Ibid., p
façon? La philosophie, dit-il, n'a qu'un seul point de départ : c'est Leibniz*. Et, en effet, il revient à la conception de Wolff qui réduisait le sensible à l'intelligible. La grande question philosophique, dit-il, est celle qui consiste à se demander ce que sont et ce que doivent être les concepts en eux-mêmes et nullement entant que fonctions de ce qu'on appelle être. Poser les concepts en fonctions de l'être, c'est tomber à la fois dans le mysticisme et dans le panthéisme d'un Spinoza ou d'un Hegel. Quant à Schopenhauer, n'est-il pas, au fond, le partisan d'une doctrine radicalement dualiste et, par suite, l'adversaire de toute doctrine soit de simple réduction soit de conciliation ou kantienne, bien qu'il se soit toujours considéré lui-même comme le disciple le plus fidèle de liant?
L'histoire du kantisme en Allemagne, après Trendelenburg, représente la formation môme des conceptions kantiennes contemporaines en Allemagne. Il serait très intéressant sans doute d'étudier dans ses détails cette formation. Mais nous ne saurions le faire ici. Notre but dans le présent ouvrage est d'étudier, au point de vue de leur rapport avec la question du dualisme, la valeur des conceptions logiques contemporaines en Allemagne qui sont le plus directement sorties de la révolution kantienne et qui, en même temps, en représentent des types. Or, ainsi que nous l'avons déjà dit, les plus caractéristiques de ces conceptions nous ont paru être : le phénoménalisme de Benno Erdmann, l'idéalisme de Cohen, le
1. Allgemeine Metaphysih, 1828, vol. III de l'éd. Hartenstein, p. 72-73.
logicisme de Husserl, le réalisme de Riehl et le psychologisme de Jérusalem.
4. La philosopliie de Benno Erdmann paraît consister dans la thèse probabiliste suivante : « La vérité est un idéal qu'on poursuit sans cesse. Or, comment le poursuiton ou comment faut-il le poursuivre?' ». — C'est en modifiant le dualisme et le phénoménalisme de Kant, dit Benno Erdmann, que nous pouvons nous rendre compte de la marche de l'esprit vers la vérité. — « Le grand mérite de Kant est d'avoir conçu l'idée d'expliquer la science par une synthèse du rationalisme et de l'empirisme, et surtout d'avoir cherché à réaliser cette idée par le phénoménalisme. — Mais dans quelle mesure Kant a-t-il atteint son but? Dans quelle mesure son phénoménalisme est-il définitivement fondé? Il y a quelque chose qui manque à son phénoménalisme ^ — Quelle est l'insuffi-
1. « Die Wahrheit oder, wie wir dafùr auch sagen dûrfen, diestrenge Allgemeingiltigkeit unseres Wissens ist demnach ein Idéal des Denkens, das auf dem Gebiet der Wissenschaften von Tatsachen schon aus den eben angegebenen Grûuden niemals vollig erreichbar ist. Wir haben daher zu sagen : es ist die Aufgabe des wissenbchaftlichen Denkens, einen wohlgeordneten Inbegrilî von wahren und, soweit die Bedingungen hierzu fehlen, von wahrscheinlichen Urteilen iïber die Gegenstiinde des Denkens zu gewinnen. «(Benno Erdmann, Logik, vol. I, II« édit., 1907, p. 11-12.)
