‹ Le duc d'Enghien, 1772-1804Chapitre 27 sur 69 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le 20 mars, à cinq heures et demie du soir, la chaise de poste qui renfermait le duc d'Enghien entra sous le pont-levis du château de Vincennes. C'était la troisième fois qu'un Gondé franchissait ces sombres murailles. En 1627, Richelieu y avait envoyé le prince Henri de Gondé; en 1650, Mazarin, le grand Gondé. A la différence de ses aïeux, qui en étaient heureusement sortis, le duc d'Enghien allait y trouver la mort.

Le jeune prince descendit péniblement de voiture, suivi du fidèle Mohiloff. Il était vêtu d'une longue redingote olive et coiffé d'une casquette à double galon d'or. Sa figure pâlie et son air de fatigue émurent une religieuse, la dame Bon, qui ramenait en ce moment à madame Harel ses deux enfants'. Le commandant Harel s'approcha du prince. Il lui offrit de monter chez lui pour se chauffer, en attendant qu'on eût préparé son appartement. Le prince accepta et demanda à dîner, n'ayant rien pris ou presque rien depuis le matin. Harel envoya le brigadier Aufort

' Le ju{»ement définitif inséré au Moniteur du l*"" germinal contient en ces termes le signalement du duc d'Enghien :

« Taille. — 1 mètre 705 millimètres.

Cheveux et sourcils. — Châtain clair.

Figure. — Ovale, longue et bien faite.

Yeux. — Gris tirant sur le brun.

Bouche, — Moyenne.

Nez. — Aquilin.

Menton. — Un peu pointu, bien fait. »

Nous avons en notre possession un exemplaire d'un des meilleurs portraits du prince. Des cinquante portraits que nous avons vus, c'est le plus ressemblant et

chercher quelques mets chez un traiteur du voisinage. Le curé de Vincennes, l'abbé Roger, qui révéla plus tard d'intéressants détails pour l'exhumation, adressa au ministre de la police, le 14 mars 1816, une note sur les derniers moments du duc d'Enghien , dont nous détachons ce passage : « Le prince était exténué de fatigue, n'ayant pas mangé depuis vingt-six heures. Le commandant lui fit. servir un dîner passable par le restaurateur Mavré, qui demanda sept ou huit francs. Son Altesse mangea peu. Elle témoigna le désir qu'elle avait pour la chasse et la lecture, promettant au commandant que, si la première lui était accordée, elle l'assurait de chasser fidèlement avec lui et de ne point chercher à s'évader ' ...» Le brigadier Aufort, qui avait été chargé de se procurer le repas du prince, nous a laissé des notes saisissantes de vérité :

« ...Je me hâtai, dit-il, d'aller au traiteur le plus proche. Autant que je puis m'en souvenir, il était déjà six heures du soir. Ce traiteur avait eu à dîner un assez grand nombre de personnes; ses provisions étaient épuisées. Forcé de me contenter d'un très-modique ordinaire (un potage au vermicelle et un fricandeau) , je m'empresse de le faire dresser et, dès qu'il est prêt, je le porte moi-même au château. En rentrant, je cherche à me justifier de la mauvaise réussite de ma commission. Le prisonnier reçoit mes excuses avec une extrême bonté; il m'assure qu'il est très-content, que c'est tout ce qu'il lui faut, et qu'il me sait gré du zèle que j'ai mis à lui rendre ce service. La table était prête. Nous le servons. Au moment de mettre la main à la soupière où était le potage, il se retourne vers Harel, qui se te-

Je mieux traité. Il a été gravé à Londres par Antliony Cardon, sur une miniature de Huet-Villiers, faite d'après l'original. La figure du duc est grande; les cheveux encadrent harmonieusement la physionomie ; ils sont un peu rabattus sur le front et descendent à droite et à gauche en longues boucles ; le front est vaste, les sourcils réguliers et presque réunis; le nez long, busqué, bourbonien; les yeux d'une douceur attirante, la bouche fine et arquée, le menton légèrement proéminent avec fossette. Sur l'ensemble de cette belle figure règne un grand air de noblesse, de franchise et de bonté. C'est cette gravure qui aurait été adressée à Savary comme ayant appartenu à la princesse de Rohan-Rochefort, ainsi qu'a paru le croire M. de Mas Latrie. (Revue d'histoire diplomatique, n° 2.) ' Archives nationales, F' 6808.

nait en arrière à quelque distance, et, lui adressant la parole avec une grâce et un air de noblesse que je ne saurais définir :

« Monsieur, lui dit-il, j'ai une grâce à vous demander. J'espère que vous n'y trouverez pas d'indiscrétion. J'ai avec moi un compagnon de voyage; c'est le petit chien que vous voyez là. Il est le seul ami dont on ne m'ait pas séparé. Le pauvre animai a fait avec moi toute la route; il est, comme moi, à peu près à jeun depuis Strasbourg. Permettez que je lui témoigne de mon mieux ma reconnaissance en partageant avec lui ce léger repas... »

