‹ Le duc d'Angoulême, 1775-1844Chapitre 23 sur 35 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L'Exil.

Dans le suprême déchirement du départ, le Roi et le duc d'Angoulême ne cessaient de s'occuper du duc de Bordeaux et de jeter sur lui des regards d'affectueuse sollicitude. A ce moment, le Dauphin, cherchant à écarter pour quelques instants je nuage de tristesse qui enveloppait son esprit, se tourna vers son neveu et lui dit sur un ton d'apparente gaieté : « Eh bien! es-tu bien décidé à ne pas être malade en mer? » Et, tout souriant, de ce sourire enfantin qui témoignait de son heureuse inconscience, le petit Prince répondit : « Vous verrez que je me tiendrai bien. Lavilatte m'a appris comment il fallait faire1. »

Les Princes et Princesses montèrent à bord, salués par le commandant du navire, le capitaine

1 Mazas, Mémoires pour servir à la Révolution de 1830.

Dumont d'Urville1. Lorsqu'ils eurent franchi la passe du port, il- embrassèrenl avec le pins douloureux des regards cette terre de France qu'ils quittaient pffur la troisième fois, avec le pressentiment <1 Un exil dé6nitif; puis, peu à peu, le rivage disparut à leurs yeux, pendant que le duc de Bordeaux, s'ébattant sur le pont. leur donnait. par -on attitude simple et enjouée, l'illusion d'un Instant de gaieté.

Le Roi et le Dauphin, bien qu'admirables de fermeté e1 de courage, étaient pourtant aux prises avec les plus vives inquiétudes. Us se demandaient anxieusement si Dumont d'Urville n'avait pas reçu <\r< ordres secrets, si une direction autre que celle de l'Angleterre n'allait pas être donnée au navire et si un sort analogue à celui de Napoléon ne les attendait pas à leur tour.

Pointant, faisant trêve à leurs angoisses, ils s'entretenaient fréquemment avec Dumont d'Urville. Leur conversation roulait sur les derniers événements, sur ces heures tragiques qui avaient marqué l'effondrement de la dynastie des Bourbons, sur les tristesses du passé, les espérances que pouvait encore réserver l'avenir!

1 Le bâtiment frété par Charles X appartenait à Patterson, le Jérôme-Napoléoa.

l'exil. 349

Dumont «IL rville ne leur avail [tas caché son sentiment : « Le Roi et le Dauphin mit encore eu de longues conversations avec moi sur Les affaires politiques, mais il m'est impossible de leur faire entendre raison; ils prétendent toujours qu'une conspiration générale était ourdie contre le trône. Le seul parti qu'ils pussent tenter pour résister au torrent était celui des Ordonnances. Le malheur a voulu qu'ils n'aient pas réussi: mais c'est encore une épreuve que la Providence leur impose... car le parti de la justice et de l'honneur finira toujours par triompher, et la couronne reviendra tôt ou tard à son maître légitime. Telles sont les illusions dont ces pauvres princes se repaissent1. »

Leur arrivée en rade de Cowes dissipa leurs craintes sur l'issue du voyage. A mesure que, le temps s'écoulant, les derniers événements apparaissaient déjà comme s'estompant dans le passé, ils envisageaient l'avenir sous de moins sombres couleurs. Une nouvelle ère s'ouvrait, pour laquelle ils devaient ressaisir leurs forces.

D'Haussez et le cardinal de Latil, partis quelques heures auparavant de Londres, vinrent rejoindre la famille royale.

1 Revue des Deux-Mondes. 1831.

Le Dauphin conversa longuement avec d'Hausgez de leurs souvenirs communs, et surtout de l'expédition d'Alger; il parla avec une admiration émue de la flotte imposante qu'il avait inspectée quelques semaines auparavant à Toulon et de la belle tenue de l'armée qu'elle devait débarquer en Algérie.

Puis, comme ils revenaient toujours aux journées de Juillet, le Dauphin exposa de nouveau les arguments qu'il avait développés en présence de Dumont d'Urville pour justifier les Ordonnance-, il déclara ne pas regretter son abdication, car le jeune âge du duc de Bordeaux lui permettait de longs espoirs.

