‹ Le Druidisme et la Médecine en GauleChapitre 6 sur 10 · XXIX · texte numérisé non relu

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— 5 —, Cciéllent en l'air avec des sfemente C’est alors qu'il faut s'en emparer avant qu’elle n'ait touché terre. Un ‘homme embusqué reçoit l'œuf dans un sayon, saute sur un cheval, et, poursuivi par les serpents, n'est en sûrelé que lorsqu'il

à mis une rivière entre eux et lui.

Mais 1l fallait aussi que l'œuf, ravi à une certaine époque de la lune, fut jugé bon par les Druides ; car il devait surnager lorsqu'on le plongeait dans l’eau, mêmé entouré d'un “cercle d’or. Alors, doué d’une vertu surnaturelle, il assurait la victoire, le gain d'un procès, et donnait libre accès auprès des rois. Les Druides le portaient parmi leurs insignes, mais consentaient toutefois à s’en défaire à haut prix.

Nos confrères gaulois mystifièrent-ils lès étrangers à propos de cet œuf fabuleux, ou, moilié charlatans, moitié convaincus, avaient-ils le simple désir de tirer quelque bénéfice de leur profession et de vendre un talisman très cher ? Je ne sais. Cet œuf ne fut peut-êlre aussi pour les Celtes qu'une représentation du serpent qui leur élait cher. S. Reinach, qui s’est occupé de toutes les figuralions du serpent qui sont venues jusqu'à nous, suggère l’idée que Zagréus, le serpent cornu de l’orphisme, pourrait avoir donné naissance au serpent gaulois (1).Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de chercher des explications aussi ingénieuses. Dans toutes les religions, le serpent a joué un rôle important. Rappelons-nous simplement le serpent d'Eve, le serpent d'airain de Moïse, le serpent des prêtres égypliens, le serpent dela Pythonisse de Delphes, celui des Karthaginois, et le symbole de notre art: le serpent d’Estulape.

Un autre tahisman, dont l'existence nous est révélée par sa

(4) S. Reinach : Cultes, mythes et religions, 2 vol., Paris, 1903. IL, page 65.

es fréquente présence dans les tombes gauloises, est le chapelet d'ambre: Ce corps fut d’ailleurs signalé par les prêtres chrétiens comme employé à la magie. Les peuples de l'Islam croient encore en lui, et même chez nous, certaines mères ne négligent pas d'en suspendre un collier ‘au cou de ie marmots pour faciliter leur dentition. A,

Il y avait encore des dents de divers animaux, des fragments d'os ou de pierre, et d’autres objets qui. pouvaient être

autant des ornements que des amulettes.

Ce n’est pas seulement comme amulettes que les pierres ont occupé une place importante dans la thérapeutique des Druides. Leur masse, la bizarrerie de leurs formes devaient agir sur les imaginalions ; et les Gaulois, qui croyaient que ces pierres étaient l'habitat d'un dieu, venaient les adorer ou les implorer par des rites étranges. Gaidoz (1) fait remarquer que certains dolmens ont des trous par lesquels il est encore d'usage, en certains lieux, de faire passer les enfants nouveaux-nés. Sur le haut d’une montagne, près de Dourgne (Tarn), existe. une plate-forme avec des monuments mégalithiques percés. Tous les ans, une grande foule s’y réunit. Les pélerins font neuf fois le tour du temple, et les boîteux, les paralytiques, aveugles, malades de tous genres, espèrent obtenir la guérison de leurs maux. Il suffit d'introduire dans un des trous pratiqués dans la pierre le membre affligé auquel le trou est destiné : têle, cuisse, bras, etc. Si cette épreuve ne réussit pas, on s'adresse à une fontaine placée non loin de là, le jour de la Saint-Jean, c’est-à-dire la grande fête du solstice d'été (2). |

Cette cérémoñie religieuse et médicale donne une idée, et

(4 ) Gaidoz : Un vieux rite médical, 1892, Paris. (2) Clos, cité par Gaidoz.