« J'avais regret d'avoir apporté si peu de chose, dit le témoin, et je me promettais bien de procurer le lendemain au prisonnier un meilleur dîner. (Hélas! j'étais loin de m'attendre que celui-ci fût pour lui le dernier!) Il avait versé sur une assiette la moitié du potage ; il l'offre au petit chien , qui s'en accommode parfaitement. Ensuite, il fait la même chose pour l'autre mets, qui est accepté avec autant de plaisir... » Tel est le récit du brigadier Aufort *. Il prouve une fois de plus comment, dans les circonstances les plus difficiles, le prince savait garder son calme et sa noblesse. Api es ce court repas, le duc d'En ][hien fit plusieurs questions à Harel. Il l'interrogea sur Vincennes. Il lui dit qu'il avait été élevé dans les environs de ce château. Puis il lui demanda, sans inquiétude apparente : « Que me veut-on? Que veut-on faire de moi?» Harel répondit par des paroles évasives. Sa femme, alors malade, était couchée dans la même chambre, au fond d'une alcôve fermée par une grille. Elle entendit, sans être aperçue, toute la conversation et fut vivement émue, lorsqu'elle reconnut le prince dont elle était sœur de lait et dont la famille lui servait une pension avant la Révolution. Il semble que Dieu ait voulu accumuler dans ce drame les incidents les plus pathétiques. Cette femme, l'obligée des Gondé, ne pourra rien pour le malheureux prince dont elle a partagé la première enfance. Qu'on se figure sa tristesse et ses larmes... Mais ce n'est pas tout.

Harel, dans le récit qu'il fit des derniers instants du duc

I Détails historiques sur les derniers moments de Mgr le duc d'Eni/hien. — Taris, 1816, in-S".

(l'Enghien, rapporte que, dès le 18 mars, c'est-à-dire deux jours avant l'exécution, on l'invita à préparer une pièce pour un prisonnier dont on attendait l'arrivée. On lui demanda aussi de faire creuser une fosse dans la cour; il répondit que cela n'était pas chose facile, parce que la cour était pavée. On chercha une autre place et l'on désigna les fossés où elle devait être préparée. Sur ce lait monstrueux nous avons la déposition du sieur Bonnelet, manouvrier à Vincennes, qui, le 18 mars 1816, devant la commission d'enquête chargée de l'exhumation du prince, a déclaré, après serment, que le 20 mars 1 804, vers les trois heures de l'après-midi, il avait reçu de Harel l'ordre de creuser une losse au bas du pavillon de la Reine. L'endroit que désignait le manouvrier Bonnelet est l'endroit précis où le duc d'Enghien a été fusillé et enterré. Si la fosse a été creusée dans l'après-midi même du 20 mars, — et que peut-on opposer aux assertions de Bonnelet et à celles du canonnier Godard, qui avait fourni les pelles et les pioches pour creuser la fosse? — qu'on ne nous parle plus de justice ni de clémence !...

Nous allons donc assister à un semblant de jugement. Après avoir longuement questionné Harel, le duc d'Enghien s'est jeté sur un lit, et il s'est endormi d'un profond sommeil. Le capitaine rapporteur Dautancourt se dirige vers la pièce où dort l'infortuné prince; il va l'arracher à un repos qu'il n'avait pas goûté depuis deux nuits. Il va l'interroger... A quoi bon cet interrogatoire, puisque la mort est décidée, le lieu de l'exécution choisi, la fosse prête ?

Le 20 mars, Dautancourt avait été invité par Savary à passer chez le gouverneur de Paris. Celui-ci lui enjoignit de se rendre immédiatement à Vincennes pour y prendre les instructions du général Hulin. Aussitôt arrivé, il vit ce général, qui lui communiqua l'arrêté du gouvernement et l'ordre du gouverneur. Par cet ordre, Dautancourt était chargé de remplir les fonctions de capitaine rapporteur. Il accepta cette mission. A onze heures du soir, il entra dans la chambre du prince, accompagné du chef d'escadron Jacquin, du lieutenant Noirot, du capitaine