" La seule contrariété que j'éprouve, dit-il, c'esl la contrainte. Encore si elle ne parlait que d'un seul point; mais être repoussé de la France par la France même, voilà ce que je ne puis supporter, voilà ce que je ne puis concevoir, lorsque je scrute non seulement mon cœur, celui de mou père, celui de ma femme, qui n'ont jamais renfermé une pensée qui ne lut pour notre pays, mu- ûos actions, toutes dirigées vers la prospérité de la France, vers le bien-être de tout ce qui nous approchait, vers le soulagement de toutes les infortunes qui nous étaient signalées! Voilà ce qui uous afflige, mon cher ami! Pour ce genre de

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peines, il n'y a de remèdes que dans la religion; on s'en fait un prétexte contre non-: on ne nous refusera pas au moin> de profiter di'< consolai ions qu'elle nous offre... »

Après un instant de silence, il reprit : « Vous croyiez que je ne vous aimais pas... — Monseigneur! — Allons, soyez franc. — Monseigneur, il est vrai que Votre Altesse ne me gâtait pas toujours, mais l'accueil qu'Elle daignait me faire à l'entrevue suivante ne tardait pas à me rassurer sur ses dispositions à mon égard. — Vous défendiez à tort et à travers notre marine, vous me souteniez qu'elle n'était pas aussi bien traitée que l'armée de terre, et vous aviez tort. — Monseigneur me permettra-t-il de ne pas entamer une nouvelle discussion? — Ah çà ! vous me donnez toujours du Monseigneur, de l'Altesse; plus rien de tout cela, mon cher. Le Roi se fait appeler le comte de Ponthieu ; ma femme et moi, la comtesse et le comte de Marnes ; la duchesse de Berrv et sa fille, la marquise et M"" de Rosny, et le duc de Bordeaux, le comte de Ghambord1. »

Et se tournant vers Dumont d'Urville qui était assez rapproché pour entendre la conversation :

1 Mémoires du baron d'Haussez.

LE I" C I» VNGOULEME.

\ êtes-vous pas étonné, capitaine, d'être à peu près le gardien ne prenez pas le mot en mauvaise pari de votre ex-grand-amiral et de votre ex ministre? -- Que voulez-vous. Monseigneur, il faut être préparé à Ions les événements. Celui-ci en est un comme un autre. — Ah! vous trouvez ça? - Mon Dieu, je De m'étonne de rien. — Il y paraît '. »

Et I»' Prince se dirigea d'un autre côté.

L;i famille royale av;ii! accepté l'hospitalité d'un prélat éminent, le cardinal Weld, qui, résidant alors à Rome, avait mis gracieusement à sa disposition le château de Lullworth. Située près de la mer, dont les flots venaient mourir au pied des hautes murailles, celle demeure avait un aspect imposant. Sur le frontispice, cette devise était gravée, si conforme a l'esprit de ses nouveaux hôtes : « Nil *///<• numine2. »

Là. l'existence -écoula simplement, dans la douce intimité familiale, partagée entre les promenades quotidiennes, le plus souvent sur le bord de lu mer, majestueuse en cet endroit, et la lecture des journaux. On commentait les événe ments de France», qui étaient le thème habituel

'■ D'Haussi V. wires.

ttement, ouvrage cité.

des conversations; dans leurs revers, L'amour passionné du pays qui les avait chassés demeurait plus vif que jamais au cœur des Bourbons.

On eût dit que le sort, non content de leurs infortunes présentes, voulût encore les accabler davantage.

En etfet, la presse et le public anglais ne leur étaient guère bienveillants. Si la conduite de Charles X, lors des journées de Juillet, était jugée sévèrement, et s'il y avait unanimité, même dans la haute société, pour critiquer les Ordonnances, était-ce une raison pour contrevenir aux lois de l'hospitalité, surtout lorsqu'elle devait s'exercer envers un homme que son âge, son rang et ses infortunes rendaient sacré?

Dans une allocution aux électeurs d'York, le célèbre M. Brougham glorifiait la nation française, « qui, l'éveillée sous le poids d'une oppression intolérable, s'était levée dans sa puissance et avait chassé le tyran du trône qu'il souillait1 ».

« En prodiguant l'outrage à un prince infortuné, dit un historien, l'aristocratie anglaise avait un double but : elle voulait, d'une part, se venger des préférences de Charles X pour la Russie, et çle

1 Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration, par un ancien Magistrat.