2. « Par Kant s'accomplit une synthèse profonde des postulats rationalistes élargis dans le sens de l'a priori et de la limitation de toute notre connaissance au domaine de chaque expérience possible... Où est donc caché le secret de cette action (l'influence de Kant sur la philosophie contemporaine) ? Depuis les débuts de la pensée métaphysique, la pensée philosophique n'avait pour conviction fondamentale qu'un postulat caché : la pensée avait la propriété de connaître la réalité en soi, indépendamment de la manière dont on
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sance de la philosophie de Kant? C'est son dualisme gaoséologique. Le dualisme gnoséologique posé par Kant incline manifestement vers le rationalisme. Or, pour expliquer véritablement la science, il doit être un juste équilibre entre le rationalisme et l'empirisme ou entre le logicisme et le psychologisme. En effet, faut-il dire avec Kant que la logique est absolument formelle? Non, certes, et c'est là toute la question. Kant a eu le grand mérite d'être le premier à attirer l'attention des philosophes sur le caractère formel de la logique. Toutefois, il est allé trop loin. Mais vu sa distinction par trop radicale entre la sensibilité commeréceptivitéetrentendement commespontanéité, il ne pouvait pas faire autrement. Il s'agit donc de donner une autre forme au dualisme de Kant. Et c'est ce qu'on fait quand on sait surtout que la pensée tient à la fois de la psychologie et de la logique. En effet, la pensée est objet de logique uniquement en tant qu'elle est soumise à la question suivante : « Quelle relation faut-il supposer entre les éléments du jugement pour que le jugement soit considéré comme valable? » La pensée est objet
la pense et du fait qu'elle est pensée... Hume et Kant font de ce postulat un problème... Kant, coairae Hume, est conduit, dans sa tentative poor résoudre le nouveau problème, à une limitation phénoraénaliste de la connaissance... Mais ni le phénoménisme absolu de Hume... ni le phénoménisme de Kant, limité à la connaissance, et qui laisse libre le domaine de la pensée pour les choses en soi, pour une éthique rationnliste et pour une foi pratique [religieuse; ni l'une ni l'autre particularité des points de vue d'où partent ces premières solutions ne sont décisives... » (Benno Erdmann, La Critique kantienne de la connaissance comme synthèse du rationalisme et de l'empirisme. — Reiue de Slétaiihysiquc et ds Morale, i90'v, p. 440- 447, 473-4To).
50 LA MÉTHODE KAXTIENXE OU DE COXCILIATIOX
de psychologie quand on analyse ses éléments tout simplement tels quels, sans préoccupation de cette relation qu'y apporte l'idée de vérité ou de fausseté. Ainsi, la logique est distincte de la psychologie. Cependant, la psychologie ne saurait être une science sans les suppositions de la logique, et la logique ne pourrait déterminer les conditions sous lesquelles nos jugements sont déclarés valables sans connaître la nature psychologique de nos jugements. On ne saurait déterminer les normes de ce qu'on ne connaît pas. La logique porte sur ce qui doit être et non pas sur ce qui est, et ce qui doit être n'est nullement ce qui est ; mais ce qui doit être a son application à ce qui estK » — Ainsi,
1. « Die formate Logik, die zuerst Kant vertreten hat, entsprang einer berechtigten Reaktion gegen die Vermischung der logischen Uatersucliuug mitpsychologischen, metapliysischen, grammatisclien und rhetorischen Elementen, die in der eklelvUsclieii Aufklàrungspliilosopliie ùblicli geworden war. Kanfs Bestimmung, dass die Logilc « von allem Inhalt der Verstandeserkenntnis uud der Verschiedenheit ihrer Gegenstânde abstrahirt, und mit uichts als derblossen Form des Denkens zu tun hat », — geht jedoch viel zu weit. Sie fallt mit der von Kant festgehaltenen Trennung von Sinnlichkeit und Verstand, als Receptivàt und Spoutaaeitàt... Objeckt der Logik ist ein Urleil oder eia Urteilszutammenhang uur als Gegenstand der Frage : welche Beziehungen mûssen zwischen den Bestandteilen des Urteils oder Urteilszusammenhangs vorausgesetzt werden, wenn dièse giltig sein sollen? Object der Psychologie dagegen ist es als Gegenstand der Frage : welcher Art sind die geistigen Vorgànge, die wir inunserem Bewuîstsein tatsiichlich fmden, wenn sich Urteile oder Urteilszusammenhiinge, gleichviel, ob sie wahr oder falsch, giltig oder ungiltig sind.... Die Logik ist kein Teil der Psychologie. Die Lo§ik hat vielmehr die formalen Voraussetzungen der Psychologie in eben dem Sinne zu prûfen, wie die jeder anderen Disciplin. Trolzdem kann die Logik die Erkenntnis des Tatbestandes unserer Denkvorgiinge, den die Psychologie festzustellen hat, nicht entbehren. WerdieBedingungen normieren wiJl, unterdenenunsere Urteile giltig sind, muss wissen wie beschaffen unser Urteilen tatsàchlich ist.
