle Trajan Ôct-ô-t.v oô/ o-w: Twv zkvj^hwj, iW% îJ.T,5è twv oojawv yaipstv xïT^O'Jaîvov. Mais, eu parlant à Trajan, Pline dit pourtant toujours domine, tandis qu'il ne le fait jamais en s'adressant à des particuliers. Dans la correspondance de Fronton, les noms dominus et domina sont ordinairement donnés à lempereur et aux membres de la famille impériale tant par eux-mêmes que par des particuliers et ne le sont f^uère à d'autres personnes exceptions Ad Ant. 2, 1; Ad Ver. 2, 7, p. 134 ; Ad amie. 1, 25 . Dans le procès-verbal dune séance du tribunal impérial de Tan 166 {Dig. 28, 4, 3), Marc Aurèle est aussi interpellé par les mots domine imperator.

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