Molin et des gendarmes Lerva et Tharsis. Réveille' brusquement, le duc d'Enghien déclina ses nom, prénoms et qualités, indiqua l'époque à laquelle il était sorti de France et précisa quelques détails sur les campagnes et l'armée de Gondé. Interrogé sur sa présence à Ettenheim, il répondit que, depuis deux ans et demi, il demeurait dans cette ville avec l'assentiment officiel de l'électeur de Bade. Il recevait un traitement de l'Angleterre; c'était sa seule ressource pour vivre. Au moment de son enlèvement, il se disposait à se fixer à Fribourg en Brisgau, séjour plus agréable que celui d'Ettenheim. Il avoua simplement qu'il correspondait avec son père et son grand-père. Lorsqu'on lui parla de Pichegru, il dit avec une entière franchise : « Je ne l'ai jamais vu. Je n'ai point eu de relations avec lui. Je sais qu'il a désiré me voir. Je me loue de ne pas l'avoir connu, d'après les vils moyens dont on a dit qu'il a voulu se servir, s'ils sont vrais... » Il fit la même déclaration au sujet de Dumouriez. Enfin, questionné sur sa correspondance avec ses amis de l'intérieur de la France, il affirma qu'il ne leur avait écrit que pour leurs affaires et les siennes... Voilà tout l'interrogatoire. Que relève-t-on dans ses parties essentielles ? Que le duc reçoit un traitement de l'Angleterre ; mais c'est une pension, et non pas une solde militaire; qu'il a correspondu avec ses parents, mais sans intention de comploter; qu'il n'a jamais vu ni Pichegru ni Dumouriez ; qu'il s'est occupé avec ses amis d'affaires personnelles et non d'affaires politiques. Le prince va plus loin. Il se félicite de n'avoir pas connu Pichegru, il flétrit les vils moyens dont ce conspirateur a voulu se servir. Et le document qui contient ce blâme énergique est signé par lui et contre-signe par les officiers Noirot, Jacquin, Molin et Dautancourt.

On fait remarquer que Dautancourt a obtenu du prince la déclaration formelle de son émigration. En quoi cette constatation pouvait-elle être nuisible au prince? Était-ce pour mieux lui appliquer la loi du 28 mars 1 793 ? Mais cette loi visait les émigrés coupables d'avoir porté les armes contre la France, arrêtés en France ou en pays ennemi ou conquis ; cette loi

LE 21 MARS. 3î3

voulait que ces émigrés spéciaux fussent jugés dans les vingtquatre heures par une commission qu'instituait le chef d'étatmajor de la division dans l'étendue de laquelle ils avaient été saisis. Le duc d'En{;hien avait-il été arrêté en France? Non. Dans un pays ennemi? Non. Dans un pays conquis? Pas davantage. La loi du 28 mars 1793 ne le concernait donc pas.

La constatation d'émigration était-elle une raison pour lui appliquer la loi du 19 fructidor an V? Cette loi voulait, elle aussi, que la commission militaire fût nommée par le général commandant la division dans l'étendue de laquelle l'émigré avait été arrêté. A-t-on appliqué cette loi auducd'Enghien? Non. Pouvaiton la lui appliquer? Non. Donc, chercher à étahlir qu'on s'est servi des lois révolutionnaires pour juger le duc d'Enghien, affirmer qu'on l'a traité comme un émigré, c'est dire qu'on lui a appliqué des mesures à peu près aussi légales que celles qui ont été appliquées aux victimes de septembre. Telle est la vérité.

En réalité, le duc n'était même pas dans la situation des antres émigrés. Il était, comme prince, banni du territoire. Oublie-t-on d'ailleurs que les lois draconiennes de la Révolution contre les émigrés n'étaient plus en vigueur, et que le sénatus-consulte de l'an X avait modifié la législation sur ce point? Décidément , la constatation de Dautancourt n'ajoutait pas grand'chose à ses autres informations. Les griefs relevés ne constituent donc pas un crime notoire... Sans méconnaître pourtant que sa situation est grave, le jeune prince a encore confiance dans la justice de celui qui l'a fait enlever au mépris du droit des gens. II s'adresse au capitaine Dautancourt; il le prie de demander une audience au premier Consul. Il est sûr que s'il peut parler à Bonaparte, il le convaincra en quelques mots de son innocence... Pourquoi ne s'est-il pas trouvé, parmi tous ces soldats, un homme de cœur qui eût tenté à ses risques et périls d'enfreindre l'ordre fatal et de faciliter cette suprême entrevue? Mais tous ont entendu, comme le juge d'autrefois, une voix murmurer à leur oreille inquiète cette injonction et cette menace : Si hune dimittis, non es amicus

Csesaris !... Et la même peur a glacé leur courage, et ils ont laissé égorger l'innocent.

Ému par l'insistance du duc d'Enghien, le capitaine Dautancourt consent enfin à lui laisser écrire à la fin du procès-verbal d'interrogatoire ces mots, les derniers de tous , qui resteront comme une protestation éternelle :

« Avant de signer le présent procès-verbal, je fais, avec instance, la demande d'avoir une audience particulière du premier Consul. Mon nom, mon rang, ma façon de penser et l'horreur de ma situation me font espérer qu'il ne se refusera pas h ma demande.

