Ihid., p. X
3. G. Milhaud, Etudes sur la Pensée scientifique, Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, 1906, p. 7, 18.
de la nature de Fart, comme M. Gabriel Séailles, par exemple. « Les poètes, dit M. Séailles, parlent du Dieu qui les inspire, des tourments qui leur méritent cette faveur, de leurs joies quand, envahis par une personnalité plus puissante, devenus le Dieu même qui leur dicte ses pensées, ils ne se distinguent plus de la beauté qu'ils créent. Traduisons ces métaphores. L'idée est maintenue par un effort auquel s'opposent les caprices de la sensibilité, les mille distractions qui nous viennent des choses, plus encore peut-être, le perpétuel retour des images que suscite l'égoïsme. Mais, par cet effort même, l'idée occupe l'esprit, s'en empare... Dans l'inspiration, quand, sous l'action de la volonté, lidée peu à peu a ébranlé l'esprit jusqu'en ses profondeurs, toutes les facultés comme accordées résonnent à l'unisson*. Le monde résiste à la pensée ; il brave la science par l'inconnu, la morale par le mal. Il faut un effort pour faire de l'intelligible la seule réalité; il faut un effort douloureux pour confirmer cette croyance par ses actes, pour se convaincre de plus en plus de cette suprématie de la raison et du bien, en la réalisant en soi-même" ». Ainsi, M. Séailles semble nous dire : « La seule différence entre la science et Fart est que l'art est une réalisation plus intense que la science, de l'unité (l'intelligible) dans la multiplicité (le sensible). Le génie dans l'art est donc l'homme qui arrive à réaliser le plus intensivement possible l'intelligible dans le sensible. La nature est un génie inconscient, le génie est une
1. Gabriel Séailles, Essai sur le génie dans l'art, Paris, Alcan, 2« éd., 1897, p. 173-174.