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Benno Erdmann se propose de fonder le phénoménalisme de Kant, en parlant de la position du dualisme de celui-ci sous la forme d'un juste équilibre de ses termes'. —
La logique telle qu'elle est conçue par Benno Erdmann doit donc partir nécessairement d'une étude de l'objet : la logique porte sur ce qui doit être^ mais ce qui doit être n'a de sens qu'en iant qu'appliqué à ce qui est.
Et en effet, la logique de Benno Erdmann commence par une théorie de l'objet. — Qu'est-ce donc que Vobjefl L'objet au sens le plus large possible, dit Benno Erdmann, ne saurait être qu'un objet de la pensée, c'est-à-dire qu'une représentation : tout ce qui est ou tout ce qui pourrait être représenté, de quelque manière que ce soit, fût-ce à titre de néant*. En d'autres termes, l'objet tel qu'il nous est donné n'est pas Fobjet en soi, mais seu-
Aus der Idée der Wahrheit hat er die Bedingungen fur die Geltung unserer Urteile abzuleiten; aber er kann keine Normen ableiten fur Operationen, deren Bestand und Veriauf er nicht Icenat. Das Sollen ist kein Sein, aber es ist ein Sollen fiir das Sein. » (Benno Erdmann, Logik, vol. I, IP édit., 1907, p. 26-30.)
1. Remarquons que les véritables termes du dualisme gnoséologique de Kant sont la sensibilité et la raison plutôt que la sensibilité et l'entendement. (V. plus baut par. 2.) — Mais peu importe la dénomination si l'idée reste la même. — Et puis ce serait une controverse historique étrangère aux préoccupations essentielles de la présente étude, que celle de savoir dans quelle mesure les néo-kantiens partent du point central même de la philosophie de Kant. — Cette remarque s'applique aussi bien à Benno Erdmann qu'aux autres néo-kantiens (Riehl, Jérusalem, etc.) que nous aurons à analyser dans la suite.
2. « Das Wort « Gegenstand » ist hier im allgemeinsteîi Sinne genommen : esumfasstdas Ail sowohl wie das Nichts... es bezeichnet was inimer auf irgend eine Weise voigestellt werden kann : das Vorstellbare oder, wenn als vollendet genommen, das Vorgestellte. » {Ibid., p. 56-o7.)
lement l'idée de cet objet. Mais que pourrait être Fobjet en soi? Tout ce que nous pouvons en dire, c'est qu'il doit être une force, un centre d'activité. Nous connaissons le transcendant uniquement par sa force. Voilà tout ce que nous pouvons en dire. Par conséquent, les objets en tant que représentations ne sont pas activité par eux-mêmes, mais par autre chose. Quand nous disons donc d'un objet qu'il est réel ou qu'il a une activité indépendante de notre conscience, le véritable sujet de ce jugement n'est pas l'objet lui-même, mais le transcendant que notre pensée postule comme fondement de cet objet*. Le rapport saisi par nous entre les objets est un rapport à'immanence logique : portant sur les caractères les plus généraux
1. « Wir erkennen das Trauscendente nur m der Wirklihkeit, die sich unserer Wahraehmung untnittelbar darbietet, und aus dieser weiterhin als Gegenstand môglicher oder nach Analogie mijglicher Wahrnehrnung abgeleitet werden kann (p. 126). — Dièses Wirksame ist das, was als Kraft gedacht wird. ^Yas dièse Kraft ist und wie sie wirkt, kounen wir nicht erkennen; wir wissen nur, dass sie wirkt und was sie wirkt. Daraufhin haben wir sie als unerkennbar anzuerkennen. Sie ist demnach das Trauscendente oder Seiende, das unser Denken auf Grund der Erfahrung gemass dem Kausalgesetz fordert, das sich jedoch unserem Erkennen auf ewig versagt... Wirklich siad demnach die Gegenstiinde, sofern in ihnen das Trauscendente, Seiende, Wirksame als zu Grunde liegend gedacht wird » (p. 139).
