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Kant, dit Reinhold, a eu le grand mérite de voir que le problème essentiel de la philosophie est le problème de la connaissance qui, seul, peut nous conduire d'une manière sûre au premier principe du inonde, et que ce problème doit chercher sa solution dans la cojiscience. Mais, au lieu de plonger au plus profond de la conscience, afin d'en trouver Vunité, il s'arrête à sa surface, à savoir à ce qu'on appelle déjà connaissance proprement dite, et, partant, au dualisme de la sensibilité et de la raison, et il cherche ainsi, à cette surface même, l'unité qui doit concilier les termes de ce dualisme. Or, descendons au fond de la conscience, et demandons-nous ainsi en quoi elle consiste. Nous verrons sans peine que la conscience est la faculté d'avoir des représentations^ c'est-à-dire la faculté d'établir des rapports entre un sujet et un objet. Toute connaissance est représentation, tandis que toute représentation n'est pas connaissance ^ De sorte que toute la question revient à nous demander comment se réalise la conscience. Or, la conscience se réalise par la propre nature de l'organisme et par son propre principe qui exige qu'il y ait un rapport entre le sujet et l'objet*. Voilà donc l'unité qui concilie le dualisme de la connaissance. C'est l'organisme lui-môme. Le dogmatisme de Reinhold fut vivement combattu par Schulze-Aenesidemus, le partisan d'une philosophie scientifique assez intelligemment conçue et qui soutenait entre autres que Reinhold n'avait pas compris Kant ^ Cependant,

3. Schulze, Aenesidemus oder ûber die Fundamente der von Professor Reinhold g elie fer ten Elementarphilosophie, 1792,

HISTOIRE GÉXÉnALE DU KANTISME EX ALLEMAGNE 37

la llièse moniste de Reinhold est reprise par Ficlile, son successeur à lena, mais pour être largement complétée. Ce qui intéresse Fichte dans la philosophie de Kant, c'est surtout sa conception morale, car, comme on le sait, il veut être un réformateur social. Kant, dit Fichte, a le grand mérite de nous avoir appris que ce ne sont pas les connaissances qui se règlent sur les objets, mais que ce sont les objets qui se règlent sur notre faculté de connaître. Cependant, Kant reste encore assez dualiste; il fait encore une assez grande part à l'objet dans la constitution de la connaissance. Or, dit Fichte, il devait aller jusqu'à ne faire de l'objet qu'un simple produit du moi, afin d'affirmer dans toute sa plénitude la nature morale de l'homme. Mais, ajoute-t-il, Kant ne pouvait pas faire cela, vu qu'il était parti du dualisme comme donné. C'est-à-dire que, pour Fichte, — ainsi que l'a remarqué M. Xavier Léon, — la logique transcendantale ne coiisiste plus, comme pour Kant, à expliquer le dualisme en tant que donné, mais à rendre compte de la manière même dont ce dualisme se pose*. Aussi trouve-t-il dans la thèse de Reinhold son propre point de départ. La représentation de Reinhold est de beaucoup plus large que la pensée de Kant et, dès lors, de beaucoup plus propre qu'elle à expliquer la science. Cependant, ajoute Fichte % Reinhold luimême n'établit en dernière analyse que la propédeutique du principe suprême de la science et nullement ce principe

1. Cf. Xavier Léon, La Philosophie de Fichte, Paris, Alcan, 1902, livre IV, chap. II, p. 424 sq.

2. Fichte, Grundlage der gcsammlen W issenschaftslehre, 1794, p. 100 de l'édition J. H. Fichte, Sammtliche \Verke, vol. I (1845).

lui-même. Quel est donc ce principe? Plongeons-nous en nous-mêmes à la manière de Reinhold, mais plus fortement encore, et nous verrons que ce qui nous est primitivement donné c'est une activité pure, qui est notre moi-môme. De sorte que toute la question est de savoir comment se déroule cette activité qui est notre moi-m^ême. Or, elle se déroule de la manière suivante : 1" d'abord elle se pose elle-même; c'est la thèse \ 2** puis ce moi primitivement donné pose un non-moi en vue de la réalisation même de l'activité qui le caractérise; c'est V antithèse ; 3° enfin vient la réalisation même du moi ou la synthèse du moi et du non-moi. C'est seulement de la sorte, dit Ficlite, qu'on résout de la manière la plus satisfaisante possible la célèbre question posée par Kant au début de la C?'itique de la raison pure : Gomment des jugements synthétiques sont-ils possibles a prioril Car de la sorte on n'a plus besoin de chercher un fondement à part de l'union des éléments de la connaissance. Cette union se réalise d'elle-même par la nature même de ses éléments*.

Fichte était allé si loin dans ses affirmations sur la primauté du moi qu'il avait substitué le moi à Dieu même. Aussi sa conception, considérée surtout sous cet aspect, provoqua chez Schellingune forte réaction. Car Schelling est avant tout un théiste. Certes, dit-il, Fichte a raison de soutenir que le moi ne dérive pas de la nature (des choses, des objets). Mais ne va-t-il pas trop loin quand il se place à un point de vue absolument opposé à celui-là

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