II INTRODUCTION
qui contribue à créer les légendes : la gloire précoce, les deuils cruels, Vexil amer, les rigueurs imméritées, celles du sort et celles des hommes. Il porta en chrétien, en prince, en Fran-çais, le faisceau de ses trop rares joies et le fardeau de ses trop nombreuses tribulations. Une fois rentré dans son pays, il parlait sans amertume de ceux qui, par deux fois, Vavaient proscrit, comme si, en touchant le sol natal, il s'était trouvé subitement consolé, guéri, et avait pardonné aux proscripleurs, A la fin de sa vie surtout, tout en lui témoignait de cette généreuse clémence, et, de même aussi, ses paroles, ses actes trahissaient l'immense joie qu'il ressentait à vivre dans sa patrie et à fouler de ses pieds « la poussière de France » .
Cependant, comme s'il n'eût pas épuisé toutes les douleurs du prince, du patriote, du fils, de l'époux, du père, du soldat, la destinée lui en réservait une autre dont, heureusement, il n'eut pas le temps de souffrir : celle d'expirer loin de cette patrie bieh-aimée à laquelle, dès qu'il put sentir et comprendre, il avait donné tout son esprit et tout son cœur.
Ainsi tout a contribué, — ses origines, sa valeur personnelle, les circonstances de sa vie, — à lui créer un piédestal, d'où, vivant, il ne descendit jamais une fois qu'il y fut hissé et où, mort, il semblera de plus en plus grandi. On a pu déjà prévoir ces choses au moment de son trépas, dans les regrets et dans les hommages prodigués autour de son cercueil. L'histoire leur donnera plus de précision, un relief plus accusé. Peu d'hommes, depuis cinquante ans, ont été autant que le duc d'Aumalè, un « personnage historique ».
Le premier souvenir que j'ai gardé de lui remonte à l'époque de sa rentrée en France, en 1871, Depuis, je le revis sou-
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vent, et j'ai toujours vécu parmi quelques-uns de ses amis les plus intimes et les plus chers. Historien, familiarisé par des études antérieures avec les grands épisodes où figurèrent ses parents, Vidée devait naturellement m'étre suggérée d'écrire nn livre en guise d'hommuge à sa mémoire. Ce livre, mes souvenirs personnels et la bienveillance des amis du prince m'ont permis de V entreprendre. J'adresse ici à tous ceux qui in apportèrent leur concours le témoignage de ma vive et sincère gratitude.
Je n'ai pas la prétention d'avoir écrit sur le dm d'Aumale r œuvre définitive à laquelle a droit sa mémoire^ ni par conséquent d'avoir élevé le monument qu'elle mérite et qui perpétuera son souvenir. Comment aurais-je pu nourrir pareille ambition quand le dépouillement des volumineux papiers qu'il a laissés n'est pas achevé, et lorsque des années sans doute s'écouleront avant que, ces précieux documents étant mis au jour, son histoire puisse s'éclairer de leur lumière? Moins prétentieuse a été ma tentative. Au lendemain de la mort du prince, lorsque tant de témoins de ses actions vivent encore et peuvent confirmer ou rectifier mes récits, je n'ai voulu, en le suivant dans sa longue carrière, qu'en fixer les principaux: traits avant qus le temps les effaçât.
Tel qu'est ce travail, quelque incomplet qu'il soit, je me rends ce témoignage que, dans son exécution, mon cœur n'a pas eu une moindre part que mon esprit. Entraîné par une admiration à laquelle venaient, à chaque pas, se mêler des regrets nés du spectacle de tant de dons rares et merveilleux inutilisés trop tôt et perdus pour la patrie, j'ai mis à écrire ce livre une ardeur passionnée, dévoré du souci de ne m'in-