'< Wenn wir demnach von einera Gegenstande sagen, dass er Realilàl habe oder von uuserm Bewusstsein unabhàngig wirklich sei, alsoetwa als kausales Subjekt, als Korper oderich, existiere, so ist das logische Subjekt dièses Orteils nicht der Gegenstand selbst mit seinen lahaltsbestimmungen und den Beziehuugen, in denen er fur unser Erkennen steht, sondern vielmehr das Trauscendente, das als die Seinsgrundlage dièses Gegenstandes von unserem Denken postuliert wird, also in ihm, jenem Gegenstande, sich fiir unser Erkennen darstellt » (p. 140).
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des objets (Merkmale) ; et non pas un rapport d'inhérence réelle : portant sur tels objets ayant telles propriétés (Eigenschaften), L'inhérence réelle n'est qu'une sorte de modèle par rapport à l'immanence logique. Ainsi, nous saisissons d'un objet d'abord sa compréhension et puis son extension : l'extension d'un objet est conditionnée par la compréhension de cet objet *.
Nous savons donc maintenant à quoi nous en tenir quand nous parlons des objets. C'est-à-dire que nous pouvons maintenant aborder le problème même du jugement ou de la science. — La question qui se pose est la suivante : Quand disons-nous qu'un jugement exprime la vérité? 11 y a au moins deux théories en présence; on considère le jugement ou bien dans Vexlension ou bien dans la compréhension de ses termes "^ De sorte que la première question qui se pose est de savoir comment il faut considérer le jugement : en extension ou en com-
1. « Jeder Gegenstand ist das, was er ist, durch seinen Inhalt, und jeder Inhall im logisclien Sinne bestimmt einen Gegenstand... Wir wollen jenes unraumliche <* In dem Gegenstande Vorgestelltsein » als logische Immunenz oder Einordniing bezeiclineii. Die logische Immaneiiz der Merkmale in dem als Inhalt gefassten Gegenstand ist von der realen Inhârenz der Eigenschaften in einer korperlichen Substanz wesf-nsverschieden. Denn sie gilt fiir aile Gegenstande ohne Unterschied... Der Inhalt eines Gegenstandes ist, — wenn wir so sagen dûifen, — logische Substanz, seine Merkmale sind logische Eigenschaften. Mit andern Worten : die Beziehung der realen Inhârenz ist das Musterbild fiir die logische Immanenz... Der Umfang eines Gegenstandes ist durch dessen Inhalt bedingt » (p. 192, 194, 203).
2. Une troisième théorie serait celle qui considérerait le jugement dans l'identité de ses termes. Telles sont, par exemple, la plupart des conceptions dites logistiques.
prénension. — La théorie de l'extension, sous sa forme typique, porte le nom de théorie de la suhsomption. Selon cette théorie, un jugement est valable quand on peut montrer que l'extension du sujet rentre dans l'extension du prédicat. Dans le jugement <( tous les corps sont divisibles M, ridée de « corps » rentre, selon Kant, partisan de cette théorie, dans celle de « divisible » qui, entre autres classes, comprend aussi celle des corps *. — Or, concevoir comme soutenable la théorie delà subsomption, c'est évidemment méconnaître ce que nous venons de dire sur V objet. — En effet, l'objet étant synonyme de ce que nous éprouvons quand nous pensons, il s'ensuit qu'un jugement ne saurait être considéré que logiquement ou que dans la seule compréhension de ses termes. Mais, s'il en est ainsi, alors la question « sur quoi se fonde notre conscience quand elle déclare comme valable une affirmation? », question qui est la forme par excellence du problème de la connaissance, est autrement facile à résoudre. En entendant par objet ou objectif ce que nous éprouvons quand nous pensons, nous dirons qu'une affirmation est valable quand elle est objectivement (dans la compréhension de ses termes) certaine et quand sa certitude s'impose avec nécessité ^ Ainsi, Benno Erdmann cherche à expliquer la nature