‹ Le duc d'Aumale 1822-1837Chapitre 8 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'africain (1)

Arrivée du duc d'Aumale en Algérie. — Signes caractéristiques de sa personnalité militaire. — Ses premières armes. — Le col de Mouzaïa. — Chevalier de la Légion d'honneur. — Une lettre du général Ducrot. — Bugeaud gouverneur général. — Colonel du 47* léger. — L'attentat Quénisset. — Retour en Algérie comme maréchal de camp. — Une lettre du roi. — Ascendant du prince sur les troupes. — La prise de la smalah. — Lieutenant général et commandant de la province de Constantine. — Un voyage en Italie. — Séjour à Turin et à Naples. — Le duc d'Aumale fiancé à la fille du prince de Salerne. — Nouveaux combats. — Son mariage. — 11 est nommé gouverneur général de l'Algérie. — Son portrait à cette époque. — La reddition d'Abd-el-Kader. — Les dernières semaines du gouvernement du duc d'Aumale. — Résumé de sa carrière en Algérie.

Le 13 avril 1840, à la suite du duc d'Orléans, son frère, le duc d'Aumale débarquait à Alger. Alger! nom magique pour lui, terre promise si souvent entrevue, théâtre grandiose où, dans une chevaleresque épopée, allait fleurir sa jeune gloire. Là, il fera sa moisson de lauriers en révélant les brillantes qualités dont sa jeunesse relève l'éclat et qui lui vaudront l'admiration de tous les hommes de guerre de son temps I

(1) Ce livre n'est point une histoire de l'Algérie. De mes recherches aux Archives du dépôt de la guerre et dans les ouvrages qui ont raconté cette histoire, je n'ai retenu que ce qui a trait au duc d'Aumale, et j'ai passé brièvement sur le reste.

Le maréchal Valée, gouverneur général de la colonie, était venu au débarcadère recevoir les fils du roi. Au bruit des salves d'artillerie, ils montèrent en voiture avec lui pour se rendre au palais du Gouvernement. Derrière eux se pressaient les officiers de leur état-major : le baron de Marbot, aide de camp de Louis-Philippe, un des survivants des guerres de l'empire qu'il se préparait à raconter en d'inoubliables et parfois romanesques Mémoires, le chef de bataillon du génie de Chabaud La Tour, déjà le confident et le fidèle ami du duc d'Aumale, les chefs d'escadron d'Elchingen et Bertin de Vaux, les lieutenants-colonels Gérard et Jamin, toute une élite. On traversa ainsi la ville d'Alger, entre deux haies de soldats, derrière lesquelles se pressait une foule qui acclamait les princes. Le duc d'Aumale goûta, ce jour-là, à l'aube de son rêve en train de se réaliser, la première des ivresses que lui réservait l'avenir.

Chef de bataillon du 4* léger, nommé officier d'ordonnance de son frère, il entrait en campagne dès le lendemain. Bientôt, aux environs de Médéah et de Blidah, il prenait part aux divers combats, étapes incessantes et périlleuses de la conquête, qu'à tout instant il fallait livrer aux Arabes. C'est à grands traits qu'il convient de retracer ces glorieux souvenirs. Ils ont eu plusieurs narrateurs (1), et les détails en sont trop connus pour qu'il y ait lieu de les raconter à nouveau, si ce n'est sous une forme sommaire. Ce qui importe dans ce livre où se déroule rapidement la vie du duc d'Aumale, c'est de le montrer sur les champs de bataille, tel qu'il apparut dès le premier jour aux troupes et à leurs chefs.

(1) Notamment Camille Rousset dans ses consciencieuses études sur la Conquête d'Alger, et le général nu Bar ail dans ses attachants Mémoires,

Les signes caractéristiques de sa personnalité militaire étaient son impatience toujours bouillonnante, son ardeur, sa témérité. Les responsabilités du général ne pesaient pas encore sur lui; il n'avait ni les obligations, ni les devoirs du commandement. Il marchait dans le rang. Rien, par conséquent, ne pouvait le détourner de donner carrière à son impétuosité. Il se mettait donc toujours en avant, se dérobant sans cesse à la surveillance qu'on exerçait sur lui et arrachant en quelque sorte à ses chefs les missions les plus périlleuses que d'abord ils voulaient lui refuser, par égard pour son âge et dans la crainte qu'il ne s'exposât par excès d'audace.

« Nous sommes responsables de vous devant le roi, mon prince », lui disaient-ils.

Ces paroles, témoignage d'une sollicitude qui lui pesait, avaient le don de l'exaspérer. S'il fut jamais tenté d'enfreindre les lois de la discipline, c'est bien en ces circonstances où l'on semblait douter non de son courage, mais de sa vigueur et do son sang-froid. D'ailleurs, en peu de temps, il devint impossible de le contenir. Il devait à sa naissance d'avoir obtenu, sans coup férir, ses premiers grades. Il tenait à prouver que son mérite égalait la faveur qui les lui avait donnés.

