PREFACE DE LA. TROISIEME EDITION XIX
L'expérience russe parait bien avoir ruiné définitivement la doctrine de la violence et la théorie de l'action directe. Leurs partisans ont été mis en minorité dans le congrès syndicaliste de Lille au mois de juillet dernier. Cependant l'anéantissement de la classe bourgeoise et capitaliste par la classe prolétarienne reste l'objectif essentiel des doctrines syndicalistes. Mais pour l'atteindre on prétend employer un moyen plus subtil et plus efficace que la violence matérielle et l'action directe. Je veux parler de la grève générale^ laquelle en réalité n'est qu'une autre forme de la violence prolétarienne.
Elle aussi, la théorie de la grève générale est à son déclin. Cependant, elle apparaît encore à l'esprit utopiste de quelques intellectuels et à l'âme simple de beaucoup d'ouvriers comme un procédé magique et puissamment efficace de régénération et d'émancipation. M. Sorel, défenseur attitré de toutes les doctrines de violence sous une forme quelconque, a osé écrire que le mythe de la grève générale jouerait pour le monde moderne le même rôle que pour le monde ancien le mythe de la divinité de Jésus-Christ. Celui-ci a régénéré le monde antique ; celui-là régénérera le monde moderne. A ce mythe de la grève générale, on associe la foi au faux