LA MATIÈRE MÉDICALE DES DRUIDES
Je vais parler tout d'abord des amuletles gauloises dont les historiens nous ont conservé le nom. Je passerai ensuite en revue les autres procédés thérapeutiques, dont les propriétés reposaient sur des données occultes, comme les pierres et les fontaines. Je terminerai par les plantes, en. commençant par le gui, parce qu'il n'était vraisemblablement lui-même qu'un porte-bonheur, et qu'il est ainsi une lransition, non pas chronologique, mais scientifique, entre des pra- tiques purement supershtieuses et d’autres qui one peut-être quelques vertus.
Je pourrai dire un mot d’abord des sa fces humains. « La nation gauloise tout entière, écrit César, est très portée à la superstition ; et pour ce motif, ceux qui sont atlaqués de maladies graves, ceux qui font la guerre et qui vivent dans les dangers, immolent des hommes pour victimes, ou font vœu d’en immoler. Les Druides sont les ministres de ces sa- -crifices ; ils croient que les dieux immortels ne peuvent être apaisés qu’en rachetant la vie d'un homme par celle d’un autre homme » (f).
(1) César : La guerre des Gaules, livre VIE, ch. 16.
Mais les Gaulois ne se sont‘pas distingués des autres peuples ; et nous pourrions bien dire avec Plutarque : « Pourquoi (les Romains) ayant appris que les Bletonesii qui sont des Barbares, avaient sacrifié un homme aux dieux, interdirent-ils cet usage pour l'avenir ? Pourquoi eux-mêmes, peu d'années auparavant, avaient-ils enterré vifs dans la place dite des Bœufs, deux hommes et deux femmes hellènes et gallates ? Il paraît absurde, een effet, qu'ils fissent eux-mêmes ce qu'ils reprochaient à des Barbares comme des actions impies » (1).
D'ailleurs, Pomponius Méla écrivait au 1° siècle après J.-C. que ces sacrifices atroces n'existaient plus chez les Gaulois ; tout au plus se contentaient-ils de conduire les victimes à l'autel où de leur infhiger de légères blessures (2). Les sacrifices humains, même au temps de César, ne devaient pas être très fréquents, l'écrivain latin le laisse supposer par son correctif : « ou font vœu d’en immoler ». (
Parmi les nombreux alismans que possédaient sans doute les Gaulois, nous connaissons surtout le fameux œuf de serpent, grâce à Pline. Nos ancêtres désignaient sans doute ainsi un oursin fossile ou échinite, assez commun dans nos pays. Voici la légende que nous conte sérieusement le naturaliste latin (3). Des serpents innombrables produisent ces œufs pendant l'été. Is se rassemblent dans certaines cavernes de la Gaule, se mêlent, s’entrelacent, el avec leur bave et. l’écume de leur corps, forment une espèce de boule qu'ils
(1) Plutarque : Questions romaines LXXXIII in Extraits des Auteurs grecs concernant l'histoire et la géographie des Gaules, Cougny, Paris, 1886.
(2) Livre II, c. 2.