Cette preuve, il la fit, et de telle sorte que son avancement ne souleva ni protestations ni critiques parmi les témoins de sa belle vaillance. On pouvait déjà pressentir que, soldat dans l'âme, nature de héros, avide de faire acte d'héroïsme, inspiré par une foi robuste dans son étoile, dominé par les influences héréditaires, il irait toujours au delà du devoir.

Dès son premier contact avec les Arabes, il gagne ses éperons. C'est le 27 avril. La division que commande le duc d'Orléans a reçu l'ordre de marcher à l'ennemi, au

delà de la Chîffa. Après douze heures de marche, on ne Fa pas rencontré. Les soldats exténués espèrent un repos bien gagné, quand soudain apparaissent les troupes du bey de Milianah, trois à quatre mille hommes. On court aux armes. « Là, je vis avec admiration cette poignée de braves gens, harassés par une longue marche et par une nuit sans sommeil, secouer leur fatigue en présence de l'ennemi et courir aux armes avec une ardeur, une gaieté qui faisaien battre le cœur(l). » Le duc d'Orléans fiait ordonner à la cavalerie de hâter le pas et d'aller en avant.

a C'était à moi de porter l'ordre, écrit encore le duc d'Aumale. Je ne me le fis pas dire deux fois; quand j'arrivai aux chasseurs, ils marchaient en bataille au galop. Je cherchai le colonel, je ne le vis pas. La charge commençait. Ma foi! je ne pouvais ni ne voulais m'en aller. Je poussai mon cheval et je tâchai d'aller de mon mieux. C'était magnifique; tous les hommes, l'œil en feu, le sabre à la main, couchés sur leurs chevaux; devant nous, à cinq ou six pas, les burnous blancs des Arabes qui se retournaient pour nous tirer des coups de fusil ou de pistolet. La charge fut très brillante. On l'arrêta au moment où nous allions tenter le passage de la rivière. Je trouvai derrière moi Jouve, sous-lieutenant de spahis, qui avait cherché à m' arrêter et qui m'avait constamment suivi; Jamin; un peu après, Gérard, Montguyon, toute la compagnie que mon frère avait mise à mes trousses. Je revins alors à mon poste, où je n'eus pas de peine à me disculper (2). »

(1) Notes du duc d'Aumale, citées par M. Georges Picot.

(2) Notes du duc d'Aumale, citées par M. Georges Picot. Le prince y raconte sa première rencontre avec Lamoricière : « Nous avons trouvé, écrit-il, Lamoricière, qui arrivait de Koléah avec un bataillon de zouaves. Le cœur na'a battu quand j'ai vu ces visages bronzé^

Quand, au bout de quelques semaines, prirent fin ses débuts militaires, il fut, comme chef de bataillon du 4' léger, mis à Tordre du jour de l'armée « pour avoir, à Texpédition de Médéah : 1" chargé volontairement le 27 avril (combats de TAffroun) à la tête du i*' régiment de chasseurs d'Afrique; 2* le 12 mai, donné son cheval au colonel Gueswiller démonté, et marché avec les grenadiers du 23* à l'assaut du col de Mouzaïa (1). »

Ce que cet ordre du jour ne dit pas, c'est que le jeune officier arriva sur le col avec les premiers soldats qui y plantèrent le drapeau tricolore. Écoutons-le, d'ailleurs, raconter lui-même ce glorieux épisode du 12 mai, l'enlèvement de la formidable redoute au sommet de laquelle s'était établi Abd-el-Kader avec cinq mille hommes pour empêcher les Français de s'établir à Médéah.

Durant la nuit, le duc d'Orléans avait placé ses troupes à leur poste de combat, et, au lever du jour, il les lance sur les hauteurs que défendent six pièces de canon. « On fit poser les sacs, et nos admirables soldats partirent pleins de joie, bondissant comme des chèvres, avec une ardeur qu'on ne peut décrire, mais qu'on n'oublie pas. A peine étaient-ils lancés dans la montagne qu'une fusillade épouvantable se fit entendre sur le pic de Mouzaïa et, en levant la tête, nous vîmes la brigade Duvivier s'avancer au pas de course au milieu d'un nuage de fumée. Un instant, on crut l'attaque compromise ; on ne

par le soleil, ces figures martiales où la gravité du soldat éprouvé se mêlait à là gaieté française ; mon frère me serrait le bras en me disant : c Je nage dans la joie. > Le soir, j'ai beaucoup causé avec Lamopicière. C'est un homme bien remarquable. « Nous avons ici, « dit-il, des hommes de mérite près desquels je cherche à m'int stniire de tout ce qui a été fait et de ce qu'il faudrait faire dans « ce pays. »

(i) Extrait des états de service du duc d'Aumale. Voir aux Pièces historiques, II.

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