‹ Le duc d'Enghien, 1772-1804Chapitre 18 sur 69 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

L'homme qui s'était emparé du pouvoir au 18 brumaire avait surpris tous les partis. Les royalistes avaient cru trouver en lui une sorte de Monk, prêt à relever la monarchie légitime ; les républicains, un ferme soutien des principes de la Révolution, et décidé à compléter son œuvre. Tel était le prestige du jeune et glorieux capitaine que le coup d'État, entrepris et résolu par lui, n'avait été blâmé sur l'instant que par les démagogues. Les journées de prairial et de fructidor avaient habitué les Français aux violations de la Constitution. On avait donc laissé faire le 18 brumaire, ou on s'y était associé. Mais à peine le général Bonaparte eut-il pris le gouvernement en main, qu'une transformation étonnante s'opéra dans la société française. Avec le nouveau chef, la confiance renaît, l'ordre, la sécurité et le travail font reparaître une fortune qu'on avait entièrement oubliée. Bonaparte est élu consul à vie par trois millions de suffrages. Devant cette manifestation, celui qui, dans la fumée de la bataille de Lodi, avait entrevu l'éclair de ses prodigieuses destinées, ne doute plus de sa toute-puissance. Le premier pas est fait vers l'Empire. Les complots d'Arena et de Saint-Réjant ont augmenté la popularité de Bonaparte et donné des arguments irrésistibles en faveur de l'hérédité. La démagogie a été vaincue : restent à réduire les partisans de la monarchie légitime, qui n'étaient pas éloignés de s'unir avec les exaltés, au fur et à mesure que son ambition s'affirmait et se révélait.

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