Rep re

provient sans doute, de celles qui se passaient chez les Celtes. Il se peut aussi que dans le rile des trous, il y ait celte croyance universellement répandue, que nous pouvons transmettre à la matière le mal qui nous afflige : c'est ainsi qu’on

plante un elou dans le bois pour se guérir du mal de dent.

Les fleuves et les sources étaient aussi les habitats de

génies qui donnaient aux eaux des vertus mystérieuses.

Ces eaux élaient des lieux de pelerinage, comme elles le sont encore en diverses régions de France, le Morvan, par

exemple (1).

Les unes guérissaient de la fièvre, les autres de la teigne et de la colique. En lançant sur l’eau le lange du nouveau-né, on pouvart connaître la longueur de sa vie. Galien (2) nous dit même « qu'on plongeait le nouveau-né dans l'eau froide

pour éprouver sa santé » ; le Rhin désignait les enfants issus

d’un adultère (3), et la fontame d'Artykomis aurait été juge de la virginité des femmes. Enfin, associant les vertus de la pierre aux vertus de l’eau, les Gaulois pensaient que la pierre de la source de la Saône était fébrifuge (4).

Nous pouvons nous demander si les Gaulois avaient distingué les eaux qui possédaient des propriétés minérales. Les anciens connaissaient ces propriétés (5); à leur suite, les Gaulois ont dû les apprendre. Mais je ne me refuse pas à admettre qu'auparavant ils aient fait à ce sujel des observations précises. Les eaux qui guérissaient la teigne étaient sans doute des eaux sulfureuses. D'ailleurs, même les peu-

(1) Builiot et Roidot : La Cité gauloise, Autun, 1879. (2) Galien : Discours 1. Conservation de la santé. (3) Julien : Discours If.

(4) De fluviis, 6, 3.

(5) Pline, XXXI. Strabon, IV, 2.

Der on ples primitifs savent distinguer les qualités des eaux: les indigènes de Gafsa ou d'Hammam-Meskoutine ont fait de tout temps au sujet de leurs sources des remarques judicieuses, et nos ancêtres étaient pour le moins aussi observateurs.

En Gaule, comme ailleurs, les plantes ont joué le rôle principal dans la médecine populaire. Le gui passe pour avoir occupé la première place, parce que peut-être c'est dé lui que Pline nous à le plus longement parlé (1). Voici ce qu'il nous en dit: :

« Aux yeux des Druides, rien n’est plus sacré que. le gui et l’arbre qui le porte, si toutefois c’est un rouvre. Le rouvre est déjà par lui-même l'arbre dont ils font les bois sacrés. Ce gui est regardé comme envoyé du ciel... Le gui sur le rouvre est extrêmement rare,et quand on en trouve, on le cueille avec un très grand appareil religieux. Avant tout, il faut que ce soit le dizième jour de la lune, jour qui est le commencement de leurs mois, de leurs années et de leurs siècles, qui

durent trente ans. Ils l’appellent d’unnom qui signifie remède

universel. Ayant préparé, selon les rites, sous l'arbre, des sacrifices et un repas, ils font approcher deux taureaux de

(1; Aucune source n’est absolument sûre. En première ligne, Pline

avec sou Histoire naturelle en 37 livres, immense compilation de,

plus de 2.600 volumes, où sont complaisamment accueillies toutes

les pratiques médicales de l'époque. — Dioscoride d’Anazarbe cite

bien’ dans son traité de la matière médicale de nombreuses plantes avec le nom romain et le nom gaulois, mais sans aucun dét il. — Même observation pour Galien qui parle (Discours 1. Conservation de la santé) de nombreux remèdes qui lui sont apportés du pays des Gaules, sans dire si les Celtes les utilisaient. — J'ai dit dans ma préface ce que je pensais du De Médicamentis..….., de Marcellus de Bordeaux ; et on peut appliquer les mêmes observations à l'Herbarium de Lucius Apuleius Platonicus.

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