‹ Le droit socialChapitre 89 sur 95 · L\ TRANSFORMATION DU RKGIME POLITIQUE · texte numérisé non relu

L\ TRANSFORMATION DU RKGIME POLITIQUE

conquérir la liberté en proclamant le principe de la souveraineté du peuple, sans voir que par là ils exposaient l'individu à une tyrannie encore plus redoutable que celle du roi. La formation de syndicats puissants, encadrant tous les individus de toutes les classes sociales et reliés entre eux par des conventions collectives établissant des relations d'ordre juridique, constituera une garantie puissante, la seule efficace, contre l'omnipotence des gouvernants, je veux dire l'omnipotence delà classe, du parti ou de la majorité qui en fait détient le monopole de laforce. Ily aura dans cette formation syndicale une forte et résistante structure, qui formera une barrière à l'application de toute mesure oppressive. Ce sera comme l'organisation permanente d'une résistance défensive à l'oppression. La forme organique toute naturelle de cette force de résistance, ce sera une représentation professionnelle largement et fortement organisée.

Naturellement les tenants delà souveraineté nationale et de la loi du nombre repoussent énergiquement cette réforme. M. Esinein par exemple déclare que : « Le principe de la souveraineté nationale exclut logiquement ce

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qu'on appelle la représentation des intérêts. » 11 en donne cette raison, qui sent bien la scolastique, que w les divers collèges électoraux ne doivent être que des fractions du corps électoral entier,... que les fractions ne restent telles qu'en tant qu'elles possèdent toutes les ([ualités de l'entier*. » Mais les faits seront plus forts que les hommes. Peut-être le mouvement syndicaliste n'est-il pas encore assez avancé pour que l'on puisse tenter l'entreprise d'une législation positive sur ce point, bien que des hommes très distingués, M. Charles Benoist, M. l'abbé Lemire, l'aient demandé ^ Mais certainement dans un avenir, que verront les jeunes d'aujourd'hui, s'organisera, à côté d'une représentation proportionnelle des partis, une représentation professionnelle des intérêts, c'est-à-dire une représentation des diverses classes sociales organisées en syndicats et en fédérations de syndicats. Gomme l'a

1. Droit constitutionnel, 4" édit., 1906, p. 228 et a3i, et 5° édit., 1909, p. 256.

2. Charles Benoist. liapport à la Chambre, 1905, sess. ord. /. o/f., Débats parlera., p. 473- Rap. Id. La politique ;

— Sophismes politiques de ce temps; — La crise de l'Etat moderne; — Pour la réforme électorale, 1908. L'abbé liiMiiire, Discours h la Cliiaii\bre, 16 mars 1894. J- off.. Débats parlera. , p. 562, — Cf. mon Manuel, p. 368 et siùv. ;

— S, l'aiiuiizio, Mouvement socialiste ,\uA\~]ym\ iyio,p.32i.

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dit M. Charles Benoist, « il faut organiser la représentation de manière qu'elle renferme le plus possible de Thomme et de la vie, qu'elle soit proportionnelle, non seulement aux opinions, qui ne sont de nous qu'une minime partie, mais à tout ce qui est en nous humanité, vie, force sociale *. »

Une chambre composée des élus des groupes syndicaux peut seule constituer un contrepoids à la puissance d'une chambre représentant les individus, serait-elle élue au système de la représentation proportionnelle. La séparation des pouvoirs entre un homme investi de l'exécutif et un parlement investi du législatif est moins que jamais une limitation de la puissance politique. Il y a des gens qui croient encore qu'un Président de la République mieux armé, ayant une autre origine que celle que lui donne la constitution de 1875, pourrait former un contre-poids utile à la toute puissance de la Chambre des députés. Aujourd'hui en France, un chef d'Etat, quelque origine qu'on lui donne, quelque pouvoir qu'on lui confère, n'est autre chose qu'un personnage décoratif, qui reçoit les souverains et les

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