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Ici encore je proteste, parce que cette théorie qui paraît savante n'est elle aussi qu'un moyen de provoquer la violence et d'aggraver l'intensité des luttes de classes. D'autre part gardonsnous d'apporter dans notre activité politique et sociale l'esprit de foi religieuse ; il a provoqué assez de souffrance dans le monde pour qu'il soit temps enfin de le tenir étranger aux rapports sociaux et de n'y voir qu'un état de conscience individuelle.
Enfin je repousse aussi l'idée beaucoup trop étroite que les syndicalistes révolutionnaires se forment du mouvement syndicaliste. Pénétrés de l'erreur colossale qu'a introduite Karl Marx, les syndicalistes révolutionnaires ne voient dans les sociétés modernes en général et dans la France en particulier que deux classes opposées et en guerre, la classe bourgeoise ou capitaliste, et la classe ouvrière ou prolétarienne, ou comme ils disent les parasites et les producteurs; et ils prêchent à tous les carrefours la lutte à main armée de la classe ouvrière contre la classe capitaliste. A cette lutte ils n'admettent ni trêve, ni transaction ; elle doit se poursuivre jusqu'à com-
Griffuelhes, L'action syndicaliste, 1908; Et. Buisson, La grève générale, igo5.
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plet anéantissemenl de la classe bourgeoise.
Voici par exemple ce qu'écrivait dans le MouvemenL socialiste M. Edouard Berth au mois de mai 1907 : « Il y a deux forces en présence, la force capilulisle el la force ouvrière : elles liront pas à se préoccuper l'une de l'autre. La classe ouvrière ne se voit nullement comme lu partie d'un tout; mais elle se considèie comme étant un tout par elle-même;... elle veut la ruine totale de ses adversaires, le renversement absolu de l'ordre bourgeois et la création d'un ordre ouvrier. Il ne s'agit pas de composer ou de transiger avee la bourgeoisie, il s'agit de la détruire... Bien loin de chercher à atténuer Y insolidarité y il faut la creuser davantage, la poursuivre à fond et la transformer en une véritable lutte de classes*. » El M. Layardelle, dans la même Revue, au mois d'août 1907 : « Le syndicalisme est l'attaque contre les détenteurs du capital et la revendication de la direction de la production par les groupes producteurs'^. »
Ces cris de guerre n'expriment point la réalité sociale. La structure de nos sociétés modernes est quelque chose d'autrement
I. Mouvement socialiste, mai 1907, p. 488. ■i. Mouvement socialiste, août 1907, p. xoo.
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compliqué que ne le semblent croire les collectivistes et à leur suite les syndicalistes révolutionnaires. On nous parle toujours de deux classes dont les intérêts s'opposent, la classe capitaliste et la classe ouvrière. Elles existent toutes deux ; elles sont souvent en conflit; ce n'est point contestable. Mais il existe bien d'autres classes dans toutes les sociétés modernes et particulièrement en France. Si l'on ne voit que les deux classes capitaliste et ouvrière et leurs rapports, on ne voit qu'une toute petite partie du problème social et du problème politique qui lui est intimement lié. Si l'on ne voit dans le mouvement syndicaliste que l'organisation du prolétariat pour conquérir le capital et la direction de la production, on ne comprend point le vrai caractère de ce vaste mouvement ; on l'exploite pour y trouver un moyen criminel d'exciter les passions malsaines, de pousser les foules ignorantes au pillage et au sabotage, quand il n'est rien de moins qu'une évolution tendant à la redistribution de tous les éléments constitutifs de notre société.
DuGL'IT