LE D.l C D ANGOULEME.

l'autre, elle espérai! attirer à son alliance la France aouvelle qui lui faisait pour1. »

Mais, en Angleterre, la pitié se tait lorsque l'intérêt politique est en jeu. Le rapprochement de la Russie et de la France dans les dernières années de la Restauration, sur les champs de bataille d'abord, dans la politique générale ensuite, avait vivement contrarié le gouvernement anglais, qui se reportail avec amertume à l'entente précieuse d ii Congrès de Vienne. Aussi, la nouvelle de l'avènement au trône de Louis-Philippe eut-elle pour effel de provoquer une satisfaction évidente. Dans l'esprit du Cabinet s de Londres, cet événement devait fatalement marquer un changement de politique de la Russie, qui n'admettait que le principe de la légitimité, et avoir pour corollaire une entente franco-anglaise aussi étroite que jadis.

Aussi, pour amener ce résultat, tout était mien œuvre et, en outrageant Charles X et le Dauphin, on savait qu'on plaisait à Louis-Philippe.

Le dénûment de la famille royale était profond. o Le Roi manquait de tout, n'ayant emporté. au moment de son départ, que ce que son entourage avail prévu devoir être nécessaire; ce

'• Parallèle historique des Révolutions d' Angleterre et de France, Maxime de Choiseul-Daillecourt.

qui était de luxe fut négligé, au poinl que, dès le premier jour, le duc de Rohan remarqua h la table royale des fourchettes de fer ou de plaqué1. »

Cette situation lamentable n'apaisa pas les créanciers, qui poursuivirent Charles X jusque dans la solitude de Lulhvorth. Plusieurs d'entre eux se concertèrent pour le rejoindre un jour, à l'heure où. solitairement, il faisait sa promenade habituelle, et lui réclamèrent une somme considérable pour dos fournitures faites jadis à l'armée de Condé. Mais cette cause ayant déjà été entendue et repoussée par les tribunaux français, le Roi ne put que leur opposer une fin de non-recevoir. Exaspérés, ils s'en prirent plus violemment à lui et ne parlaient rien moins que de saisir de nouveau la justice de leurs réclamations.

Craignant un incident grave, Charles X se décida à chercher un asile plus retiré encore. Le château de Holyrood, ancienne résidence du comte d'Artois et du duc d'Angoulême, perdu dans les brumes du nord de l'Angleterre, sembla nu Roi le lieu le mieux approprié à une retraite peutêtre définitive. Le roi d'Angleterre, aussitôt pressenti et qui, malgré l'attitude de son peuple.

1 Mémoires île la duchesse de Gontuut.

gardail au fond de son cœur des sentiments sympathiques aux Bourbons, n'opposa aucune difficulté, et la famille royale put s'y fixer à la fin do l'année 1830.

Flanqué de tours élevées, encaissé au fond d'une vallée profonde, communiquant par un passage resserré avec l'un des faubourgs d'Edimbourg, dominé par deux hautes chaînes de montagne- à l'aspecl sévère, qui, s'élevant à pic, fermaient l'horizon, << le vieux palais dTIolyrood qui pleura il ses rois convenait bien comme séjour aux Bourbons qui pleuraient leur patrie1 ».

Pendant deux années, ils y résidèrent, étrangers au inonde extérieur, abandonnés de tous, ressentant d'autant plus les horreurs de l'exil que la tristesse de la nature semblait les aggraver encore.

Le comte de Marnes entourait le vieux Roi d'une tendresse et d'un respect filiaux qui lui arrachaient parfois des larmes d'émotion; acceptant son sort comme une épreuve destinée à tremper plus fortement son âme, il ne trouvait de plaisir, en dehors du culte qu'il avait voué à son père, que dans des œuvres de charité et d'assistance parmi les quartier- populeux d'Edimbourg, où son nom et celui

1 Nettement, Ib-mi de France.

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de La comtesse de Marnes étaient synonymes de bonté.

Et pourtant leurs ressources étaient si minimes que le plus léger don leur enlevait presque le nécessaire.

Et à ce moment même, en France, le bruit se répandait que les Bourbons, sur lesquels les attaques violentes et passionnées continuaient à s'acharner, avaient emporté des sommes considérables. Le feu de la haine faisait oublier alors cette belle réponse du duc d'Angoulême à un ministre qui, à la fin de l'année 1829, sollicitait de lui un secours pour une commune particulièrement éprouvée :

« Monsieur, j'en suis fâché; il faudra revenir. Je me suis fait une loi de rendre à la France chaque année ce que je reçois d'elle. L'année finit aujourd'hui; mon revenu a fini avec l'année et j'ai donné ce matin tout ce qui me restait; revenez demain1. »

Au milieu de leur morne solitude, le comte et la comtesse de Marnes voyaient avec bonheur grandir le comte de Ghambord, sur lequel ils avaient reporté toutes leurs espérances. Recevant un jour la visite de d'Haussez, la comtesse de

1 Nettement, ouvrage cité.

LE DUC DANGOULEME.

