‹ Le dualisme logiqueChapitre 10 sur 90 · De usu rationis, par · texte numérisé non relu

De usu rationis, par

4. De mu rationis, par. 10-14; Entwurf der notwendigen Vernunftwahrbeiten, par. 31.

18 LA MKTHODE KANTIKXNE OU DE COXCiLIATIOX

J'intuitionnisme qui rappelle bien, ainsi que nous l'avons déjà dit, l'attitude des pragmatistes contemporains par rapport aux intellectualistes'.

Wolff avait réduit la Sensibilité a la Raison; Crusius fit juste le contraire. Les lois logiques du raisonnement sont, d'après Wolff, les lois suprêmes d'oii sont déduits les principes mêmes du réel. Pour Crusius, ces lois sont l'application même de ce principe de l'inconcevabilité du contraire (Die Denkbarkeit) qui provient de la pensée à la suite seulement du contact direct (immédiat) de la pensée avec la réalité. D'oii la très grande importance gnoséologique du raisonnement pour Wolff, et d'oii sa minime valeur, en tant que source essentielle de la véritable connaissance, pour Crusius.

L'attitude de Crusius à l'égard du raisonnement a fait éclore la réforme de la logique réalisée par Kant. Car Kant, comme l'a montré Anton Marquardt, a très fortement subi l'influence de Crusius, bien qu'en critique plutôt qu'en adepte-. — Ainsi, dès le premier moment même oii il se pose des questions de logique, Kant cherche à prendre position autant par rapport à W^olff que par rapport à Crusius, mais en se servant surtout de termes

•1. « Ich sage mitFIeiss, dass eins von dem andern etwas hat oder empfaûgen miisse, nicht aber ûberhaupt, dass eins von dem andern determiniert werde, auf gewisse Weise zu sein... Die Logik ist keine Schulwisseuscliaft, sondern ein im praktisclien Leben brauchbarer Grund zu aller nûtzlichen Erkenntnis... Die erste Hauptkraft des Verstandes ist die Empfîndungskraft... » (Crusius, Entwiirf der notwendigen Vernunftwahrheiten, par. 28; Weg zur Gewissheit, Vorrede, par. 64.)

2. Anton Marquardt, Kant und Crusius, Kiel, 1885, p. 7, 53 et passim.

DÉBAT RATIOXALISTE-IXTUITIOXMSTE 19

crusiens. Cependant, l'exacte vérité est que Kant incline manifestement vers le rationalisme (au sens que nous avons déjà défini plus haut). Ce qu'il cherche par le crusianisme, c'est le redressement plutôt que l'abaissement de la logique. Kant paraît souffrir du fait que le rationalisme est mal fondé par la propre faute des rationalistes, — et tous ses efforts tendent à professer le rationalisme sage, modéré, fondé sur la logique véritablement humaine. Wolff avait d'abord fait du principe de contradiction le principe suprême de la pensée. Puis il avait cru pouvoir déduire de ce principe le principe de raison qui est le principe du réel en tant qu'opposé à la pensée. Crusius avait montré : 1° que le principe suprême de la pensée n'est nullement le principe de contradiction; 2° que le principe de raison n'avait nullement sa source dans le principe de contradiction. Kant accepte largement la pirrs destniens de Crusius, mais il trouve bien illégitime sa pars construens. Ainsi, il admet avec Crusius que le principe suprême de la pensée n'est pas le principe de contradiction'. Mais il se refuse à subordonner ce principe, comme l'avait fait Crusius, au principe de l'inconcevabilité du contraire. Car dire comme Crusius : ce que je le peux concevoir que comyne vrai est vrai en effet, c'est idmettre que la connaissance est indémontrable. Or, il { a, certes, bien des connaissances indémontrables, mais e sentiment de persuasion qui s'y attache est un aveu,

1 . Kant, Principiorum primorum cognitionis metaphysicse nova dilatdatio, 17oo,Sectio I, Prop.I et II, p. 388, vol.I (Nous nous référons 3ujours, en ce qui concerne Kant, à l'édition de l'Académie de erlin).

et nullement une preuve de leur vérité*. C'est donc toujours par la logique, c'est-à-dire par le raisonnement, qu'on arrive à la science, bien que ce ne soit pas par la logique wolffienne. A la question tant discutée, — dans quelle mesure la logique pouvait être une méthode propre à la Métaphysique, — Crusius avait répondu en identifiant la logique en soi avec la logique de AVolff. Or, de ce que les exagérations de la logique de Wolff sont un véritable obstacle à la solution de la question portant sur la possibilité de la Métaphysique, il ne suit point qu'il faut adopter nécessairement une thèse diamétralement opposée à toute conception fondée sur la logique. Certes, la logique est un instrument assez imparfait dans la recherche de la vérité; mais que faire! C'est le seul moyen sûr dont l'homme dispose dans ce monde pour acquérir la science. De sorte qu'il faut avoir la sagesse vraiment philosophique de considérer la logique telle qu'elle est en réalité. C'est-à-dire qu'il faut savoir que son principe suprême n'est ni ce principe de contradiction par lequel Wolff croyait montrer comment le réel se déduisait du mécanisme de la pensée, ni ce principe de l'inconcevabilité du contraire par lequel Crusius croyait montrer comment la pensée se déduisait de la considération pure et simple du réel, mais que son principe suprême est ce principe didentité en vertu duquel la science humaine consiste à découvrir les rapports de con venance et de disconvenance entre le sujet et ses pré-

1. Kant, TJntersuchung ûber die Deutlichkeit der Grundsàtze dernatûrlichen Théologie und der Moral, 1764, III. Betrachtung, par. 3, p. 295-296, vol. II.

dicats, c'est-à-dire ce principe de nature dualiste, — à la fois principe de contradiction et principe d'identité, — qui nous montre justement la petitesse de notre entendement'.

Par conséquent, la logique est telle pour Kant qu'elle nous montre à la fois la réalité du dualisme gnoséologique et la possibilité de la conciliation des termes de ce dualisme.

C'est cette conception même de Kant sur la logique qui constitue le centre de la Critique de la raison pure.

2. La question suprême pour Kant paraît être la suivante : Quel est le sens de l'homme? Que peut et que doit savoir l'homme pour faire ce qu'il doit faire et, partant, pour mériter d'espérer le bonheur de la vie future'?

Comment Kant résout-il cette question? Au lieu de chercher comme ses prédécesseurs à la résoudre par une étude directe de la Métaphysique de la nature (la Métaphysique classique), il la fait précéder par une étude de la Science de la nature. Et de la sorte il trouve que la

\. Kant, Principiorum primorum cognitionis metaphysicse nova dilucidatio, Sectio I, Prop. III, Scholion, vol. I, p. 391.

2. « Ailes Interesse meiner Vernunft (das spéculative sowohl als (las praktische) vereinigt sich in folgenden drei Fragen :

i. Was kann ich wissen?

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