V. plus haut le commencement du présent paiagraphe
Et pour résoudre ce problème de la Métaphysique, Kant entreprend une étude du problème de la Science. La réponse à la première question dépendra pour lui de la réponse donnée à cette seconde question. Comment la science est-elle possible? La science, répond Kant, ne vient ni de la raison pure ni de la sensibilité pure, mais elle vient de l'entendement ou de l'accord entre la raison et la sensibilité. Mais s'il en est ainsi, quel est le rôle propre de la raison absolument pure ? Comme ce rôle ne peut pas être théorique, il ne saurait être que pratique*.
Ainsi, Kant paraît avoir voulu atténuer le dualisme loo-ique afin de mieux poser le dualisme moral. Or, dans quelle mesure avait-il le droit d'atténuer le dualisme loo-ique? Dans quelle mesure sa conception d'un entendement comme faculté intermédiaire entre la sensibilité et la raison est-elle légitime ? C'est ce que nous aurons à nous demander dans le second chapitre.
3. La philosophie de Kant, qui se présente comme la première tentative contemporaine pleinement consciente de surmonter par une conciliation au lieu d'une réduction^ ce dualisme du sensible et du rationnel, d'où tout théoricien de la connaissance doit partir comme de la chose la
j. « So war die transcendentale Analytik der Kanon des reinen \erstandes; denn der ist allein wahrer synthetischer Erkenntnisse a priori fàhig. Folglich wenn es uberall einen richtigen Gebrauch der reinea Vernunft giebt, in welchem Fall es auch einen Kanon derselben geben muss, so wird dieser nicht den speculativen, sondern den praktischen Yernunftgehrauch betreffen, den wir also jetzt untersuchen wollen ». [Kritik der reinen Vernunft, II. Aufl., Method., Der Kanon der reinen Vernunft, p. 517-518, vol. III).
plus primitivement donnée, fat trouvée, ainsi que nous l'avons déjà dit, légitime, magnifique même, dans son principe, mais vivement critiquée dans sa réalisation par les philosophes post-kantiens. Aussi toute la tâche de ceux-ci a-t-elle été de garder le principe du maître mais d'en changer l'aspect.
Le premier grand signal du mouvement post-kantien fut donné par Reinhold. Cinq ans après l'apparition de la Critique de la raison pure^ Reinhold publiait des Lettres sur la philosophie kantienne^ qui préludaient à \ Essai d'une nouvelle théorie de la faculté de connaître de r homme*. D'abord il trouve admirable la conception de Kant. Enfin, s'écrie-t-il, voilà la Métaphysique assise sur de véritables bases, c'esi-à-dire fondée sur l'expérience. Voilà réunies les deux grandes théories : celle de Leibniz et celle de Locke ^ Mais, d'autre part, il remarque que c'est là une admiration qui s'adresse à l'intention plutôt qu'à la réalisation même de cette belle conception. Car qui pourrait soutenir avoir compris Kant? Au contraire, tout le monde se plaint de ne pas l'avoir compris*. Or, en quoi consistent les causes de la difficulté de comprendre Kant ? Reinhold analyse longuement ces causes et il en trouve que la principale consiste dans la manière dont Kant pose le dualisme de la sensibilité et de la raison'.
1. Rriefe ûber die Kaniische Philosophie, J786, dans le Deutschen Merkur, la revue de Wieland.
2. VersucJi. einer neuen Théorie des menschlichen VorsteUung»vermôgens, 1789.