‹ Le droit socialChapitre 20 sur 95 · PREFACE DE LA TROISIEME EDITION XXIII · texte numérisé non relu

PREFACE DE LA TROISIEME EDITION XXIII

et de répartition, base de réorganisation sociale \ » Ainsi dans la pensée des dirigeants syndicalistes ^ la grève générale est bien une autre forme de violence, une autre forme de la guerre des classes. Comme la violence proprement dite, elle ne peut créer que la souffrance et là mort. La doctrine syndicaliste qui la prêche ne peut aboutir à rien si ce n'est à la destruction de la richesse, à la misère et à la famine pour tous et surtout pour ceux-là mêmes qu'elle prétend servir. Il y a eu, il y aura, il y a des grèves partielles professionnelles parfaitement légitimes et qui ont fait triompher de justes revendications. Je n'entends point prendre la défense quand même du patronat. Il a commis de grandes fautes et de graves erreurs. Bien souvent, il n'a pas compris quel était le devoir ; il n'a pas vu quel était l'intérêt. Bien souvent il a considéré l'ouvrier comme l'ennemi, quand il devait comprendre et tâcher de faire comprendre que patrons et ouvriers sont des associés unis par une étroite solidarité d'intérêts et de besoins. Beaucoup des grèves partielles qui ont éclaté après la guerre ont abouti à des conventions collectives de travail. Ces ententes entre groupements prof essionnels patronaux et ouvriers se développeront, je le crois, de plus en plus ; et' je suis disposé à penser que dans un avenir prochain, elles assureront la réglementation con-

i. Cité d'après Jouliaux, Le syndicalisme et la C. G. T., p. i47-

XXIV prefacp: de la. troisième édition

ventionnelle du travail dans chaque profession *. Au mois de mai 1920 la Confédération générale du travail a cru que le moment était arrivé de lancer les masses prolétariennes à l'assaut de la bourgeoisie capitaliste et de régénérer en quelques jours le monde pourri né du capitalisme. Le mouvement^ on le sait, était parti des chemins de fer. Quelques syndicalistes, exaltés et ignorants, les Montmousseau et consorts, avaient tenté de provoquer une grève générale des cheminots à l'occasion du 1"" mai. Les dirigeants de la C. G. T. hésitent un instant ; ils comprennent que, si la grève générale échoue, un coup terrible, sinon mortel, sera porté à leur doctrine et à leur parti. Cependant ils se ■ laissent entraîner par les extrémistes. Ils donnent pour mot d'ordre la nationalisation des chemins de fer ; ils reconnaissent que la grève n'a point le caractère professionnel ; qu'on ne réclame aucune modification dans les conditions du travail, aucune augmentation de salaire ; ils déclarent leur objectif plus élevé : obtenir la nationalisation des voies ferrées, première étape de la réorganisation générale de la production, suivant la conception syndicaliste. Ils appuient donc le mouvement des cheminots. Mais il est bientôt visible que la tentative de grève générale des chemins de fer est un échec. Sur les

I. Lire l'article très intéressant do M. Lescure, Le mouveinent ouvrier depuis la guerre, iîevue d' Economie politique, 19'iO (Tirage à part).

Page 1