« L. A. H, DE Bourbon'. »

C'est avec instance que le duc d'Enghien sollicite l'audience spéciale. Qu'invoque-t-il pour cette faveur? Son nom d'abord. Bonaparte pourrait-il traiter un Condé comme le premier venu?... Son rang : c'est un prince de Bourbon, le représentant d'une famille illustre entre toutes, et non un simple particulier. Sa façon de penser : ces mots ne veulent-ils pas dire que c'est la franchise, la loyauté, la bravoure qui vont élever la voix? Enfin, l'horreur de sa situation, tel est le dernier motif. Quoi ! un prince enlevé brutalement à l'affection et à l'amour des siens, emprisonné dans une forteresse, entouré de soldats, de geôliers et de ténèbres qui cachent je ne sais quels monstrueux projets, réveillé subitement en plein sommeil, interrogé, soupçonné, accusé d'infâmes complots et affirmant, sans espoir d'être écouté, sa sincère innocence, ce prince n'est-il pas digne d'être accueilli, lorsqu'il demande à voir celui qui peut comprendre sa situation, se laisser convaincre par un récit sincère et prévenir une sentence injuste?

Eh bien, non! Un homme froid et méchant, un ambitieux effréné qui veut élever sur le cadavre du duc d'Enghien sa fortune naissante, le général Savary ne permettra pas que ce

1 « Jai su, disait Napoléon le 4 décembre 1814, que le duc d'Enghien avait demandé à m'entretenir. Cela me touchait; j'aurais voulu voir ce jeune homme. » (N. Campbell.)

désir soit satisfait. Il est bien le satellite indiqué pour une telle besogne... Dautancourt revient auprès des juges et leur donne communication de l'interrogatoire. Nougarède ajoute qu'il leur fait également lecture des pièces. Quelles pièces?... Il faudrait une bonne fois en finir avec cette prétendue communication. On a soutenu que le général Hulin avait lu à ses collègues des pièces par lesquelles il était prouvé que Gadoudal agissait sous la direction du duc d'Enghien. Gela est faux. Il est un document authentique qui met h néant cette légende. C'est le jugement rédigé par Hulin lui-même, et c'est la phrase suivante de ce jugement :

« Le président a fait amener le prévenu libre et sans fers, et a ordonné au capitaine rapporteur de donner connaissance des pièces tant à charge qiià décharge, au nombre d'une. »

Quelle était cette pièce? C'était simplement la copie de l'arrêté du gouvernement en date du 29 ventôse (20 mars), qui relevait à la charge du prince les griefs suivants : prévention d'avoir porté les armes contre la République, acceptation de la solde anglaise, participation aux complots tramés contre la sûreté intérieure et extérieure de la République. Sur quoi reposaient ces trois griefs? Sur une assertion du gouvernement. Où en étaient les preuves? Nulle part. Où étaient les papiers qui avaient démontré la culpabilité du duc d'Enghien ' ? On l'ignorait. Si, comme le disent certains historiens, la lettre à sir Charles Stuart était une charge écrasante, pourquoi cette lettre n'avait-elle pas été communiquée aux juges?... Encore une fois, prétendre que la commission militaire a reçu d'autre communication que ce seul arrêté, c'est dire une chose contraire à la vérité. L'arrêté du gouvernement était un ordre formel donné aux juges, ordre de condamner immédiatement, sans pitié ; les juges y ont obéi sans protester. Nous ne devons

' A cette question qui se présente sans cesse à l'esprit : Pourquoi la conamission militaire n'a-t-elle pas eu communication des papiers du duc d'Enghien? il faut répondre par la lettre du premier Consul à Real, en date du 19 mars, où il lui recommande le secret sur ces papiers. Il faut naturellement aussi en conclure que s'ils avaient été accablants pour le duc d'Enghien, ils auraient été livrés à la commission.

cependant pas oublier que le colonel Barrois, commandant le 96° de ligne, ayant lu attentivement la demande d'audience faite par le prince à la suite du procès-verbal d'interrogatoire, pria ses collègues de surseoir au jugement, au moins jusqu'à ce que le premier Consul fût informé de cette demande. « Un membre, dit Hulin, fit la proposition de transmettre cette demande au gouvernement. La commission y déféra, mais au même instant, le général, qui était venu se poster derrière mon fauteuil, nous représenta que cette demande était inopportune... La commission passa donc outre. » De quel droit Savary, — car c'était lui, — empêchait-il les juges de statuer sur cette question si grave? Il n'était pas membre de la commission. Il n'avait reçu d'autre mandat que de veiller à la défense du château de Vincennes. Il outre-passait donc ses pouvoirs.

Examinons maintenant un autre fait qui ne paraît pas mieux établi que les précédents. Hulin, dans son mémoire justificatif, déclare qu'il a eu connaissance d'un long rapport de Eéal qui présentait l'aifaire comme intéressant la sûreté de l'Etat et l'existence même du gouvernement. « Ce rapport contenait, affirme-t-il, tout ce qui pouvait faire impression sur nos esprits et nous porter à croire que le salut de l'État dépendait du jugement que nous allions rendre. » Si cela est vrai, pourquoi le jugement, dont Hulin est fauteur, ne mentionnet-il qu'une seule pièce tant à charge qu'à décharge? Pourquoi n'a-t-il point parlé du rapport de Real? Cela aurait fait au moins une pièce à charge supplémentaire.

