LES DRUIDES GUÉRISSEURS
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J'ai dit que les médecins gaulois devaient appartenir à une
catégorie subalterne de prêtres se rattachant, de près ou de
loin, au Druidisme.
Il me parait, en effet, ui de croire à des rapports étroits
entre la médecine et la religion. Je ne sais si la médecine
est.née de la religion ; mais elle fut d'abord exercée par des prêtres chez les peuples naissants, comme elle l’est encore
dans les nations peu civilisées.
Le prêtre élait le plus instruit de la tribu ; mais il. était
surtout l'intermédiaire entre les hommes et les dieux, et tou-
tes les puissances mystérieuses qui produisent et guérissent les maladies. Car les divinités se trouvaient partout ; elles dirigeaient tous les actes de la-vie, et Pythagore lui-même
pensait, nous dit Diogène de Laërte, que les maladies qui.
attaquent l’homme et les animaux élaient causées par des
démons répandus dans l'atmosphère. | C'est ainsi que sont nées les pratiques fétichistes : .«
fallut conjurer les Esprits malfaisants, et guérir les maux
commis par eux. On répétait des incantations en touchant des amuletles, et l’on s'adressait à ceux qui, croyait-on, avaient le pouvoir de chasser les Esprits. Suivant les lieux et
selon les peuples, le nom de l’amulette change, mais l’idée \ 7 |
Ba nes A0 ce = reste la même; ce sont des grigris chez les nègres, des mariris chez les Caraihes, des sacs à médecine chez d’autres. Les prêtres sont seuls chargés de consacrer toutes les amulettes. Ils cumulent les fonctions de devin, de prophète, d’exorciste, de thaumaturge et de médecin. Parfois ce sont des femmes. Tous ont une grande autorité, etils sont très redoutés, tant on à peur de leur puissance surnaturelle. Partout il en est de même; le nom et la forme des choses changent, mais le principe est immuable et ne changera jamais ; il est éter-
nel, car c’est celui de la crédulité » (1).
C' élait vrai à Babylone avec les sorciers, en Perse avec les mages, en Grèce avec les devins, à Rome avec les aruspices et les augures, en Gaule avec les Druides. De nos jours, encore, il en est ainsi chez les peuples plus ou moins sauvages. D’après l'abbé Domenech (cité par Bouchut\, les Indiens de l'Amérique ne séparent pas la médecine de la religion. Toutes deux, elles sont filles du ciel, émanées du sein du Grand
Esprit, et ont été données aux hommes par Monabodzo. Plus près de nous, chez les Arabes, le toubib est moilié sorcier, moitié charlalan ; et chez nous aussi, les sorciers, les prêtres chrétiens eux-mêmes, possèdent, pour les âmes simples, ce double caractère médical et religieux. C’est, d’ailleurs, compréhensible. Le prêtre, détenteur d’un pouvoir spirituel, directeur et guérisseur des âmes, ne peut-il pas aussi guérir les corps ? 51 je suis confiant dans la foule-puissance de mon dieu, c'est vers lui que je lournerai mon regard, c'est son
aide que j'implorerai dans les épreuves et la maladie, direc- ‘tement par la prière, Imdirectement par l'intermédiaire d’un de ses ministres.
(1) Bouchut : Histoire de la médecine et des doctrines médicales, Paris 1873, tome I, p. 11.
