CHAPITRE VIII
La Révolution de Juillet.
« On peut dire que la politique qu'inspirait et dirigeait Louis XVIII était la seule qui dût réconcilier la France avec la maison de Bourbon. Il y avait d'autant plus de mérite à la suivre que, dans sa famille, en dehors de l'obéissance consciencieuse du duc d'Angoulême, il ne trouvait que des sentiments hostiles sur ce qui lui tenait le plus au cœur. » Le chancelier Pasquier1 laisse ainsi clairement entrevoir ce que présageait le règne de Charles X.
Au mois de novembre 1823, la duchesse de Broglie exprimait la même opinion : « Le Roi est dans un état de santé déplorable. On «lit que Monsieur regrette son gouvernement réel et s'effraie d'y goûter le nominal : les fins disent
1 Mémoires, t. VI.
que le duc d'Angoulême sera plus près du tronc ei obligera à la modération1. »
Kl Rémusal disait : « Le duc d'Angoulême parle de la Charte tanl <|u*il peut : cela ne sert qu'à irriter la portion dissidente du parti ultra2. »
A cette époque, les sentiments du duc d'Angoulême à l'égard du ministère Villèle ne laissaient plus de doute. « 11 ne tient que des propos d'opposition, je crois le ministère fort ennuyé3. »
« Le Duc se rapproche des libéraux. 11 parle beaucoup contre la septennalité que veulent les ministres4. »
A La mort de Louis XVIII, Charles X fit entrer son iils au Conseil et l'annonça aussitôt au premier ministre. « Comme je ne sais pas si vous devez venir ce soir à Saint-Cloud, lui écrivait-il, je dois vous prévenir, mon cher Villèle, qu'après quelques réflexions qui allaient en s'amoindris- -anl, mon iils a consenti de bonne grâce à son entrée au Conseil. En conséquence, il y prendra séance dès demain. 11 est possible que je me trompe, mais je suis convaincu que la chose esl
1 Barante, Souvenirs, t. III.
•• Ibid.
• Journal du maréchal de Castellane, 23 décembre 1823. i . l r f» vrier 1824.
convenable en elle-même el qu'elle pourra être utile pour le moment et la suite1. »
Cette mesure avait favorablement impressionné l'opinion, fort inquiète de l'avènement du frère de Louis XVIII, dont les tendances hostiles au libéralisme étaient connues. Le duc d'Angoulême semblait indiqué pour être un élément de modération, et on espérait beaucoup de lui. « Tout ce qui me revient de lui donne du bonheur à entendre », écrivait Sainte- Aulaire2.
Mais on avait compté sans l'esprit de discipline, sans le souci constant de se conformer à la volonté du Roi, dont il avait donné tant de preuves et qui devaient de nouveau se manifester sous un régime qui allait modifier le gouvernement de- Louis XVIII.
La ligne de conduite suivie par Charles X n'était pas d'accord avec les aspirations du duc d'Angoulême; mais, fidèle serviteur de son père, il les refrénait, ne les manifestant que dans de rares occasions, suffisantes toutefois pour démontrer à quel point il désapprouvait les vues autoritaires dont ce règne s'inspirait.
« Il se soumit, comme fils et comme sujet, à la
1 Villèle, Mémoires, t. V.
2 Lettre au baron de Barante. {Souvenirs de Barante, t. III.)
31(1 LE DUC DANGOl'LEME.
politique opposée à celle de Louis XVIII, mais sans l'adopter1. »
Aussi son influence fut-elle toujours restreinte. Il subissait, mais protestait peu.
« Ce prince me dil un jour, raconte Puymaigre2, que sa position excluait de sa pari la manifestation de tout sentiment personnel. parce qu'il n'allail pas à l'héritier présomptif du trône de taire de l'opposition. » Cette appréciation ej3l corroborée par les propres paroles du duc d'Angoulême, répondant un jour à l'un deses anciens compagnons d'exil qui s'étonnait de son effacement : << Je ne suis que le plus humble sujet du Roi3. »
« Il a toujours donné l'exemple de la soumission aux ordres de son père. Il ne s'en écartait jamais4. »
« M. le Dauphin se tenait en dehors des intrigues. Respectueusement soumis aux volontés du Roi, il ne témoignait aucune hostilité à son ministre, mais encore bien moins de la faveur
1 hUroduction aux Mémoires de d'Haussez, par les comtes di Circourt et de Puymaigre.
- Souvenirs sur l'Emigration, l'Empire et la Restauration.
i e unecdolique du duc d'Angoulême, par uu ancieu Volontaire.
* Joumnl du maréchal de Casieltmie, t. 111.
Il se bornait à faire de son mieux ce dont on le chargeait spécialement. Il était à la tête de l'administration des prisons et tenait quelquefois des assemblées où les intérêts de ces établissements étaient discutés devant lui. Il présidait avec beaucoup de convenance et de sagesse, et ne manquait pas une occasion d'exprimer ses sentiments élevés et libéraux. J'ai vu souvent des personnes sortant de ces réunions enchantées du Dauphin. Je citerai, entre autres, M. Pasquier et M. Portai, dont les suffrages valent bien d'être comptés.
« Dans le même temps, le Dauphin tenait un conseil militaire; il obtenait d'honorables appréciations. On lui reconnaissait des idées saines, accompagnées d'une grande modération et d'un esprit d'impartialité fort recommandable de la part d'un prince vivant d'une façon si isolée et d'une dévotion si éminente1. »
On sait la réprobation que provoquèrent dans tout le pays les mesures proposées par le ministère Yillèle et dont plusieurs furent votées par une Chambre qui était loin d'être l'émanation de la volonté nationale.
1 Mémoires de M™e de Boigne, t. III. — Comme Mmc de Boigne s'est toujours montrée hostile à la maison de Bourbons, ses ju^rments sur le duc d'Angoulème n'en out que plus de valeur.