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logique pourrait être bien réel vu qu'il pourrait plonger ses racines dans la réalité même du dualisme qui caractérise le monde donné dans son ensemble, dualisme qui a été proclamé par la philosophie ancienne et qui est confirmé par la science moderne. Et, en effet, Kant luimême ne s'est-il pas, durant toute sa philosophie, inspiré en première ligne de la croyance dans la nature profondément dualiste du monde'? Et ne trouvons-nous pas à l'heure actuelle, surtout en France, des ouvrages dans lesquels les divers ordres des disciplines de l'esprit humain sont expliqués justement par la position de la réalité de ce dualisme logique que nous réclamons?
« Les connaissances qu'on appelle empiriques, dit M. Durkheim parlant en sociologue, peuvent ne s'expliquer que par la nature psychique de l'individu. Mais les catégories, en tant que formes qui font qu'une connaissance est conçue comme commune à plusieurs individus, ne peuvent s'expliquer que par le contraire de l'individu isolé, c'est-à-dire que par la collectivité ou par l'individu social. Car l'homme est double^». Donc, ce qui caractérise la véritable science pour le sociologue c'est un véritable dualisme : le dualisme entre le sensible de l'individu et
1. Cf. notre Essai sur le rapport entre le Dualisme et le Théisme de Kant.
2. Emile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, le système totémique en Australie, Paris, Alcan, 1912. latroduction, p. 18 et suiv.
On trouve la même idée, exprimée par M. Draghicesco qui s'inspire de M. Durkheim, et par M. Palante qui combat M. Durkheim. — Cf. Draghicesco, Vindividu dans le déterminisme social. Paris, Alcan, 1904; Palante, Les Antinomies entre l'individu et la sociétéy Paris, Alcan, 1913.
Tintelligible de la société. Cela est si vrai d'ailleurs, que si nous considérons par exemple les fonctions mentales dans les sociétés les plus inférieures, c'est-à-dire dans les sociétés caractérisées justement par leur manque de science, nous voyons ces fonctions régies par une loi diamétralement opposée à toute idée dualistique, par une loi que M. L. Lévy-Bruhl, qui s'est tout spécialement occupé de l'étude de ces fonctions, a appelée loi de participation K « Dans les représentations collectives de la mentalité primitive, dit M. Lévy-Brulil, les objets, les êtres, les phénomènes peuvent être, d'une façon incompréhensible pour nous, à la fois eux-mêmes et autre chose qu'euxmêmes. D'une façon non moins incompréheasible, ils émettent et ils reçoivent des forces, des vertus, des qualités, des actions mystiques, qui se font sentir hors d'eux, sans cesser d'être oii elles sont. En d'autres termes, pour cette mentalité l'opposition entre l'un et plusieurs, le même et l'autre, etc., n'impose pas la nécessité d'affirmer l'un des termes si l'on nie l'autre, ou réciproquement. Elle n'a qu'un intérêt secondaire. Parfois, elle est aperçue ; souvent aussi, elle ne l'est pas. Souvent elle s'efFace devant une communauté mystique d'essence entre des êtres qui cependant, pour notre pensée, ne sauraient être confondus sans absurdité^ ».
Mais, après avoir considéré la science la moins avancée, c'est-à-dire la Sociologie, passons à la considération
1. L. Lévy-Bruhl, Les fonctions mentales dans les sociétés inférieures, Paris, Alcan, 1910, chap. II, p. 68 et suiv.