Marnes ne put s'empêcher de retenir ses larmes en parlant de la France. « La Révolution l'cmporte, s'écria-t-elle. Elle est plus forte que mon courage. Longtemps j'ai trouvé de l'énergie à opposer à mes malheurs. Je n'ai plus môme de résignation. Est-ce que vous croyez tout perdu? » El comme d'Haussez, dont la conviction était dei:iii- longtemps faite, prodiguait à la Princesse, par courtoisie, quelques encouragements timides, elle reprit aussitôt : « Comment trouvez-vous le duc de Bordeaux? — Charmant. — Vous en serez bien plus content lorsque vous le connaîtrez. Si vous >avie/ comme il a de l'esprit, de la sensibilité, du cœur. Je ne puis me persuader qu'un grand avenir ne lui soit pas réservé. C'est au moins ce que je veux me persuader lorsque je cherche des consolations. Pauvre enfant! (Jue deviendra-t-il ' ? » Et voilà quel était le point d'inteiv rogation qui l'obsédait quand elle cherchait à soulever le voile de l'avenir.

Le climat d'Ecosse affaiblissait la santé déjà si ébranlée de Charles X. Ses forces déclinaient. Il était urgent de chercher une demeure plus salubre, plu- confortable, plus voisine d'un centre important.

' d'Haussez.

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L'empereur d'Autriche venait d'offrir au Roi le palais du Hradschin à Prague, qu'il avait accepté avec empressement.

La nouvelle du départ de la famille royale àvail suscité, à Edimbourg, à Leith et dans toute la région où elle venait de résider, des regrets difficiles à dépeindre. Les souvenirs de l'assistance que les Bourbons avaient jadis prêtée aux Stuarts s'y joignant encore, avivaient la tristesse avec laquelle la population voyait ses bienfaiteurs s'éloigner.

DTIolyrood à Leith, où ils allaient s'embarquer, ce ne fut qu'une série d'ovations. On eût dit que ces villes avaient perdu quelque chose d'ell smêmes. Lorsque le Roi, appuyé sur le duc d'Angoulème, monta à bord du navire qui, de Leith, devait le transporter à Rotterdam, les acclamations redoublèrent. Elles devinrent plus intenses encore à mesure que le bâtiment prenait le large, et les derniers vivats se perdirent dans le bruit des flots, si particulièrement agités dans cette région, où la mer se rue sur le rivage avec une menaçante impétuosité.

Si dur que fût le climat de Prague en hiver, il ne pouvait pourtant être comparé à celui d'ffolyrood, et le Roi espérait pouvoir le surmonter ei réparer ses forces affaiblies. La situation du château du Hradschin était fort belle. Dominant la

360 LE DUC d'aNOOULÊME.

ville de Prague et la vallée de la Moldau, la vue y embrassai! un panorama admirable. La Moldau roule avec majesté ses eaux profondes et rapides, el Prague, qui s'échelonne par gradins depuis la rivière jusqu'au pied du palais, a conservé son caractère de grandeur du temps des règnes mémorables des anciens rois de Bohême.

Le Dauphin continuait à prodiguer à son père ans les plus tendres et les plus assidus.

ci M. le Dauphin veille sur Charles X comme sur un enfant; il lui baise la main quand il s'en approche, s'informe de sa nuit, ramasse son mouchoir, parle haut po\ir s'en faire entendre, l'empêche de manger ce qui l'incommoderait, lui fait iiiclt re ou ôter une redingote selon le degré de froid, l'accompagne à la promenade et le ramène1. »

An moi- de mai 1833, Chateaubriand se rendit à Prague pour saluer le Roi et le comte de Marnes. Le comte de Guiche l'introduisit chez le Dauphin. •• Je le trouvai, dit-il, vieilli et amaigri; il était vêtu d'un habit bleu râpé, boutonné jusqu'au menloD et qui, trop large, semblait acheté à la friperie; le pauvre Prince me fit une extrême pitié2. »

1 Chateaubriand, Mémoires d'outre- tombe.

Tous ceux qui approchaient alors le comte de

Marnes se livraient aux même- réflexion^ ; la timidité, qui avait toujours été l'un des traits distinctifs de son caractère, et que ses exils successifs avaient contribué à développer à l'extrême, le repliait entièrement sur lui-même.

