LA VRAIE NOTION DE CLASSE SOCIALE
Que sont donc les classes sociales? Tout le monde en parle ; mais il n'est point aisé d'en trouver une définition même dans les écrits de ceux qui en parlent le plus. S'il , est incontestable qu'il y a des classes dans nos sociétés modernes, il est non moins certain qu'elles ne sont pas des groupements d'individus soumis à des régimes juridiques définis et distincts. Cela est d'évidence dans les pays, où comme en France l'égalité civile et l'égalité politique ont été réalisées. Puisque la différenciation des classes n'est pas juridiquement définie, les limites qui les séparent sont nécessairement extrêmement flottantes ; les déclassements sont très fréquents, et beaucoup d'individus sont placés sur la ligne frontière très indécise qui sépare deux classes voisines.
De nombreux faits pourraient montrer com-
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bien on est loin de la vérité quand on prétend qu'il n'y a dans les sociétés modernes que deux classes, la classe capitaliste et la classe ouvrière, entre lesquelles existerait une lutte irrémissible jusqu'à complet écrasement de l'une d'elles. Je ne citerai que quelques exemples. En France un très grand nombre d'individus, et peut-être la majorité sont à la fois capitalistes et travailleurs. Notamment les paysans petits propriétaires, qui cultivent euxmêmes leurs terres, avec l'aide de leur famille et de quelques ouvriers. Ils sont, on le sait, très nombreux dans toutes les régions de la France. Et encore les chefs d'un commerce, d'une industrie, qui font valoir eux-mêmes par leur travail le petit capital qui leur appartient. On dira, je le sais, que le petit commerce, la petite industrie sont sur le point de disparaître devant les grands magasins et les grands ateliers. C'est possible; mais pour le moment encore le petit commerce et la petite industrie constituent une classe numériquement importante de la population. On l'a bien vu en 1887- 1889, à l'époque du mouvement boulangiste ; c'est elle qui à Paris même le 27 janvier 1889 donnait au Général 80.000 voix de majorité. Et il faut n'avoir pas parcouru une région quel-
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conque de la France en automobile ou à bicyclette, pour pouvoir méconnaître la place considérable qu'occupe dans le pays la petite bourgeoisie, à la fois ouvrière et capitaliste, tant paysanne que citadine.
A un autre point de vue, on n'a pas une vision plus exacte des choses quand on range dans une même classe, la classe des salariés, tous ceux qui n'ont point de capital et n'ont pour vivre que le salaire de leur travail. L'ouvrier manuel dont le salaire est souvent plus élevé que le traitement du petit employé ou du fonctionnaire n'appartient pas à la même classe qu'eux, et cependant les uns et les autres sont des salariés Quand les fonctionnaires veulent se solidariser avec la classe ouvrière, ce sont des naïfs qui se laissent prendre aux déclamations aussi creuses que perfides des démagogues révolutionnaires *.
I. C'est ainsi par exemple que les instituteurs ne font que compromettre leur cause syndicaliste quand ils votent des résolutions semblables à celle volée par leur congrès de Lyon, le 17 avril 1908 : « Le congrès des syndicats d'instituteurs, considérant que la réorganisation de l'en seignement primaire doit être l'oeuvre de la collaboration e!fective des professionnels (instituteurs) et des intéressés (pères de famille) ; que cette collaboration ne peut s'exercer que par la réunion de représentants spécialement mandatés des groupements corporatifs, décide : 1" Qu'un con-