LE SYNDICALISME REVOLUTIONNAIRE
révolutionnaire V » Ainsi pour M. Georges Sorel la violence est la condition même du progrès.
C'est ce contre quoi je proteste énergiquement. La violence est essentiellement destructive ; elle est en effet source de souffrance et de mort. La régénération et le progrès par la souffrance, c'est une doctrine qui m'indigne; elle peut servir de thème aux paradoxes d'un Joseph de Maistre ; elle peut plaire à quelques individus exaltés recherchant par une perversion des sens la volupté des macérations. Mais elle est une doctrine de mort.
Je repousse énergiquement aussi la grève générale. Comprenant qu'elle est matériellement impossible, parce que, si elle se réalisait, les grévistes seraient les premiers à en souffrir, puisqu'ils sont consommateurs avant d'être producteurs, les syndicalistes révolution-
I. G. Sorel, lié flexions sur la violence, Mouvement socialiste, 2^ série, XVIII, 1906, p. 5, i4o, 256, 3oo, spécial., p. 266; XIX, 1906, p. 33 et publié en volume, 1907. L'auteur conclut ainsi : « Le lien que j'avais signalé... entre le socialisme et la violence prolétarienne, nous apparaît maintenant dans toute sa force. C'est à la violence que le socialisme doit les hautes valeurs morales par lesquelles il apporte le salut au monde moderne. » V. la lettre de M. G. Sorel à M. Daniel Halévy, laquelle sert d'introduction aux Réflexions sur la violence, publiées en un volume, Mouvement socialiste, 3^ série, I, 1907, p. 137.
IIO TROISIEME CONFERÉNGE
naires ont inventé cette jolie expression, le mythe de la grève générale. Si je comprends bien leur pensée, ils veulent dire que la grève générale est impossible en fait, mais qu'il faut répandre la croyance qu'elle est possible, lui donner même le caractère d'une croyance religieuse, et qu'ainsi on aura un moyen puissant de provoquer, d'exciter les luttes violentes et meurtrières, desquelles doit sortir la société nouvelle et régénérée. M. Ed. Berth et M. Georges Sorel vont même jusqu'à dire que de môme que le monde ancien a été régénéré par le mythe de la divinité de Jésus-Christ, de même le monde moderne sera renouvelé par le mythe de la grève générale'.
I. V. nolamment G. Sorel, La grève générale prolétarienne, Mouvement socialiste, i""^ série, XVIII, 1906, p. a56 et suiv. ; Ed. Berth. Ibid., 3^ série, I, 1907, p. 897 et suiv., II, 1908, p. ao3 et 221, où il écrit : «... Le mythe de la grève exprime la résurrection d'un peuple, prenant conscience de lui-même, de sa personnalité complexe, de son unité spirituelle comme d'un tout indivisé. En face de l'intollectualisation croissante, c'est-à-dire de la matérialisation croissante de la nouvelle décadence, comme autrefois le christianisme en face de la décadence romaine..., pn face de cet éparpillement, de cette pulvérisation... où plus rien de social ne subsiste..., un peuple se reforme autour des ateliers, dans les syndicats, dans les grèves... Le s^mdicalisme, avec le mythe de la grève générale, revient donner au socialisme une vigueur nouvelle... ». Cf. G. Sorel, La ruine du monde antique, 1902; Le système historique de lienan, 1906. Sur la grève générale, cons.