PREFACE DE L\ TROISIEME EDITION XV
A la veille de la guerre^ un auteur auquel on faisait l'honneur de le prendre au sérieux^ bien qu'assurément il se moquât de ses lecteurs, M. Albert Sorel, se faisait l'apologiste de la violence et prétendait en établir la théorie, son principe et ses limites. Il écrivait par exemple : « Le prolétariat seul peut régénérer le monde, parce qu'il est actuellement la seule classe qui soit armée d'un esprit de guerre et par suite la seule qui soit virile et capable de progrès » (Le mouvement socialiste 1906, p. 168). Un disciple de M. Sorel, M. Edouard Berth, disait : « En face du monde marchand, bourgeois, démocratique, le monde des producteurs se dresse, ramenant V éparpiïlement des choses et des vivants à l'unité permanente de sa volonté de puissance chaque four plus cohérente, plus forte, plus dure parmi l'amollissement général, plus concentré en lui-même parmi le pêle-mêle démocratique « (Le mouvement socialiste 1906, p. 180).
C'est cette classe des producteurs, c'est-à-dire des ouvriers {car pour ces théoriciens, par une erreur singulière, les ouvriers seuls sont des producteurs), c'est cette classe que Sorel et Berth voulaient dresser pleine de haine, de fureur, de force matérielle déchaînée, contre la classe bourgeoise. On prétendait la concentrer tout entière dans une