V» LE DUC DANGOULEME
la direction du lieutenant-général comte Ruty. Elle se composai! du général d'Andigné. de La Rochejaquelein, de Suzannetj et d'Autichamp.
Son principal luit était de préparer la venin' du duc d'Angoulême, sur lequel Louis XVIII aviiil jeté les yeux pour une seconde mission, nourrissant l'espoir que sa brillante réussite dans le Midi serait de bon augure. Il s'agissait aussi pour lui de se montrer aux Vendéens, dont le dévouement à la cause royale méritait une démarche personnelle. Son voyage débuta sous les auspices les plus heureux. A Rennes, à Nantes, à Brest, -à Lorient, les populations se pressaient en foule sur son passage, aux cris mille fois répétés de : « Vive le Roi! Vive le duc d'Angoulême! » Des villes et des bourgs tout enguirlandés, ornés d'oriflammes, d'emblèmes monarchiques, ne cessaient de lui faire fête; si une curiosité bien naturelle entrait pour beaucoup dans ces manifestations royalistes, après vingt-cinq années d'une succession de régimes politiques si différents, il n'était pas douteux pourtant que, malgré sou peu d'aisance naturelle et son extérieur embarrassé, le Duc plaisait par ses qualités de cœur et d'esprit, par une grande bonhomie, par la réputation de libéralisme qu'il s'était faite dans le Midi. Il n'est pas jusqu'à sa
timidité elle-même qui ne prédisposât le public
en sa faveur; il y voyait un excès de modestie.
Partout, il se présentait en parlant d' « union et d'oubli », et cette belle devise, sortant de la bouche d'un prince encore peu connu, commandait l'amour et le respect.
Le 1er juillet 1814,, il visita la Chartreuse de Notre-Dame d'Auray, où il pria longuement devant les ossements des victimes de Quiberon*.
A Beaupréau, où il passa peu après, les paysans vendéens, accourus en foule, lui firent la réception la plus chaleureuse.
A Bordeaux, où, quelques mois auparavant, le Prince était entré en triomphateur, l'accueil fut plus réservé. Là aussi, le zèle de quelques royalistes intransigeants avait déjà émoussé les sentiments qui s'étaient spontanément manifestés. En outre, le maintien de l'impôt des droits réunis et les avantages que les Anglais, fidèles à leurs principes, s'étaient fait concéder avaient provoqué au sein de la population un sentiment de malaise que la présence du due d'Angoulême ne parvint pas à dissiper, malgré les distinctions honorifiques qu'il distribua en abondance, cher-
1 Voir à ce sujet la Gazette de France et le Moniteur des 6 el 7 juillet 1814, et Ms. franc. 5190 Bibl. nat.).
chanl ainsi à compenser par les hochets de la vanité l'impression lâcheuse produite dans celte grande ville par les premiers actes du gouvernement royal.
A Saint-Martin-de-Saignaux, un grave accident faillit coûter la vie an Prince. Comme sa voiture côtoyait un précipice, le terrain s'effondra ri elle fut pendant quelques instants suspendue au-dessus de l'abîme. Ce ne fut qu'au prix des plus grandes difficultés que le duc d'Angoulême put être dégagé, grâce au concours des gardes royaux et des paysans des alentours. 11 fit aussitôt remettre une gratification pour eux au maire1.
Dans la plupart des villes qu'il traversa ensuite, à Tarbes, Mont-de-Marsan, Toulouse, Limoges, Saumur, il n'eut qu'à constater la répétition des manifestations de joie qui l'avaient généralement accompagné; il ne fut pas pourtant sans marquer à plusieurs reprises son déplaisir à entai ns membres de la haute noblesse qui, soit par des ambitions impatientes, soit par amertume d'avoir été écartés pendant tant d'années, semblaient ne pas voir qu'entre la France de 181 i et celle de 1789, un fossé désormais infranchissable séparait deux régimes. A Angers no-
Gazette de France du 6 août 1814.
tamment, il dit à l'un d'eux : » Monsieur, vous voulez être plus roi que le Roi, retirez-vous1. »
Le 12 août, le Duc rentrait à Paris, laissant presque partout l'impression de sa prudence ei de sa conciliation, s'étant acquis de très nombreuses sympathies, en dépit du mécontentement des ultras qui blâmaient vertement sa « tiédeur ».
Le comte d'Artois, chargé de visiter l'est de la France, et le duc de Berry, qui, de son côté, s'était rendu dans le nord, étaient loin d'avoir gagné à la monarchie des amis aussi sincères et aussi nombreux. Le comte d'Artois s'était signalé par ses tendances contraires à toute politique libérale. Le duc de Berry avait parfois tenu des propos malheureux. « Il y eut plusieurs scènes fâcheuses dans les provinces qu'il était chargé de parcourir. Le Roi, lorsqu'il revint, se crut obligé de lui adresser quelques paroles sévères sur sa conduite. Ce mécompte était d'autant plus fâcheux qu'on avait beaucoup compté sur lui pour agir sur les troupes; s'il avait su se contenir, il eût été tout à fait propre à exercer de l'influence sur elles. Il avait de la détermination dans l'esprit et dans les manières. Son goût extrêmement vif pour les plaisirs ne lui permettait aucun rigo-
1 Ernest Hamel, Histoire de la Restauration, t. Ier.
158 LE DU< DANGOULEME.
risrae1. » Le contraste qu'offraient lo caractère et les attitudes des deux frères était donc complet, .•t. en jugeant les divers membres de la famille royale, le chancelier Pasquier a pu ajouter que le rôle personnel du duc d'Angoulême, dans la Restauration, avait été « le plus utile et le plus brillant2 ».
' Mémoires du chancelier Pasquier, t. III. - Ibid.. t. II.