Supposons d'ailleurs que ce rapport ait existé et qu'il ait été produit à la commission, supposons qu'il ait eu la gravité indiquée par Hulin, que devient alors la mission de Real à Vincennes, le lendemain, à trois heures du matin? Que devient son étonnement, lorsqu'il apprend que la commission s'est réunie dans la nuit même? Tout cela ne résiste pas à un examen attentif. Est-ce que Real ignorait l'arrêté du général Murât? Est-ce que Real ignorait la convocation delà commission militaire?

Après que Dautancourt a donné lecture de son interrogatoire, les membres de la commission se décident à entendre

eux-mêmes le duc d'Enghien. Le général Hulin prend la présidence : à sa droite et à sa gauche se groupent les colonels Guiton, Bazancourt, Ravier, Barrois et Rabbe. Savary se tient derrière Hulin, Le capitaine Dautancourt continue à remplir les fonctions de rapporteur. Le prince est alors amené devant les juges. Il est une heure du matin. Le président lui lit l'arrêté du gouvernement qui énumère les charges portées contre lui. « Il se présenta devant nous, raconte Hulin, avec une noble assurance. Il repoussa loin de lui l'accusation d'avoir trempé directement ni indirectement dans un complot d'assassinat contre la vie du premier Consul'. Mais il avoua aussi qu'il avait soutenu les droits de sa famille, et qu'un Gondé ne pouvait jamais rentrer en France que les armes à la main. Ma naissance, mon opinion, ajouta-t-il, me rendent à jamais l'ennemi de votre gouvernement... » Admettez que les juges aient été au courant de la législation, y avait-il dans ces aveux, qui émurent Hulin lui-même, une charge suffisante pour motiver une condamnation à mort ? Non, certes. Le duc d'Enghien ne niait pas avoir eu l'intention de combattre loyalement le gouvernement du premier Consul ; il se défendait seulement d'avoir conspiré. Mais pour des hommes résolus à sévir par ordre, la condamnation s'imposait... Un fait aurait dû cependant les toucher. Le duc d'Enghien n'hésitait pas à s'avouer l'ennemi du premier Consul. Il ajoutait avec la même franchise qu'il n'était pas un conspirateur. On devait ajouter foi à sa parole, puisque, devant des juges prévenus et capables de tout, il ne faisait pas mystère de son hostilité contre le gouvernement. Or, du moment qu'on croyait à ce premier aveu, on devait nécessairement croire au second. Le duc était aussi franc dans l'affirmation de son inimitié contre Bonaparte que dans la néga-

' Le duc (l'En<ihien était si peu au courant des intrigues de l'époque, que, lors de la découverte de la conspiration de Pichegru, il soutint à Ettenlieim, devant deux anciens officiers de l'armée de Condé, que cette conspiration n'était pas vraie. « Car, ajoutait-il, si elle eût existé réellement, mon {jrand-père et mon père m'en auraient donné connaissance, afin que je prisse des précautions pour ma sûreté. » (Voir la lettre du baron de Saint-Jacques aux Débats, 12 novembre 1823.)

tion de toute participation de sa part à un complot. Pour des hommes impartiaux, cette loyale déclaration devait suffire, et, dès lors, le grief principal, c'est-à-dire la conspiration, s'écroulait de lui-même.

Mais les membres de la commission étaient des militaires. Cette sorte de forfanterie à se déclarer l'ennemi du premier Consul leur paraissait le signe évident d'une entière culpabilité. Ils étaient d'autant plus disposés à se montrer rigoureux qu'ils ne connaissaient que la discipline. « Je dois observer, dit Hulin, que mes collègues et moi, nous étions entièrement étrangers à la connaissance des lois. Chacun avait gagné ses grades sur le champ de bataille ; aucun n'avait la moindre notion en matière de jugements, et, pour comble de malheur, le rapporteur et le greffier n'avaient guère plus d'expérience que nous. » Alors il fallait se réserver, puisque Napoléon l'a reconnu lui-même en ces termes : « Aucun ordre ne peut justifier la conscience du juge. » Il est à regretter plus que jamais qu'à ces hommes ignorants des lois, il n'ait pas été adjoint un homme compétent, chargé de les guider et de les éclairer. Cette omission est un fait particulièrement étrange'.