op | < 4 Puisque les Gaulois se croyaient environnés de forces invisibles et toute-puissantes, qui présiduient à tous les”
actes de leur existence, ils avaient raison de chercher à se rendre ces forces propices. Pour atteindre ce but, ils ne s’adressaient pas au prêtre trop grand, presque inaccessible, Mais ils allaient vers l’humble comme eux, vers celui qui. dans leur tribu, leur village, ou de passage, peut-être près. de leur demeure, savait parler aux esprits mystérieux, les maitriser, les apaiser. Le
Ils s'adressaient aussi à des sorcières, à celles, qu'assez improprement, on à nommées des, Druidesses (1). Des textes. très nets ne nous permettent pas de douter de l'existence de ces femmes. Strabon, d’après Posidonius, Pomponius Méla surtout (2), sont très affirmätifs. Mais nous savons moins le rôle qu’elles jouèrent, assemblées ou non en collèges, tantôt faisant vœu de virginité comme les neuf vierges de l’île de Sena, tantôt, comme les sorcières d’une île de l'embouchure de la Loire, ne se donnant à leurs époux que dans des conditions spéciales, et hors le territoire sacré. Mais l'importance de ces femmes au point de vue médical est contestable. C'élaient plutôt des voyantes, des prophélesses, des protectrices de matelots, vouées au culte de la mer. Seules, les femmes des Druides purent jouer un! certain rôle, car, dit Tacite, elles exercaient aussi le métier de sorcières, et rendaient la vie aux guerriers blessés (3): |
(1) D'Arbois de Jubainville croit: à l'existence des Druidesses, C. Jullian aussi (voir : Recherches sur la religion gauloise, p.101 et 102, et Histoire dela Gaule, TE, p. 110 et 410.) ; S. Reinach est sceptique : Les Vierges de l'île de Sein, revue celtique, 1897; Toutain aussi : Les prétendues Druidesses gauloises, Paris 1903,
(2) Strabon, liv. IV, ch. 6. — Méla, liv. IE, ch. 6 et 48.
(3) Tacite: De moribus germanorum, c. 8.
Quoiqu'il en soit, les pratiques de ces sorcières ne devaient différer en rien de celles de nos Druides guérisseurs. Comme eux, elles se revêtaient des k corymbes du lierre au noir feuillage », ou de branches de chêne. Tout au plus, peutêtre, invoquaient-elles de préférence les divinités féminines, la déesse Sirona, qui, comme Belenus, présidait à la médecine.
Mais les incantations, la magie, devaient faire pour elles, comme pour les Druides, le fond de la thérapeutique. Je ne - veux pas dire que les Druides ignoraient une thérapeutique plus rationnelle. D'abord, ils devaient être rebouteurs, car l’art de réduire une Juxation ou de consolider une fracture date de loute antiquité. Et puis, les plantes ont des verlus qu’un malade peut découvrir fortuitement. Comme dit Sprengel (1), « dans beaucoup de pays, la nature a placé des médicaments indigènes propres à combattre les maladies endémiques et dont les nations, même les plus sauvages, connaissent l’efficacité. Ainsi, plusieurs espèces de cochléaria guérissent le scorbut dans le nord de l’Europe ; le polygala senega est un antidote précieux dans l'Amérique septentrionale contre la morsure du serpent à sonneltes ; sous les tropiques, on emploie avec succès le suc de limon et de plusieurs autres fruits, soit à l'intérieur, dans les maladies aiguës, soit à l'extérieur, pour changer l'aspect de certains ulcères ; le curcuma fournit aux Brésiliens un excellent remède contre le venin du gecko, ete. C'est ainsi que les peuples les moins policés se créent une espèce de médecine indigène dont les effets sont souvent surprenants. » | |
Nos ancêtres, très observateurs, savaient herboriser, et les propriétés de certains végélaux ne pouvaient leur échapper.
(4) Kurt-Sprengel : Histoire de la médecine, trad, Jourdan, 2° édition, 1815, tome I, p. 21, note 1.
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Ainsi, après avoir avancé que la médecine à ses débuts ne s’est pas, en Gaule comme ailleurs, séparée de la religion,
j'en arrive pourtant à conclure qu'en dehors des lalismans et
des rites magiques, les Druides connaissaient d’autres moyens plus scientifiques de guérir. Mais je fais remarquer, et j'y insisterai un peu plus par la suite, que les plantes elles-mêmes, le gui, par exemple, servaient surtout de talisman, de même que l'administration la plus rationnelle d'un médicament élait toujours compliquée de gestes superstitieux.
Et c’est pourquoi, dans le be qui va suivre, je ne pourrai pas apporter beaucoup d'ordre dans mon énumération, ni séparer entièrement la matière médicale des RARE purement MARIE ,