PREFACE DE LA TROISIEME ÉDITION III
V exercice de l'activité de l'État à l'intérieur. Le noble effort qui a été fait pour constituer une société des nations est une manifestation éclatante de cette transformation. Malgré les obstacles qu'elle rencontre^ je ne puis me tenir de croire que le moment n'est pas éloigné où elle deviendra une réalité et fera de grandes choses.
A l'intérieur de chaque pays et particulièrement en France^ les manifestations de tous genres abondent^ qui démontrent cette transformation de l'Etat. Dans son message aux ouvriers américains du 8 septembre i918, le président Wilson disait éloquemment ; « Ceci est une guerre d' émancipation^ et tant qu'elle ne sera pas gagnée les hommes ne pourront nulle part vivre sans crainte et respirer librement en accomplissant leur tâche quotidienne et se dire que les gouvernants sont leurs serviteurs et non pas leurs maîtres. » La guerre a été gagnée ; et maintenant les hommes peuvent se dire que les gouvernants sont leurs serviteurs et non pas leurs maîtres. Mais ils doivent comprendre en même temps qu'eux aussi ont des devoirs et qu'ils n'ont pas de droits ou du moins que, suivant la belle parole d'Auguste Comte que j'ai souvent citée, ils n'ont d'autre droit que celui de faire toujours leurs devoirs.
Cela m'amène à l'autre idée qui a été développée dans ces conférences et sur laquelle il convient de s'arrêter plus longuement.
IV PUKl.VCK DE L\ TIIOISIKME EDITION
Dans la troisième conférence^ j'ai dit qu'en réalité et contrairement à ce que d'aucuns prétendent^ le mouvement syndicaliste n'est point la guerre entreprise par le prolétariat pour écraser la bourgeoisie, pour conquérir les instruments et la direction de la production, qu'il est un mouvement beaucoup plus large, beaucoup plus fécond, beaucoup plus humain, qu'il n'est pas un moyen de dissension et de guerre sociales, mais au contraire un élément puissant de pacification et d'union, qu'il n'est pas une transformation de la seule classe ouvrière, qu'il s'étend à toutes les classes sociales, qu'il tend à h's coordonner en un faisceau harmonique, qu'il faut voir dans le syndicalisme un mouvement tendant à donner une structure juridique définie aux diverses classes sociales, c'est-à-dire aux groupes d'individus déjà unis par la communauté de besogne dans la division du travail social.
Voilà le fait syndicaliste. Mais à côté de lui et distinct de lui, il y a la doctrine syndicaliste. Or, il se trouve que si cette doctrine pri^e en elle-même est un fait social important qu'il faut bien se garder de méconnaître, elle est en contradiction violente avec ce qu'est dans la réalité le mouvement syndicaliste lui-même. Et c'est cette désharmonie complète entre le fait et la théorie syndicaliste qui est la cause
PRKFAGE DE LA TI50ISIKME EDITION V
vraie et profonde des troubles, des heurts, des à-coups, des régressions qui se produisent à certains moments et particulièrement depuis la fin de la guerre^ C'est aussi cette désharmonie qui a contribué à entraver, à arrêter même, sans doute momentanément, mais incontestablement, l'évolution rapide et heureuse qui était en train de s' accomplir dans l'organisation et la coordination des classes sociales. D'ailleurs il y a là une observation qui n'est pas seulement vraie pour le syndicalisme. J'estime en effet que ce qu'on est convenu d'appeler soit désordre social, soit situation sociale anormale, provient presque toujours d'une contradiction entre l'évolution naturelle d'une société donnée et les lois faites par un législateur ignorant ou maladroit^ ou une doctrine enseignée comme une vérité absolue et apparaissant douée d'une inépuisable fécondité et d'une force irrésistible à la masse des esprits simples, prédisposés à croire aux mystères et au surnaturel. Syndicalisme, violence prolétarienne, gr^ve générale, conseil économique du travail, communisme, voilà des mots qui ont un moment enflammé les esprits, parce que, avec le besoin de surnaturel propre au cœur de l'homme, avec les sophismes des démagogues exploiteurs du peuple, on leur attribuait une vertu magique qui bientôt allait renouveler la terre et faire disparaître la misère et la souffrance. Mots cependant qui n'exprimaient que des doctrines artificielles et fausses, dont le