Le général Hulin posa ensuite cette question insidieuse au duc d'Enghien : « Comment pouvez-vous nous persuader que vous ignoriez aussi complètement que vous le dites ce qui se passait en France, quand non-seulement le pays que vous habitiez, mais le monde entier en était instruit? et qu'avec votre rang et votre naissance, vous ayez pu rester indifférent à des événements d'une si haute importance et dont toutes les conséséquences devaient être pour vous?... « Le duc d'Enghien aurait répondu, d'après Hulin : « Apprenant que la guerre était déclarée contre la France, j'avais fait demander à l'Angleterre du service dans ses armées; legouvernementanglais m'avait fait répondre qu'il ne pouvait m'en donner, mais que f eusse à rester sur le Rhin, où incessamment j'aurais un rôle à jouer, et j* attendais .. .v

' Le premier Consul, qui prévit tout, aurait-il laissé au hasard le choix de l'interrofjateur ? Rappelez-vous que tout a été arrêté d'avance, local, juges, jugement, fosse, peloton et lieu d'exécution.

Nous avons souligné à dessein la dernière phrase, car elle nous paraît être une œuvre d'imagination. En effet, si cette phrase, plus que compromettante et admise depuis parla plupart des historiens comme un aveu formel, a été réellement prononcée devant Hulin et la commission, pourquoi le jugement rédigé par Hulin n'en fait-il pas mention? Or, voici la vraie question d'Hulin au duc d'Enghien, reproduite par le jugement :

ic — A lui demandé s'il a pris les armes contre la France. — A répondu qu'il avait fait toute la guerre et qu'il persistait dans la déclaration qu'il a faite au capitaine rapporteur et qu'il a signée. A de plus ajouté qu'il était prêt à faire la guerre et qu'il désirait avoir du service dans la nouvelle guerre de l'Angleterre contre la France. » Si le duc avait déclaré qu'il était prêt à jouer le rôle que l'Angleterre attendait de lui sur le Rhin, c'eût été avouer nettement sa participation à des intrigues et à un complot. Or, devant Chariot, devant Fririon, devant Ordener, devant Levai, devant Harel, devant Dautancourt, devant Hulin lui-même, devant tous, il a protesté avec la même énergie contre cette accusation. Pourquoi la commission n'a-t-elle pas eu sous les yeux le procès-verbal d'ouverture des papiers où le duc avait écrit « quil n'avait jamais eu d'autre intention que de servir et défaire la guerre »? Pourquoi la commission n*a-t-elle pas fait droit à cette demande persistante d'un entretien avec le premier Consul'? Pourquoi la commission n'a-t-elle pas remarqué dans l'interrogatoire de Dautancourt ces lignes significatives du prince par lesquelles il revendique fièrement « sa façon de penser » , c'est-à-dire sa loyauté et son innocence?... Jamais le duc d'Enghien n'a prononcé les paroles que le malheureux Hulin lui prête , jamais il n'a parlé de son rôle dans des intrigues anglaises, jamais. Cette réponse, où on lui fait dire qu'il avait un rôle à jouer sur le Rhin, est une invention après coup*.

• La commission a timidement essayé, après le jugement, de proposer une démarche auprès du premier Consul ; on verra ce qui est advenu de cette proposition.

' Cette réponse était aussi vraie que la soi-disant circulaire du conseil d'Angleterre qui donnait ordre aux émigrés de se rassembler sur le Rhin.

Voyez quels juges piteux I Ecoutez leurs explications... Que pouvaient-ils faire? Condamner. Pourquoi? Parce qu'ils étaient liés par leurs serments au gouvernement. S'ils n'avaient pas jugé avec rigueur, ils auraient eu à craindre la rigueur du maître. Pourquoi n'ont-ils pas fait au premier Consul la réponse que d'Aubigné attribue au vicomte d'Orthez et que nous nous plaisons à croire vraie : « Je n'ai trouvé que bons citoyens et braves soldats, mais pas un bourreau ! ... » Pourquoi n'ont-ils pas refusé comme le colonel Préval?. . . Que disent-ils encore pour leur excuse? Qu'ils n'étaient pas jurisconsultes, qu'ils étaient incompétents, mais qu'ils étaient couverts par l'arrêté du gouvernement. Voilà quels aveux le président de la commission militaire a laissés à l'histoire! Il est vrai qu'un petit détail préoccupe Hulin après le second interrogatoire. L'accusé n'a pas eu de défenseur. Cela est fort ennuyeux '. Au fait, pourquoi l'accusé ne l'a-t-il pas réclamé? Pourquoi aucun des juges n'a-t-il pas signalé cet oubli au président? C'est la faute de l'arrêté du gouverneur qui a ordonné de juger le prévenu sans désemparer... Après ce deuxième et court interrogatoire, qui devait être suivi, comme l'avait déclaré Hulin, d'une décision sans appel, le duc d'Enghien retourna à l'appartement de Harel sous la conduite de Noirot, lieutenant de la gendarmerie d'élite. Cet officier avait servi dans le régiment de Royal-Navarre sous les ordres du comte de Crussol. Il se fit reconnaître du prince qui lui parla avec une grande affabilité, montrant dans cet entretien l'entière placidité d'une àme innocente.