La mélancolie pesait sur lui comme un fardeau. Il avouait alors à ses intimes que ses pensée- se reportaient vers les journées de Juillet et les circonstances de son abdication. « Si mon neveu avait besoin de moi, je le servirais de mon épée, disait-il encore, mais j'ai signé contre mon sentiment mon abdication pour obéir à mon père ; je ne la renouvellerai pas ; je ne signerai plus rien1 ; qu'on me laisse en paix. Ma parole suffit . Je ne mens jamais. »

En effet, ajoutait Chateaubriand, « sa bouche n'a jamais proféré un mensonge. Il lit beaucoup; il est assez instruit, même dans les langues; sa correspondance avec M. de Villèle pendant la guerre d'Espagne a son prix, et sa correspondance

1 Au cours de son séjour en Angleterre. Charles X avait tenu à notifier aux Cours d'Europe sa renonciation au trône, mais le Dauphin ne jugea pas qu'il dût se joindre à son père. « Son refus d'adhérer pour son compte à la transmission du titre lui réservait tous ses droits à venir, mais en reportait l'es au Roi son père, alors que ce père déclarait n'en plus vouloir. » {Charles X et Louis XIX en exil. Mémoires du marquis de Villeneuve).

LE DU< DANGOULÈME.

avec la Dauphine, interceptée et insérée dans le Moniteur, le l'ait aimer; sa probité est incorruptible, sa religion est profonde, sa piété filiale s'élève jusqu'à la vertu1 ».

Peut-il être un témoignage de plus de poids?

El c'est ainsi que les jours, les semaines, les années s'écoulèrent sur cette terre de Bohème, dans une monotonie que rompaient seules les visites assez fréquentes des amis de la famille royale et, l'été, quelques déplacements aux environs de Prague; « Je passe à 10 heures du soir devant Bushirad, dit encore Chateaubriand, dans la campagne muette, vivement éclairée de la lune. J'aperçois la masse confuse de la villa, du hameau et de la ruine qu'habite le Dauphin. Un s'i

profond isolement me saisit Le mari de la

fille do Louis XVI languit dans un village de Bohème; un chien dont j'entends la voix est la seule garde du Prince : Cerbère aboie ainsi aux ombres dans les régions de la mort, du silence et de la nuit. »

Malgré leur désir de rester dans ce pays de Bohême qui leur offrait un asile à l'abri des orages, les Bourbons durent envisager de nouveau la Iriste perspective d'un départ. Le palais

1 Mémoires d'outre-tombr.

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du Hradschin était le seul qui pût être habité par l'empereur d'Autriche, roi de Bohême, lorsqu'il se rendait à Prague. A plusieurs reprises, on avait songé à y installer des membres de la famille impériale.

La pensée que sa présence pouvait constituer un obstacle à ces projets était insupportable à Charles X.

Il fallait recommencer la vie errante et trouver un autre toit. Le calme et la salubrité du séjour de Goritz avaient été vantés au Roi. Il résolut de s'y rendre.

Il prit aussitôt des mesures pour faire louer le château de Graffenberg, situé à l'extrémité de la petite ville et qui lui servirait de résidence personnelle.

Le Dauphin et la Dauphine devaient habiter l'hôtel du comte Strasoldo.

Au cours de l'automne de 1836, on se mit en route ; les épreuves semées depuis tant d'années sur le chemin des Bourbons n'avaient pas atténué ce sentiment de générosité qui leur était naturel, et auquel se joignait une condescendance touchante pour les humbles et les déshérités de la fortune. Ce touchant récit en fait foi :

a Nous avions traversé l'Elbe et la place forte de Theresienstadt ; nous approchions de Teplitz.

LE DUC DANGOULEME.

Le Roi et I»' Dauphin étaient fort occupés d'un Qoramé Hemrich, simple concierge de la maison qu'ils devaient habiter, mais qui, les années précédentes, leur avait montré beaucoup d'attachemi'iil i'l de zèle. Ayant appris qu'il était malade, ils voulaient lui témoigner tout leur intérêt pour ses souffrances et son rétablissement. En descendant de voilure, le Roi demanda : « Où donc est

Hemrich? — 11 est mort depuis hier », répondit d'un air consterné le duc de Bordeaux, qui était venu embrasser son grand-père. Le Roi et le Dauphin se montrèrent fort aflligés de cet événement... Us donnèrent à la veuve et à la famille du pauvre Hemrich des preuves d'un intérêt véritable1. »

A peine arrivé à Teplitz, Charles X apprend que le roi de Prusse y est attendu, qu'il a décidé d'occuper la maison où il réside momentanément el qu'il faut de nouveau songer au départ.

Vers quel point se diriger avant d'atteindre le terme désiré de ce long voyage? Le choléra veii, iil d'éclater en Autriche et la ravageait cruellement. Les morts se comptaient par centaines. La terreur et la désolation régnaient dans les provinces séparant Salzbourg de Gorilz.

1 Dernière époque de l'histoire de Charles X, par Monlbel.

Le comte de Marnes et le Roi commencent par s'arrêter à Budweiss, dans une modeste hôtellerie, que l'incommodité et l'exiguïté des chambres rendaient presque inhabitable.

Perdus au milieu des nombreux voyageurs qui y étaient descendus, ils se virent bientôt assiégés par de nouvelles alarmes : le duc de Bordeaux, dont la santé avait été ébranlée par les multiples déplacements auxquels on soumettait son enfance, devint tout à coup si malade que les pires éventualités furent à redouter. Sans cesse penchés sur son lit de souffrances, le comte de Marnes et Charles X luttèrent contre la mort qui menaçait l'enfant royal; mais la pénurie des ressources de toute nature dans celte petite ville augmentait la difficulté de ces soins. Secondés par le dévouement de la comtesse de Marnes, ils furent pendant plusieurs jours en proie aux plus vives angoisses; enfin, le mal céda à leurs efforts désespérés. Blacas ayant pu, après mille recherches, trouver à quelques heures de Vienne le château de Kirchberg, dont son propriétaire voulait se défaire, il s'en rendit acquéreur au nom du Roi, qui s'y installa avec le Dauphin et sa suite.

Le séjour y fut calme. Le comte de Marnes et le Roi paraissaient plus heureux ; dans leurs longues promenades, ils jouissaient de la beauté

LE DIX d'aNGOULÊME.

grandiose de cette nature où ils trouvaient, en même temps que la paix de L'âme, d'impressionnants spectacles. Des Français de passage à KirchBerg, d'Haussez, Vaufreland, Berner, jetaienl dans l'existence si monotone du Roi et du comte de Marnes un rayon de soleil quand ils leur parlaient de ce pays de France, si loin «■t si cher.

Le destin semblait leur accorder une trêve avant de leur infliger la plus cruelle des séparations. L'épidémie de choléra continuait sa marche envahissante. Après s'être atténuée à Trieste et dans la région avoisinante, elle s'abattait maintenant -m la Bohême et menaçait Kirchberg. Le Roi se plaisait tant dans cet antique château qu'il hésita longtemps avant de se décider à un nouvel exode. Il avail le pressentiment de sa fin prochaine et l'exprimait souvent aux siens.

Le «ointe de Marnes l'avait précédé à Goritz pour y préparer avec la plus tendre sollicitude la nouvelle résidence du Roi.

A peine arrivé dans cette ville, Charles X reçut la visite du marquis de Clermont-Tonnerre, son ancien ministre.

« LcRiu et le Dauphin lui demandèrent nominalement des nouvelles d'un grand nombre d'officiers de terre el de mer, louant ceux qui étaient

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restés fidèles, en excusant beaucoup d'autres, rendant justice indistinctement aux talents de chacun d'entre eux et ne prononçant de blâme contre personne1. »

.Mais, tout à coup, Charles X, qui avait très bien supporté le trajet de Kirchberg à Goritz, parut s'affaiblir, ses forces le trahissaient de jour en jour; la maladie dont il venait de contracter les germes se déclara avec violence. Tous les soins furent inutiles ; il était visible que sa fin approchait.

« Le 6 novembre, à une heure et quart du matin, le docteur Bougon annonça que le Roi n'avait plus que quelques instants à vivre. Nous tombâmes tous à genoux autour de son lit. Le Dauphin, priant avec ferveur, respirait le soufile de son père. Seule, debout aux pieds du Roi, les mains jointes avec contrition, la Dauphine semblait présider cette nouvelle scène de douleur. A une heure et demie, sur le signe expressif du docteur Bougon, le duc de Blacas se pencha vers le Dauphin et lui dit quelques mots à voix basse... Ce prince, avec un profond sentiment de vénération,, ferma les paupières de Charles X, et au

1 Mootbel, ouvrage cité.

LE DI i D ANGOULEME.

milieu du silence et «lu saisissement de la douleur, les sanglots déchirants de la fille de Louis XVI annoncèrent qu'un sacrifice royal venait encore d'être consommé1. »

1 Montbel, ouvrage cité.

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