Il s'agissait maintenant d'écrire le jugement. Plusieurs rédactions furent ébauchées. Hulin eut de la peine à composer quelque chose de convenable. Cet ancien garçon limonadier,

' M. Boulay de la Meurthe dit « qu'on n'a fait aucune exception en ne donnant point de défenseur au prince. Ainsi, Picot et Lebourgeois n'avaient eu l'assistance d'aucun avocat » . Si l'on avait violé la loi pour Picot fet Lebourgeois, était-ce une raison pour la violer encore?... L'absence d'un défenseur allait avec la parodie des formes judiciaires, l'incompétence des juges et l'arrêt incomplet... Et dire qu'au tribunal révolutionnaire lui-même, on avait eu, pendant un certain temps du moins, des défenseurs d'oflice !

vainqueur de la Bastille, avait gagné bravement ses galons à l'armée d'Italie et s'ëtaitsignalé au 18 brumaire; mais il n'avait guère pu développer sa médiocre instruction. Jl finit par rédiger le jugement tant bien que mal. Celte pièce extraordinaire, datée du 30 ventôse (21 mars), — deux heures du matin, — porte que le général Hulin, les colonels Guiton , Bazancourt, Bavier, Barrois, Babbe et le capitaine rapporteur Dautancourt se sont réunis au château de Vincennes à l'effet de juger le ci-devant duc d'Enghien sur les charges portées dans l'arrêté du gouvernement. Le jugement relate en seize lignes la réponse du prince au sujet de la solde anglaise et de son action militaire contre la France. Il .se termine ainsi : « Le président a fait retirer l'accusé; le conseil délibérant à huis clos, le président a recueilli les voix en commençant par le plus jeune en grade; le président ayant émis son opinion le dernier, l'unanimilé des voix l'a déclaré coupable et lui a appliqué l'art. . . de la loi du... ainsi conçu... et, en conséquence^ l'a condamné à la peine de mort. »

Ainsi, voilà sept hommes qui condamnent un autre homme à mort et qui ne peuvent citer ni la loi qui vise son action criminelle, ni l'article de la loi qui édicté la peine M... Ils ont bien déclaré le duc d'Enghien coupable. Mais coupable de quoi? Ils ne le disent pas. La raison en est fort simple. Ils ne peuvent pas le dire, car ils ne le savent pas.

Il reste encore à examiner quelques lignes de ce document inouï... « Ordonne que le présent jugement sera exécuté de suite à la dihgence du capitaine rapporteur, après en avoir donné lecture, en présence des différents détachements des corps de la garnison, au condamné. Fait, clos et jugé sans

1 Devant la constatation d'un fait pareil, Nougarède en est réduit à invoquer les lois de la Convention du 19 mars et du 10 mai 1793, comme si ces lois étaient encore applicables sous le Consulat! Comment, le premier Consul s'est vanté d'avoir aboli la Terreur, et, quatre ans après le 18 brumaire, il aurait eu le droit de revenir à cet exécrable système ? — Et M. Boulay de la Meurthe dit que Hulin, « certain de l'existence des articles, mais empêché de les citer, dut réserver sur la feuille du jufjement la place pour les écrire » . Hulin ne connaissait ni les lois ni les articles. Elles étaient d'ailleurs si peu connues, que les légistes, dans le second jugement, visèrent des lois qui ne s'appliquaient pas au duc d'Enghien !

désemparer à Vincennes, les jour, mois et an que dessus. » Hulin, pour se justifier de cette précipitation, dit qu'il y a eu deux minutes du jugement, et que dans l'une des deux il n'était question que de !a lecture et non de l'exécution immédiate. Nous le savons, et nous examinerons plus tard le deuxième jugement qui fut rédigé après la mort du prince et inséré au Moniteur du 1"" germinal. Mais Hulin ne peut invoquer ce deuxième jugement, qui fut rédigé par Real et d'autres légistes, le 21 mars, entre midi et trois heures. Quand il dit que cette pièce portait uniquement l'ordre de lire tout «de suite» le jugement à l'accusé, c'est au jugement rédigé par Real qu'il fait allusion. Celui-là, il ne peut l'invoquer. Le seul, le vrai, celui qui a été exécuté, le jugement reconnu tel par l'histoire, — quels que soient ses vices de forme, — c'est le jugement rédigé et signé par Hulin, contre-signe par les membres de la commission militaire. Il ordonne l'exécution immédiate après lecture au condamné. L'officier qui a dirigé l'exécution n'a donc pas commis un acte prévaricateur. Si la minute du jugement est incomplète, la faute en est à Hulin et à ses collègues. Mais la responsabilité leur en incombe dans toute son étendue-

Serait-il possible d'excuser un pareil jugement? Examinez de quelle façon et par qui il a été rendu. On ne sauvegarde même pas les apparences. Quelle est la compétence des juges? Nulle. Où est l'arrêt motivé? Nulle part. Les témoins? Il n'y en a pas. Le défenseur? Il n'y en a pas. Le public? Absent. Les lois qui condamnent? On les ignore. La sentence? Elle est rédigée en blanc... Il est donc permis de dire, sans abuser des mots, que ce jugement est un forfait.

Mais quel était en réalité le crime reproché au duc d'Enghien ? L'émigration, disait Real'. Nous avons déjà prouvé que le duc

1 Aux yeux du premier Consul, l'émigration était un crime. Il écrivait le 10 germinal an XII à Talleyrand, au sujet d'émigrés français dont il voulait obtenir l'extradition: « Vous direz que les émiijrés sont des hommes condamnés à mort par les lois civiles de leur pays, et considérés dans tous les pays comme des individus morts civilement. » Avec cette appréciation, que devenait le sénatus-consulte de l'an X, qui, en adoucissant la législature relative aux émigrés, avait promis » de cimenter la paix dans l'intérieur par tout ce qui peut rallier les

n'était pas émigré, mais banni. Et d'ailleurs, les lois ne lui étaient point applicables, puisqu'il se trouvait dans un pays en paix avec la France. Gomment l'avait-on fait prisonnier? Par trahison, par enlèvement. On allait l'accuser dans le jugement (le second), inséré le surlendemain au Moniteur, de complot contre la sûreté de la République. En supposant que le complot ait été prouvé, la commission militaire ne pouvait connaître d'un pareil crime. Seuls les tribunaux ordinaires avaient cette compétence'. Voyez ensuite de quelles irrégularités fourmille l'instruction. Tout se fait la nuit, contrairement aux lois. On commence l'instruction à minuit. Nul autre que Savary n'assiste au jugement. La présence de ce général était-elle de nature à adoucir l'arrêt? Non, car on sait de quel poids considérable cette présence a pesé sur la conscience des juges. A-t-on eu recours à la révision du jugement? Non. Y a-t-il eu appel? Non. La loi a été sciemment foulée aux pieds, et ce document monstrueux, ce jugement informe restera comme le plus terrible exemple de ce que peut exiger une ambition tyrannique, de ce que peut accorder une faiblesse complaisante. Nous comprenons maintenant ce cri de remords arraché au capitaine Dautancourt devant Savary : « Pùt-il dépendre de moi de me trouver à cent batailles et jama.s à un jugement ! . . . »

Écoutez encore les dernières paroles d'Hulin. Il cherche une excuse pour lui et ses collègues. « A peine le jugement fut-il signé, dit- il, que je me rais à écrire une lettre, dans laquelle, me rendant en cela l'interprète du vœu unanime de la commission, j'écrivis au premier Consul pour lui faire part du désir qu'avait témoigné le prince d'avoir une entrevue avec lui, et aussi pour le conjurer de remettre une peine que la rigueur de notre position ne nous avait pas permis d'éluder.

« C'est à cet instant qu'un homme qui s'était constamment

Français, tranquilliser les familles et faire oublier les maux inséparables d'une longue révolution »?

' La commission militaire n'avait pas plus de compétence pour juger le crime d'embauchage. — Voy. la loi du 7 février 1801.

tenu dans la salle du conseil : « Que faites-vous là? me dit-il en s'approchant de moi.

« — J'écris au premier Consul, lui répondis-je, pour lui exprimer le vœu du conseil et celui du condamné.

« — Votre affaire est finie, me dit-il en reprenant la plume; maintenant, cela me regarde' I...» Mot malheureux, mot épouvantable s'il en fut, mais qui ne nous étonne pas de la part de Savary ! Un dernier espoir restait au condamné ; Savary le lui enlève. Qui sait si cette demande collective de la commission n'aurait pas agi sur Fesprit du premier Consul? Qui sait ce qu'auraient produit cette dernière adjuration, cette supplication inattendue des juges?... En tout cas, il eût été bon, il eût été digne d'oser cette suprême tentative. Mais non, Savary arrache la plume des doigts de Hulin, et le président de la commission se laisse faire. Il a ajouté, pour sa défense, qu'il a cru entendre ainsi la phrase de Savary : « Cela me regarde... d'avertir le premier Consul.» Comme si, à la façon dont Savary a dit ces mots : « Votre affaire est finie, et maintenant cela me regarde ! » tous n'y avaient pas deviné une effroyable menace. Les remords qui ont fait parler Hulin, ses regrets, ses plaintes, ses gémissements, ses excuses, son désir ardent de se justifier, tout cela montre que lui et les autres juges ont eu peur de la colère de Bonaparte. Ils ont décrété lu peine de mort, parce que la rigueur de leur position ne leur permettait pas de l'éluder. . . Savary a saisi la sentence fatale. Il va l'exécuter, « sans désemparer » .

1 On comprend que le prince Napoléon l'ait appelé « un admirable chef de gendarmerie » . (^Napoléon et ses détracteurs, p. 234.)

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